Peter Pan, ou le garçon qui ne grandissait pas

Lundi 19 Février 2018
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Peter Pan, ou le garçon qui ne grandissait pas | Maison de la Radio
Peter Pan, le personnage inventé par J. M. Barrie, sera le héros d’un concert-fiction proposé en coproduction avec France Culture. Rendez-vous le 9 mars au Studio 104 de Radio France avec celui que nous avons réussi à rencontrer et qui nous a livré quelques-unes de ses impressions sur le monde, la musique, l’illusion. La vie, en un mot.

ON N'ATTRAPE PAS PETER PAN, pas plus qu’on ne s’entretient avec lui. J’ai tout essayé : avec un dispositif complexe et ingénieux fait de lampes torches, de petits points de lumière et de miroirs sans tain, j’ai créé un piège pour capturer son ombre ; peine perdue. J’ai scruté non sans mal les rares informations que je pouvais trouver à son propos, sans succès non plus. Le petit garçon aux dents de lait m’est apparu au moment où je m’y attendais le moins. Cherchant une certaine Wendy pour qu’elle fasse son nettoyage de printemps, il s’est un jour écrasé sur une route écossaise. Par chance, j’étais précisément en vacances non loin de Glasgow quand j’ai vu, devant mes yeux éberlués, le jeune Peter chuter devant moi de fatigue. Contre un verre de jus de goyave et deux ou trois noisettes, il a accepté de répondre à quelques questions. Ma retranscription n’est qu’approximative, car le garçon, dissipé comme le diable, est tout bonnement incapable de tenir en place plus de quelques secondes.
 
Peter Pan, tout d’abord, laissez-moi vous poser une question qui me taraude depuis le commencement : quel est donc cet accoutrement ?
C’est mon costume de ville. Je me trouve sublimement élégant lorsque je le porte. Je l’ai cousu moi-même avec les fibres des chenilles du Pays de Nulle Part. Je l’ai décoré de quelques écailles multicolores des sirènes du lagon ; si vous connaissiez le Pays, vous sauriez à quel point elles sont difficiles à approcher. D’ailleurs, et je le dis humblement, je suis le seul humain à avoir pu non seulement les approcher, mais également converser gaiement avec elles de tout et de rien. Ces écailles sont le témoignage de leur admiration à mon égard. Et voici mon chapeau qui, comme vous le voyez, est orné de la plume de l’oiseau de Nulle Part. Tenez, avancez-vous, je vous laisse même le toucher.
 
Merci. D’où venez-vous vraiment, Peter ? Au fait, est-ce là votre véritable nom ?
Je suis à peu près certain que Peter n’était pas mon nom à la naissance. Mais je l’ai oublié, tout comme j’ai oublié le nom de ma mère, qui m’a abandonné. Il me semble que je viens d’Écosse mais en voyant ce temps, je me demande si j’ai vraiment pu survivre quelques années dans ce climat épouvantable.
 
À quoi ressemble le climat, au Pays de Nulle Part ?
Il est très varié, il peut changer non seulement d’un jour à l’autre, mais d’une minute à l’autre. C’est très amusant. Dans l’ensemble, je dirais qu’il s’agit d’un climat principalement tropical, avec des variations océaniques et parfois méditerranéennes, sans oublier un soupçon de climat désertique, ni quelques épisodes subtropicaux et polaires.
 
Êtes-vous seul, désormais ?
Vous êtes fou ! Non, je ne suis jamais seul. J’accueille tous les enfants perdus de toute la galaxie, qui montrent assez de jugeote pour lever le nez et accepter de me voir débarquer du ciel. Vous n’êtes pas sans savoir que les enfants abandonnés sont de plus en plus nombreux dans votre monde. C’est toute une marmaille dont je m’occupe et que je forme au combat. Hélas, ils finissent toujours par me quitter. Je peux donc dire que je suis le seul résident permanent du Pays de Nulle Part.
 
Seriez-vous immortel ?
(Rires.) En tout cas, je suis invincible à l’épée ! Je ne sais pas si je mourrai, mais je sais que personne ne me tuera ! Et certainement pas ces poissons pourris de pirates.
 
J’aimerais revenir un instant sur la figure de Jack Crochet, dit Capitaine Crochet. Votre combat est resté mythique chez nous, et il est conté de génération en génération. Que pouvez-vous me dire à son sujet ?
Avec le temps, j’ai fini par ressentir de l’affection pour ce bon vieux Crochet ainsi qu’une pointe de remords pour sa fin cruelle, dans la gueule du crocodile qu’il craignait tant. Il pensait être à l’abri car, le monstre ayant avalé un métronome à remontée mécanique, sa proximité était audible à des kilomètres à la ronde. Mais on n’échappe jamais vraiment à un tel ennemi. Jack était un homme tout à fait cruel et sanguinaire mais pouvait parfois se révéler attachant. Je me souviens qu’il jouait du clavecin de manière tout à fait sensible et mélancolique et d’une certaine manière, il était très distingué – y compris lorsqu’il dirigeait l’orchestre des flibustiers d’une battue alla marcia avec son crochet. Je dois aussi souligner l’élégance de sa diction lorsque je l’entendais chanter du Wagner. Grâce à cela, je parvenais toujours à anticiper son arrivée et à organiser mes pièges en conséquence.
 
Avez-vous compté dans vos rangs quelques enfants perdus musiciens ?
J’ai eu un petit Piotr Ilitch qui s’était amouraché de mon triangle décoré d’une plume rouge. Il en usait et en abusait toute la journée. Je me souviens également du petit Wolfgang et de son glockenspiel insupportable. J’ai également compté dans mes rangs un certain John pour qui la musique était avant tout du silence. Un drôle de garçon.
 
Êtes-vous musicien vous-même ?
Je suis content que vous posiez la question. Vous connaissez sûrement mon talent de flûtiste. J’ai plus d’une centaine de flûtes de roseau dans une grotte et je sais parfaitement les jouer. Mais je sais jouer de plein d’autres instruments : des orgues à bouche, des gongs, des cithares en cordes de boyau de crocodile…
 
Comment s’organise la vie musicale, au Pays de Nulle Part ?
En mon absence, la vie des musiciens sur l’île est assez désordonnée. Les habitants s’échangent leurs instruments. Les fées jouent de la contrebasse et du tuba, les peaux-rouges jouent de la flûte traversière et les enfants perdus du tam-tam. Mais quand je reviens – je déteste la léthargie – tout le monde reprend ses instruments et se remet à jouer harmonieusement. Si vous colliez votre oreille à la terre, vous pourriez entendre le tambour régulier et droit des musiciens enfin à leur place.
 
Et vous jouez du Wagner ?
 
(Il imite la voix du Capitaine Crochet.) Enfer et damnation, ose répéter ça et je te crochète la couenne ! (Rires.)
 
Propos recueillis par Gaspard Kiejman
 
Cet entretien imaginaire s’est nourri du livre de James Matthew Barrie, Peter Pan, 1911.
 
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