Des danses, mais symphoniques

Jeudi 19 octobre 2017
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Des danses, mais symphoniques | Maison de la Radio
Le 23 novembre, Kirill Karabits dirigera les Danses symphoniques de Rachmaninov à la tête de l’Orchestre national de France.

COMPOSÉES EN 1940, créées le 3 janvier 1941 par l’Orchestre de Philadelphie sous la direction d’Eugène Ormandy, les Danses symphoniques de Rachmaninov, intitulées au départ Danses fantastiques, se composent de trois pièces dont les titres originaux (« Jour », « Crépuscule » et « Minuit ») disaient toute la progression implacable. Elles procèdent en partie d’un ballet laissé inachevé un quart de siècle plus tôt par le compositeur, Les Scythes. Il s’agit là de la toute dernière œuvre de Rachmaninov, une des plus belles et des plus puissantes qu’il ait laissées. On conseillera de l’écouter, en particulier, à ceux qui en sont restés aux sanglots d’un musicien trop souvent qualifié de larmoyant ou d’hollywoodien. Ils en goûteront avec surprise le dynamisme rythmique et l’éclat orchestral, avec cet usage si expressif du cor anglais, de la clarinette basse et, dans la première danse, du saxophone.
 
Dans la première danse, précisément, Rachmaninov cite un thème de sa Première Symphonie, dont l’insuccès, lors de sa création en 1897, l’avait cruellement blessé. Curieusement notée Non Allegro, elle est d’abord d’une énergie et d’un dessin qui font penser à Prokofiev. Un second épisode, méditatif, précède un troisième épisode confié aux cordes, puis la musique accélère et retrouve le motif du début, avec sa petite phrase caractéristique à la flûte. C’est alors, mais alors seulement, que Rachmaninov se permet d’être sentimental.
 
La deuxième danse est une valse de grande dimension. Elle fait d’abord la part belle au violon solo et au cor anglais, mais Rachmaninov trouve ici sa voie propre dans le renouvellement du tournoiement éternel, un tournoiement inquiétant, avec des volutes incisives confiées aux bois, aussi éloigné de Tchaïkovski que de Mahler ou de Sibelius.
 
La dernière danse est le volet le plus complexe et le plus grouillant du triptyque. Il fait retentir des cloches, semble nous transporter un moment en Espagne, mais c’est pour mieux nous égarer, multiplier les ambiances, et citer le Dies irae et la psalmodie russe orthodoxe « Béni soit le Seigneur ». Les Danses symphoniques de Rachmaninov, trop ambiguës, trop riches de matière pour être simplement chorégraphiques, s’achèvent par une danse macabre transcendée.
 
Christian Wasselin
 
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Rachmaninov, Danses symphoniques

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Concert symphonique

Orchestre national de France

Glanert, Chostakovitch et Rachmaninov au programme de ce concert. Avec Maximilian Hornung au violoncelle.  
Jeudi23novembre201720h00 Maison de la radio - Auditorium de Radio France