Lemminkäinen, un héros sibélien

Mardi 30 mai 2017
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Lemminkäinen, un héros sibélien | Maison de la Radio
Le 16 juin prochain, Mikko Franck dirige les quatre volets de la Suite de Lemminkäinen de Sibelius. Un voyage au pays de Septentrion.

LEMMINKÄINEN ? « C’EST LE PLUS VASTE EFFORT de Sibelius dans le domaine de la narration symphonique », écrit Michel Chion*. On précisera ici qu’il s’agit bien de narration musicale et non pas d’anecdote. Car s’il a choisi de s’emparer de l’un des personnages-clefs du Kalevala, Sibelius ne nous raconte pas pour autant sa vie en musique (comme il l’avait fait, d’une certaine manière, dans Kullervo), mais évoque plutôt « des moments ou des lieux particuliers d’une action dont l’essentiel se raconte presque en dehors d’eux ».**
 
Les titres des quatre volets du cycle ont bien quelque chose d’incarné (« Lemminkäinen et les filles de l’île », « Le Cygne de Tuonela », « Lemminkäinen à Tuonela », « Le Retour de Lemminkäinen »), mais la musique, elle, n’a rien de pittoresque. Elle est tellurique et marine, elle a la couleur du mythe. Sibelius, un temps, eut l’idée d’écrire un cycle d’opéras, à la manière de Wagner, inspiré du Kalevala, mais que l’accomplissement du Festival de Bayreuth le découragea pour toujours. De ce vaste projet qui devait s’intituler La Construction du bateau, restent quelques moments, quelques souvenirs : l’évocation d’un monde primordial où un cygne glisse sur des eaux noires (« Le Cygne de Tuonela », prodigieuse page dépourvue de contour saisissable, où le cor anglais et le violoncelle chantent l’immobilité des mondes en devenir), ou celle d’un jeune héros plein de santé qui tient à la fois de Siegfried et de Parsifal aux prises avec les filles-fleurs (« Lemminkäinen et les filles de l’île »).
 
Mais si, dans le quatrième volet, Lemminkäinen, vieilli, revient chez lui à la manière d’un Peer Gynt, Sibelius, à chaque instant, nous raconte un monde en musique, fait jaillir de rythmes de danse, des chevauchées, invente une forme nouvelle : le poème symphonique sans forme a priori, la musique qui crée son propre devenir, la fantaisie sans argument. C’est ce qui fait l’énergie et le trouble de ces quatre pages qui suffiraient à nous rappeler que Sibelius est l’auteur d’un monde, quand bien même cette tétralogie symphonique, composée pendant l’hiver 1895-1896, serait encore une œuvre de relative jeunesse.
 
Florian Héro
 
* Michel Chion, Le Poème symphonique et la musique à programme, Fayard, 1993, p. 279.
** Ibid.
 
Le concert du 16 juin sera diffusé en direct sur France Musique.

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