Ainsi parlait Richard Strauss

Vendredi 20 janvier 2017
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Ainsi parlait Richard Strauss | Maison de la Radio
L’Orchestre Philharmonique nous fait entendre comment parlait Zarathoustra, le 27 janvier. Mikko Franck est son traducteur.

AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA FUT COMPOSÉ au cours de la décennie qui vit la naissance des grands poèmes symphoniques inspirés à Richard Strauss par des arguments littéraires, poétiques et philosophiques d’origines variées, décennie inaugurée en 1889 par la fantaisie symphonique Aus Italien – hommage, d’une certaine manière, à Harold en Italie de Berlioz et à la Symphonie italienne de Mendelssohn. Ces poèmes symphoniques reprennent à leur compte quelques unes des conceptions de Liszt, tout en transcendant le genre par une verve orchestrale et mélodique, et un renouvellement constant de la forme elle-même, qui ne caractérisent pas précisément les œuvres du compositeur hongrois.

C’est ainsi que voient le jour, successivement, à la suite d’Aus Italien : Macbeth, Don Juan, Tod und Verklärung (Mort et transfiguration), Till Eulenspiegels lustige Streiche (les Joyeuses équipées de Till l’espiègle), Also sprach Zarathustra (Ainsi parlait Zarathoustra), Don Quixote (Don Quichotte), enfin Ein Heldenleben (Une Vie de héros). Strauss se consacrera ensuite essentiellement à la scène, de Feuersnot (1901) et Salomé (1905) jusqu’à l’ultime Capriccio, créé à Munich en 1942.

Richard Strauss porta d’une certaine manière à son comble le style du poème symphonique, mais il aura toujours à cœur de ne jamais être prisonnier des textes choisis comme source d’inspiration de ses œuvres. Ainsi, à propos d’Ainsi parlait Zarathoustra, il note : « librement composé d’après Friedrich Nietzsche ». Hormis quelques mots du philosophe, placés en exergue à la partition (« La musique a trop longtemps rêvé ; nous voulons devenir des rêveurs éveillés et conscients »), l’œuvre ne suit aucun plan précis qui serait servile imitation du grand livre. Chacune des huit parties (enchaînées) de la partition, simplement, porte un sous-titre emprunté à Nietzsche ; soit, après la célèbre et majestueuse introduction (do-sol-do ; trois notes qui figurent la naissance de l’univers, donc de la musique) : 1. De ceux des arrière-mondes - 2. De l’aspiration - 3. Des joies et des passions - 4. Le chant du tombeau - 5. De la science - 6. Le convalescent - 7. Le chant de la danse - 8. Le chant du voyageur de la nuit.

Ces huit sections permettent toutes les ambiances, tous les éclairages, de la joie cosmique à l’angoisse, à la fièvre, à l’apaisement, etc. Et Strauss n’a pas pu résister au désir d’introduire une valse dans le Chant de la danse, manière de rappeler, peut-être, que le philosophe-danseur est pour Nietzsche le comble de l’humain, ou plutôt la figure idéale du surhomme : non pas celui qui écrase les hommes mais celui qui, à force d’élan et d’élévation, abolit le partage entre l’humain et le divin. Certains ont trouvé là matière à se moquer, d’autres, comme Romain Rolland, y ont entendu la « ronde de l’univers ».

Ainsi parlait Zarathoustra illustre magnifiquement l’ambiguïté des rapports entre les langages : le compositeur n’a pas eu la naïveté de penser composer un équivalent musical à l’anti-évangile de Nietzsche, car il savait que l’étoffe précieuse de l’orchestre et l’ivresse de la pensée seront toujours irréductibles l’une à l’autre.
 
« Ô hommes supérieurs, que vous en semble ? Suis-je un devin ? Suis-je un rêveur ? Suis-je un homme ivre ? Un interprète des songes ? Une cloche de minuit ?
« Une goutte de rosée ? Une buée et un parfum d’éternité ? Ne l’entendez-vous pas ? Mon monde vient de s’accomplir, minuit est aussi midi.
« La douleur est aussi une joie, la malédiction est aussi une bénédiction, la nuit est aussi un soleil – éloignez-vous, de peur que l’on vous enseigne qu’un sage est aussi un fou.
« Avez-vous jamais dit oui à une joie ? Ô mes amis, alors vous avez aussi dit oui à toutes les douleurs. Toutes choses sont enchaînées, enchevêtrées, unies par l’amour.
« Avez-vous jamais voulu qu’une même fois revienne deux fois ? Avez-vous jamais dit : “Tu me plais, bonheur, instant, clin d’œil !” C’est ainsi que vous voudriez que tout revienne !
« Tout de nouveau, tout éternellement, tout enchaîné, amoureux, oh ! c’est ainsi que vous avez aimé le monde.
« Vous qui êtes des éternels, vous l’aimez éternellement et à jamais ; et vous dites aussi à la douleur : Passe mais reviens. Car toute joie veut l’éternité. » (1)
 
Florian Héro.
 
(1) Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, quatrième partie : « Le Chant d’ivresse » (traduction française de Maurice Betz).

Le concert du 27 janvier sera diffusé en direct sur France Musique.
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