À propos de Monsieur Beaucaire

Vendredi 7 octobre 2016
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À propos de Monsieur Beaucaire | Maison de la Radio
L’Opéra Comique, France Culture, le Chœur et l’Orchestre Philharmonique de Radio France mettent leurs enthousiasmes en commun et proposent une version inédite de Monsieur Beaucaire, l’opérette de Messager, le 16 octobre à 16h au Studio 104 de la Maison de la radio. Une opérette transmuée, par la magie de la musique et des ondes, en opéra radiophonique.

DANS L’ENTRE-DEUX-GUERRES, les compositeurs français sont à la mode à Londres. Nombre d’entre eux s’y sont installés et font les beaux soirs des théâtres musicaux. Le plus prestigieux est André Messager, chef d’orchestre d’envergure internationale, auteur des meilleures comédies lyriques du tournant du siècle, de La Basoche à Fortunio en passant par Véronique.
 
La fidélité de Messager à la Grande-Bretagne remonte au siècle précédent, bien avant l’Entente cordiale. D’une première carrière britannique, lancée par la diffusion de La Basoche outre-Manche, témoigne l’opéra-comique Mirette créé au Savoy Theatre en 1894. Pour composer sur des paroles anglaises, Messager a alors reçu l’aide d’une compositrice irlandaise, Hope Temple, qu’il épouse par la suite. Quelques années plus tard, alors directeur musical de l’Opéra Comique, il parvient à assurer la direction musicale de Covent Garden de 1901 à 1908. Il abandonne les voyages pour se vouer à la direction générale de l’Opéra de Paris de 1908 à 1914.
 
Romantique et rocambolesque
 
Le 7 avril 1919, alors qu’il s’apprête à reprendre pour une saison la direction de l’Opéra Comique, Messager crée au Prince of Wales Theatre de Birmingham une « opérette romantique » aussi franco-britannique que rocambolesque, dont l’intrigue se déroule dans le Somerset deux siècles plus tôt : il s’agit de Monsieur Beaucaire.
 
Inspirée d’un roman américain à succès – Monsieur Beaucaire de Booth Tarkington, paru en 1900 –, l’opérette de Messager est composée en anglais sur un livret signé Frederick Lonsdale (pour les dialogues) et Adrian Ross (pour les paroles des chansons). Elle succède à une première adaptation scénique du roman pour le Comedy Theatre de Londres en 1902, et précède trois films américains tirés eux aussi du roman : le Monsieur Beaucaire muet de Sidney Olcott avec Rudolph Valentino en 1924, le Monte Carlo musical d’Ernst Lubitsch en 1930 et Le joyeux barbier de George Marshall, remake parlant du premier, en 1946. Entretemps l’opérette de Messager a conquis le Prince’s Theatre de Londres dès le 19 avril 1919, puis Broadway au cours de la saison suivante.
 
Un tel succès est évidemment dû aux qualités propres à la musique de Messager – la séduction mélodique et le raffinement orchestral – ainsi qu’à la présence de pastiches de musique baroque, mais peut-être plus encore au sujet lui-même.
 
Une intrigue apocryphe
 
Monsieur Beaucaire se plaît à unir la France et l’Angleterre dans une intrigue historique… parfaitement apocryphe ! On y découvre la cour britannique rassemblée durant l’été 1715 à Bath, alors capitale culturelle et mondaine, et on y suit un mystérieux et séduisant barbier français, Monsieur Beaucaire. Les barbiers-perruquiers jouissent à l’époque d’un prestige particulier car les cheveux disent beaucoup du rang social des personnes, et l’art de la coiffure est quasi monopolisé par les Français depuis un demi-siècle déjà. Sous l’identité passe-partout de cet artisan du luxe se cache en vérité l’héritier du trône de France, Philippe, duc d’Orléans, qui profite de ses dernières semaines de liberté pour expérimenter incognito la vie d’un roturier – avec la complicité de l’ambassadeur de France. L’entreprise se corse lorsqu’il entreprend – le Français est galant – de conquérir le cœur de la plus belle aristocrate d’Angleterre – le Français est aussi téméraire. Le 1er septembre 1715 meurt Louis XIV, événement qui oblige Beaucaire à tomber le masque pile au dernier acte. Sur le point de devenir le Régent que retiendra l’Histoire, il peut rentrer en France avec une épouse aimante, puisqu’éprise de ses charmes et non de son rang.
 
L’épouse est surtout britannique, clin d’œil à une Entente cordiale plus nécessaire en 1919 qu’en 1715. Car il n’y a rien de vrai ni même de conforme au roman dans tout cela : Philippe d’Orléans, qui n’avait pas vingt mais quarante ans en 1715,  a dû lutter au Parlement de Paris pour emporter la régence, et il était marié depuis 1692 avec l’une des filles illégitimes de Louis XIV…
 
Au Théâtre Marigny
 
Ce n’est pas l’inexactitude historique, mais la difficulté à trouver le bon théâtre qui recule la création française, six ans après le succès britanniques, au 21 novembre 1925. Le Théâtre Marigny monte une brillante adaptation française signée André Rivoire et Pierre Veber, deux pointures du théâtre musical, avec André Baugé dans le rôle-titre et Marcelle Denya dans celui de la belle Mary. C’est l’époque où Messager collabore avec Sacha Guitry et préside la SACD, tout en préparant son élection à l’Académie des beaux-arts. Beaucaire ne quittera presque plus jamais l’affiche à Paris jusqu’à son entrée au répertoire de l’Opéra Comique en 1955, avec Jacques Jansen en Beaucaire et Denise Duval en Mary. L’œuvre ne s’y maintiendra d’ailleurs qu’une saison.
 
Un prologue et trois actes, seize protagonistes hauts en couleurs, vingt-cinq numéros musicaux, un bal, une ambiance de cape et d’épée, une cascade de travestissements et un amour qui renverse les barrières sociales : tels sont les ingrédients de cette opérette qui s’amuse à la fois avec  l’Histoire, les relations internationales et les convenances sociales.
 
Agnès Terrier
 
Monsieur Beaucaire sera diffusé ultérieurement sur France Culture.
 
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