3 chœurs inconnus de Ravel

Lundi 31 juillet 2017
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3 chœurs inconnus de Ravel | Maison de la Radio
Pour ouvrir le concert-anniversaire de ses 80 ans, l’Orchestre philharmonique et son directeur musical, Mikko Franck, ont invité le Chœur de Radio France qui nous fera entendre trois chœurs inconnus, composés par Ravel pour le Concours de Rome.

DE 1803 À 1968, LES ÉTUDIANTS COMPOSITEURS du Conservatoire de Paris briguèrent le Premier Grand Prix de Rome, afin de séjourner pendant deux ans à la villa Médicis (siège de l’Académie de France). Dégagés de tout souci matériel, ils étaient seulement tenus de présenter quelques travaux aux membres de l’Institut. Plus encore, la récompense attirait l’attention du monde artistique et constituait un précieux sésame pour débuter à l’Opéra. Au début du XXe siècle, les candidats devaient tout d’abord s’acquitter d’une fugue et d’un chœur avec orchestre ; s’ils étaient retenus pour le tour final, ils composaient une cantate sur un texte imposé (en réalité, une sorte d’opéra en miniature) pendant une mise en loge d’un mois environ.
 
Ravel concourut en 1900, 1901, 1902, 1903 et 1905, sans parvenir à décrocher mieux qu’un Deuxième Second Prix en 1901. Tout est lumière, La Nuit et L’Aurore, chœurs du premier tour sur des textes anonymes, montrent ses efforts pour concilier le respect des normes académiques avec sa singularité stylistique (évidente dans certains enchaînements d’accords). Lors de sa dernière tentative, il était déjà l’auteur de Jeux d’eau, de son Quatuor à cordes, de Shéhérazade (l’« Ouverture de féerie » mais aussi les trois mélodies), et mettait la dernière main aux Miroirs pour piano.
 
Son élimination dès les épreuves préliminaires déclencha un fameux scandale et entraîna la démission de Théodore Dubois, directeur du Conservatoire de Paris. Romain Rolland pouvait légitimement interpeller Paul Léon, directeur de l’Académie des beaux-arts : « Ravel arrive à l’examen de Rome, non comme un élève mais comme un compositeur qui a déjà fait ses preuves : j’admire les compositeurs qui ont osé le juger. Qui les jugera à leur tour ? »
 
Hélène Cao
 
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