Une musique pour Loulou

Mercredi 13 décembre 2017
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Une musique pour Loulou | Maison de la Radio
Loulou, l’incroyable secret, délicieux film de Grégoire Solotareff, sera offert au jeune public des concerts de Radio France le 17 décembre prochain. Laurent Perez del Mar, qui en a écrit la musique, nous dit tout sur la manière dont il a imaginé sa partition.
Laurent Perez del Mar, connaissiez-vous le personnage de Loulou de Grégoire Solotareff avant de travailler sur le scénario du film ? Que vous inspire ce jeune loup ?
Oui je le connaissais car mes enfants sont extrêmement friands des histoires du soir, et nous leur lisions ses aventures. J’ai surtout été inspiré par ses pérégrinations et j’ai commencé à écrire la musique du film sur scénario, en discutant avec les réalisateurs. Il s’en est très vite dégagé un mélange de douceur, de candeur, d’aventures trépidantes, d’instinct de chasseur et de sauvagerie contre lesquels Loulou va lutter pendant le film. J’espère que l’on ressent tout cela en écoutant la musique du film.
 
Êtes-vous, d’une façon générale, familiarisé avec la littérature jeunesse ?
Oui bien sûr. Je pense que nous connaissons à peu près tout ce qui se fait en la matière ! Pour les enfants, nous considérons qu’il s’agit d’un vrai apport pour l’enrichissement du langage, de l’imaginaire. Chez nous, il ne se passe pas un jour sans lecture ! Aujourd’hui, la littérature jeunesse est particulièrement riche, avec beaucoup d’humour, comme le cinéma pour enfants d’ailleurs.
 
Pour composer la musique du film Loulou, l’incroyable secret, avez-vous été influencé par l’univers graphique de Grégoire Solotareff (ombres, lumières, couleurs, dessins) ? Un thème s’est-t-il dégagé très clairement ?
Oui immédiatement. L’univers de Grégoire Solotareff est tellement puissant visuellement que l’inspiration m’est venue très rapidement pour le thème principal du film, mais aussi pour  les couleurs d’orchestrations, tantôt vives, tantôt sombres. C’est d’ailleurs ce thème que je lui ai présenté pour le convaincre avant même de le rencontrer, et ce sous la forme que vous entendrez le jour de la projection. J’ai souhaité que Yasmin, qui a chanté le thème du film bouche fermée dès la première maquette, soit présente pour l’interpréter devant le public.
 
De quelle manière un compositeur de musique s’y prend-t-il pour traduire musicalement les sentiments et les émotions des personnages ?
J’aimerais beaucoup le savoir ! Pour ma part, je me laisse traverser par les émotions que le film me procure, et je compose de la musique quand je suis dans ces différents états, dans un premier temps avec le souvenir des images. J’essaie toujours de dire avec la musique des choses qu’on ne voit pas à l’image, en créant une troisième dimension. Ce qui passe parfois par un contre-pied musical par rapport à ce que l’on voit à l’écran. Ensuite, je superpose la musique et les images dans mon studio et je vois ce qui se passe. J’essaie des choses, un peu à la manière d’un tailleur, pour ajuster la musique et les orchestrations sur les images…
 
Vous êtes l’auteur de nombreuses musiques de films dans des genres très différents. Le film d’animation nécessite-t-il une approche musicale particulière ? Rôle de la mélodie auprès des enfants ? Choix des instruments, orchestration spécifique, rythme ?
Non, pas du tout. Quand j’écris la musique d’un film d’animation, je n’écris pas une musique supposée être pour les enfants, de la même manière que je ne fais pas écouter de  musique « enfantine » à mes enfants. Ils écoutent et sont capables d’apprécier toutes sortes de choses si exigeantes soient-elles et ce, dès le plus jeune âge. Concernant les films d’animation, j’essaie simplement d’écrire la musique qui aille le plus parfaitement avec le film, en accord avec le réalisateur. Une musique qui me plaise, et qui se tienne par elle-même, ce dernier critère étant primordial pour moi. La seule différence réside parfois dans le fait de pouvoir pousser les curseurs émotionnels un peu plus loin dans l’animation, en se permettant quelquefois de forcer un peu le trait.
 
Comment s’est déroulé la collaboration avec Grégoire Solotareff ? Vous a-t-il suggéré des pistes musicales ? 
Pour l’anecdote, nous sommes tous les deux médecins, ce qui nous a aussi immédiatement et naturellement rapprochés. Nous parlions le même langage, partagions une sorte de rigueur dans le travail. C’était une très belle collaboration dans la mesure où il m’a fait totalement confiance et m’a laissé quasiment carte blanche, me disant simplement que l’univers de L’Oiseau de feu de Stravinsky collerait bien au film. Je ne pouvais pas rêver mieux !
 
Pour quelles raisons avez-vous choisi d’écrire la musique du film pour un orchestre symphonique ?
J’adore écrire pour l’orchestre et c’est ce que le film appelait. J’avais le sentiment d’avoir une grande liberté, de pouvoir écrire tellement de choses différentes. Il est vrai que l’orchestre nous permet de multiples combinaisons de textures et de timbres.
 
Revendiquez-vous certaines influences musicales dans votre approche de la musique du film d’animation ?
Il est vrai que Stravinsky, Tchaïkovski, Ravel, entre autres, sont des compositeurs qui m’inspirent beaucoup au quotidien, et a fortiori pour ce genre de projets. Je les écoute beaucoup, pendant et en dehors de mes phases d’écriture. Pour Loulou, j’ai ressenti une grande liberté notamment dans les changements harmoniques et rythmiques. J’ai donc beaucoup pensé à ces immenses compositeurs pendant l’écriture de la musique du film.
 
En matière de musique de films d’animation, quelles sont pour vous les partitions particulièrement réussies dans ce domaine ?
J’aime beaucoup les travaux de Michael Giacchino (Up, Ratatouille…), John Powell (Dragons), Joe Hisaishi (il y en a tant !), etc.
 
Que ressentez-vous à l’idée que votre œuvre soit jouée à Radio France et interprétée par l’Orchestre national de France ?
Je suis extrêmement heureux, honoré et impatient, d’autant que c’est une bande originale dont je suis fier. Ce sera aussi l’occasion de retrouver autour de cette musique Grégoire Solotareff, les producteurs du film Christophe Jankovic et Valérie Schermann, qui sont devenus des amis très proches et avec qui j’ai retravaillé depuis sur des projets magnifiques comme Zarafa ou La Tortue rouge.
 
Propos recueillis par Sylvain Alzial

 
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