Holst, les planètes, le cosmos

Mardi 22 septembre 2015
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Holst, les planètes, le cosmos | Maison de la Radio
L’Orchestre Philharmonique de Radio France interprétera le cycle des Planètes de Gustav Holst, les 2 et 3 octobre, à la Maison de la radio. Mieux qu’un tour du monde : un tour du système solaire en musique.

A SOMERSET RHAPSODY, Beni Mora, Egdon Heath, The Perfect Fool… Sans les célèbres Planètes, ces partitions de Gustav Holst (1874-1934) suffiraient à elles seules pour l’imposer comme un des compositeurs anglais les plus originaux du premier XXe siècle. La popularité immense et justifiée des Planètes fit hélas de l’ombre au restant de son œuvre, ce que Holst déplora jusqu’à la fin de sa vie.
 
De son vrai nom Gustavus Theodore von Holst, l’homme était issu par son père d’une lignée de musiciens suédois, lettons et allemands, installés en Angleterre vers 1800. Le jeune Gustav étudia le piano, le violon et même le trombone, et composa ses premières musiques vers l’âge de douze ans, influencé par Mendelssohn, Chopin, Grieg ou encore Arthur Sullivan, le roi de l’opérette britannique. Souffrant d’une mauvaise vue, de crises d’asthme et d’une maladie du système nerveux, il se résigna à abandonner la carrière de pianiste et entama des études de composition auprès de Charles Villiers Stanford au sein du prestigieux Royal College of Music. Il avait alors dix-neuf ans et assurait ses maigres dépenses en jouant du trombone dans les stations balnéaires en été, et dans les orchestres symphoniques le restant de l’année. C’est ainsi qu’il se produisit sous la direction de Richard Strauss en 1897, à une époque où le jeune Anglais subissait, comme une grande partie des musiciens de cette époque, l’influence d’un autre grand Richard : le Wagner de Tristan et du Ring.
 
L’année 1895 est celle de sa rencontre avec le compositeur Ralph Vaughan-Williams qui devient non seulement l’un de ses plus fidèles amis, mais aussi une vaste source d’inspiration musicale. C’est dans le cercle du poète, architecte et peintre William Morris qu’il fait la connaissance trois ans plus tard de sa future épouse Isobel. De cette union naît en 1907 la future compositrice Imogen Clare Holst. Mécontent de ses revenus de tromboniste et d’organiste, Holst accepte plusieurs postes d’enseignant dans les alentours de Londres (à Hammersmith ou au Morley College dont il sera directeur jusqu’en 1924). La découverte des travaux de l’orientaliste allemand Max Müller le conduit à s’intéresser au sanskrit et à traduire en anglais le Rig Veda, texte fondateur de l’hindouisme. Plusieurs œuvres marquantes sont nées de cette inspiration indienne comme ses opéras Sita et Savitri, ses Hymns from the Rig Veda (1908-1914), ou encore sa monumentale cantate The Cloud Messenger de 1913.
 
Fairy Queen, Fairy Planet
 
Holst obtient son premier succès public en 1910, lors de la création de sa Somerset Rhapsody, qui cite plusieurs chansons traditionnelles anglaises, à l’instar de Vaughan-Williams qui menait alors une vaste entreprise de collectages. Cette redécouverte valorisante d’un patrimoine musical national allait de pair avec l’étude approfondie des madrigalistes anglais du XVIe siècle, et de la musique de Purcell dont Holst dirigera la première exécution moderne de The Fairy Queen.
 
Pour fuir l’air brumeux de la Tamise, qui gênait sa respiration, Holst s’installa avec femme et enfant à Thaxted, petite ville de l’Essex, à quarante kilomètres au nord de la capitale. Mais c’est sur l’île de Majorque, au printemps 1913, que Clifford Bax, frère du compositeur Arnold Bax, l’initia à l’astrologie qui allait devenir, selon Holst lui-même, « un vice familier ». C’est donc par ce biais que Holst décida en 1914 de la composition de sa suite orchestrale Les Planètes (d’où l’ordre inhabituel des sept mouvements et l’absence de la Terre). Ainsi, l’œuvre dépeint davantage la vie de l’homme, sa bouillonnante jeunesse au passage silencieux dans l’au-delà, à travers les soubresauts de ses humeurs. Le premier intitulé de la partition était Seven Orchestral Pieces, sans doute d’après les Cinq pièces pour orchestre opus 18 de Schönberg entendues par Holst peu auparavant, mais c’est le livre The Art of Synthesis d’Alan Leo, père de l’astrologie moderne, qui lui donna l’idée des titres et sous-titres définitifs.
 
L’Europe était en marche vers la guerre, et c’est en mai 1914, trois mois avant le début du conflit que Holst écrivit « Mars, the Bringer of War » (Mars, Celui qui apporte la Guerre). Implacable ouragan orchestral, la partition est bâtie sur une mesure à cinq temps que Holst reprendra par symétrie dans le dernier mouvement (« Neptune »), mais dans un tempo lent. Probablement nourri des rythmes obstinés du Sacre du printemps que Stravinsky venait de diriger à Londres, Mars reste à ce jour la partie la plus populaire de l’ouvrage, inspirant autant les bandes originales de film (comme celle de John Williams pour Star Wars), que les musiciens de rock (comme ceux du groupe anglais King Crimson). De 1914 date également « Vénus, Celle qui apporte la Paix », dans lequel Holst cite au violoncelle les Variations Enigma d’Edward Elgar qu’il admirait. Bien que composé en tout dernier, au cours de l’année 1916, « Mercure, le Messager ailé » fut placé en troisième position, dans l’héritage d’un scherzo symphonique.
 
Oui mais Pluton ?
 
Tous les autres mouvements datent de 1915. « Jupiter, Celui qui apporte la gaieté » est au centre de l’œuvre. Holst en extraira la noble mélodie centrale exposée aux cordes, pour l’appliquer à des paroles patriotiques du poète Cecil Spring-Rice « I vow to Thee my country ». Baptisée « Thaxted », du nom du village de Holst, cette partition chorale est chantée chaque année dans tout le Commonwealth lors du Remembrance Day qui commémore la fin de la Première Guerre Mondiale, et fut repris aux obsèques de Winston Churchill, au mariage puis à l’enterrement de Lady Diana, comme à celui de Margaret Thatcher.
 
Mouvement préféré de Holst, « Saturne, qui apporte la Vieillesse » débute sur un rythme hypnotique de balancier, celui des heures inéluctables qui seront martelés par cloches et timbales. Contrebasses, violons et hautbois exposent le thème de la vieillesse devant laquelle la jeunesse devra disparaître dans la résignation. En regard symétrique de « Mercure », « Uranus, le Magicien » rappelle le rythme pointé de L’Apprenti Sorcier que Dukas avait écrit en 1897, tandis que « Neptune, le Mystique » conclut l’œuvre avec un chœur de femmes a capella, qui avait saisi les premiers auditeurs, tout comme les « Sirènes » (troisième et dernier des Nocturnes) de Debussy en 1899. Holst demandait au chœur de chanter en coulisses, derrière une porte qui devait doucement se refermer avant la dernière mesure, les voix se perdant dans le néant, celui de l’immensité du cosmos…
 
L’œuvre fut créée en privé le 29 septembre 1918 au Queen’s Hall de Londres sous la direction d’Adrian Boult, et connut sa création publique le 15 décembre 1920 par l’Orchestre Symphonique de Londres dirigé par Albert Coates. En 1930, l’astronome américain Clyde Tombaugh découvrit Pluton qu’on considéra longtemps comme la neuvième planète du système solaire. Malgré cela, Holst ne souhaita pas rajouter un nouveau mouvement à sa suite, peut-être agacé par son succès exclusif du reste de ses partitions. A l’issue d’une représentation des Planètes pour un concert télévisé de 1972, Leonard Bernstein fit improviser l’Orchestre Philharmonique de New York en baptisant cette performance « Pluto, the Unpredictable » (Pluton, l’Imprévisible). En 2000, l’Orchestre Hallé de Manchester dirigé par Kent Nagano étoffa la suite avec « Pluto, the Renewer » (Pluton, le Renouveleur) de Colin Matthews. Des scientifiques donneront finalement raison à Gustav Holst en 2006, en prouvant que Pluton n’est qu’une planète naine, à l’instar d’Éris et de Cérès !
 
François-Xavier Szymczak

Un mot sur les images
 
Loin d’être une illustration servile de la partition, le film qui accompagne l’exécution des Planètes offre des images d’une beauté stupéfiante et peut être considéré comme une chorégraphie dont les planètes seraient les héroïnes. Ces images, fruit des recherches les plus récentes, n’auraient évidemment pas pu être réalisées il y a un siècle, à l’époque où Gustav Holst écrivait ses Planètes ; elles offrent aujourd’hui un contrepoint saisissant, par son rythme même, qui dialogue avec celui de la partition, à l’imagination visionnaire du compositeur. Où comment la musique et la science communient dans la même poésie.
Ce film est dû au producteur et réalisateur américain Duncan Copp, qui l’a imaginé à la demande du Houston Symphony Orchestra, en coopération avec la Nasa.
 
Le concert du 2 octobre sera diffusé en direct sur France Musique.
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