Richard Strauss, les Quatre derniers lieder

Lundi 31 juillet 2017
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Richard Strauss, les Quatre derniers lieder | Maison de la Radio
À l’occasion de son premier concert en tant que directeur musical de l’Orchestre national de France, le 7 septembre, Emmanuel Krivine invite Ann Petersen qui chantera les Quatre derniers lieder de Richard Strauss.

UNE GRANDE PARTIE DE L'ŒUVRE de Richard Strauss, si on excepte le massif de ses poèmes symphoniques qui occupe la dernière décennie du XIXe siècle, est une vaste méditation sur les rapports qui unissent le chant et la poésie, et un hymne sans fin à la voix féminine. Le dernier de ses opéras achevés, Capriccio, dont l’action est située en France, discute des rapports entre les paroles et la musique au théâtre. Créé à Munich, en pleine guerre, le 28 octobre 1942, cet ouvrage affirme la prééminence du chant sur le cri, de la civilisation sur la barbarie. De la part de Richard Strauss, qui ne put jamais se résoudre à prendre un parti définitif vis-à-vis du régime nazi (ne fût-ce que pour ne pas mettre en danger sa belle-fille, d’origine juive), cette partition constitue en quelque sorte un acte de résistance au moins intellectuel. Ce qui n’empêchera pas le compositeur de se réfugier dans un exil presque obligatoire en Suisse, à partir d’octobre 1945, alors qu’il avait dépassé les quatre-vingts ans. Il ne sera lavé de tout soupçon que trois ans plus tard, en 1948, année qui verra la composition de son testament instrumental, les Métamorphoses pour cordes, et la mise au net de ses derniers lieder, genre qu’il avait abondamment illustré tout au long de sa carrière.

Ébauché à la fin de l’année 1946, Im Abendrot est écrit sur un poème de Josef von Eichendorff. Il sera achevé le 6 mai 1948 à Montreux, quelques semaines avant trois autres lieder composés, eux, sur des textes d’Hermann Hesse. Ces lieder seront créés, à titre posthume, l’année qui suivit la mort du compositeur, sous le titre désormais convenu de Vier letzte Lieder (Quatre derniers lieder). *

Ce cycle, d’une « insolence anachronique » (Alain Poirier) est un ultime et merveilleux hommage rendu par Richard Strauss au chant. Un demi-siècle de vie commune avec la cantatrice Pauline de Ahna, la fréquentation des chanteuses les plus célèbres, la vie donnée à des personnages d’exception comme Salomé, Elektra, la Maréchale, le Compositeur, Ariane, Arabella et bien d’autres, l’ont convaincu du pouvoir d’évocation et d’envoûtement de la voix. Aussi, au soir de sa vie, c’est presque naturellement qu’il compose un dernier bouquet de pièces vocales, certes brèves et d’une émotion détachée, mais d’une sensualité intacte et portées par un orchestre à la fois flexible et transparent. Quatre lieder, quatre chants du cygne d’un élan apaisé, pleins de parfums, de doux regrets et de murmures d’oiseaux, qui décrivent un parcours mélancolique allant du printemps au crépuscule. C’est la raison pour laquelle, sans doute (ainsi en tout cas en a décidé l’éditeur chargé de la publication posthume du cycle, en 1950), le premier achevé des quatre lieder occupe la dernière place dans le cycle. Il s’achève par une ultime interrogation sur la mort (« Ist dies etwa der Tode ? », « Est-ce déjà la mort ? ») et cite fugitivement un thème du poème symphonique Mort et transfiguration composé quelque soixante ans plus tôt.
Comme l’écrit avec simplicité Nicolas Slonimsky : le génie de Richard Strauss « est incontesté dans ses poèmes symphoniques de jeunesse comme Don Juan et Ainsi parlait Zarathoustra ; certains de ses opéras sont entrés au répertoire, tandis que ses Quatre derniers lieder constituent un noble couronnement de son inspiration romantique».

Christian Wasselin
 
* On sait que Strauss écrivit un « cinquième dernier » lied, Malven (Mauves), achevé à Montreux le 23 novembre 1948, dédié à la cantatrice Maria Jeritza (qui participa à la création de plusieurs opéras du compositeur) et créé en 1985, à New York, par Kiri Te Kanawa.
 
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