Arvo Pärt, un mystique égaré en musique ?

Lundi 25 novembre 2019
Arvo Pärt, un mystique égaré en musique ? | Maison de la Radio
Du 10 et 12 janvier 2020, Radio France consacrera plusieurs concerts au compositeur estonien.
Arvo Pärt ? Un artiste qui tente d’échapper à l’Histoire. Si c’est là pour certains le propre de l’art, car tout grand texte a pour vocation d’échapper à son contexte, ce fut tâche particulièrement ardue pour un compositeur que l’Histoire ne cessa d’essayer de rattraper.

Né en 1935 en Estonie, il n’a que cinq ans lorsque l’URSS annexe son pays natal qu’envahit l’Allemagne nazie dès 1941 avant que l’Estonie revienne en 1944 dans le giron de l’URSS. Le jeune homme joue du piano, mais aussi du hautbois et de la caisse claire dans la fanfare où il effectue son service militaire, puis se fait choyer par le régime socialiste, qui voit en lui un jeune musicien doué et malléable : engagé à la radio-télévision estonienne, chargé de composer de nombreuses musiques de film, le voici couronné en 1962 par le Premier Prix des jeunes compositeurs d’URSS. Quand il sort du Conservatoire de Talinn, en 1963, Pärt a toutes les chances de devenir compositeur officiel. Mais il commet la double erreur, aux yeux du pouvoir en place, de signer plusieurs compositions d’inspiration religieuse (son Credo date de 1968) et de s’intéresser d’un peu trop près à la technique dodécaphonique (1960 est l’année de son Nekrolog), en croyant naïvement au relatif dégel que connaît l’esthétique néo-stalinienne depuis la fin des années 50. Illusion : il donne là deux preuves évidentes de décadence bourgeoise !

Plutôt que de se renier, Pärt renonce pratiquement à composer et se plonge dans l’étude de Josquin des Prés, de Guillaume de Machaut, de Jean Ockeghem, du chant grégorien, etc. Musiques qui, bien plus tard, influenceront sa propre création.

Mais les contradictions dans lesquelles il se débat le font s’interroger sur son art : l’esthétique officielle le révulse, la technique sérielle ne le séduit plus. À partir de 1976, avec Für Alina, il prend le chemin d’une nouvelle esthétique, qu’il définit ainsi : « Ici je suis seul avec le silence. J’ai découvert qu’il suffit qu’une note simple soit admirablement jouée. Cette note, ou ce battement silencieux, ou ce moment de silence, me soulagent. Je travaille avec très peu d’éléments – avec une seule voix, avec deux voix. Je construis avec les matériaux les plus primitifs – avec la triade, avec une tonalité spécifique. Les trois notes de la triade sont comme des cloches. Et c’est pourquoi je l’appelle tintinnabuli. »
 
Un artiste en cavale ?
 
Cette nouvelle voie, on la qualifiera un peu rapidement de post-moderne. Elle prétend échapper au sens de l’Histoire (sériel ou soviétique) et retrouver une simplicité perdue, un Moyen Âge rêvé. En quoi elle devient suspecte aussi bien auprès des avant-gardes occidentales que de la prison mentale soviétique. Comment sauver l’art de l’idéologie ? Mais 1976, c’est aussi l’année d’Einstein on the Beach et de la Troisième Symphonie de Gorecki : Pärt échappe à l’Histoire mais l’actualité le rattrape.

En 1977, il compose Tabula rasa, mais en 1980, Pärt n’en peut plus : il quitte son pays pour Vienne, puis pour Berlin-Ouest. Et le public occidental le plébiscite. Est-ce qu’il souhaitait vraiment ? Aurait-il trouvé la manière de réconcilier les mélomanes avec la musique de leur siècle ? A-t-on mesuré la dimension spirituelle qu’il accorde à la musique, lui qui s’est converti en 1972 avec sa femme à la religion orthodoxe ?

« C’est quelqu’un qui a cette capacité rare de faire vraiment abstraction des conflits du monde », estime David Sanson*. Qui ajoute : « Même si, de facto, la matière est très condensée dans son œuvre, c’est une musique très concentrée et très pure. Chaque note a sa justification. C’est un peu comme une huile essentielle qui condense la substantifique moelle d’une plante. »
Le temps a fait son œuvre : en 2015, Robert Wilson a signé la mise en scène d’une Adam’s Passion, montage de plusieurs œuvres d’Arvo Pärt, dans une ancienne usine de sous-marins de Talinn.
 
Florian Héro
 
* Traducteur du premier ouvrage paru en France sur Arvo Pärt (Arvo Pärt, conversation avec Enzo Restagno, Actes sud, 2012).
 
 

Ecouter Arvo Pärt

Bach / Pärt, Steinbacher / Franck | Maison de la Radio

Bach / Pärt, Steinbacher / Franck

Concert symphonique

Maîtrise de Radio France
Orchestre Philharmonique de Radio France

Mikko Franck direction / Arabella Steinbacher violon
Arvo Pärt ? Un artiste qui tente d’échapper à l’Histoire.
Vendredi10janvier202020h00 Maison de la radio - Auditorium
Arvo Pärt, Karol Mossakowski | Maison de la Radio

Arvo Pärt, Karol Mossakowski

Musique chorale

Chœur de Radio France
Maîtrise de Radio France
Quatuor Diotima

Martina Batič direction / Karol Mossakowski orgue
Radio France a choisi de fêter Arvo Pärt.
Samedi11janvier202018h00 Maison de la radio - Auditorium
Piano, violon et électronique, Arvo Pärt | Maison de la Radio

Piano, violon et électronique, Arvo Pärt

Concert de musique de chambre


Sarah Nemtanu violon
La musique de chambre montre ici la manière dont Arvo Pärt s’empare des effectifs les plus simples pour exhorter à l’élévation spirituelle
Samedi11janvier202020h00 Maison de la radio - Studio 104
Philhar intime avec Arabella Steinbacher | Maison de la Radio

Philhar intime avec Arabella Steinbacher

Concert de musique de chambre

Orchestre Philharmonique de Radio France

Arabella Steinbacher violon
Arabella Stainbacher interprète deux pages qui pourraient à elles seules résumer l’art du compositeur estonien Arvo Pärt.
Dimanche12janvier202016h00 Maison de la radio - Auditorium

INSCRIPTION AUX NEWSLETTERSX

Chaque mois, recevez toute l’actualité culturelle de Radio France : concerts et spectacles, avant-premières, lives antennes, émissions, activités jeune public, bons plans...
Sélectionnez la ou les newsletters qui vous ressemblent ! 

Séléctionnez vos newsletters

(*) Informations indispensables

Les données recueillies par RF sont destinées à l’envoi par courrier électronique de contenus et d’informations relatifs aux programmes, évènements et actualités de RF et de ses chaînes selon les choix d’abonnements que vous avez effectués. Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, ainsi qu’au règlement européen n°2016-679 relatif à la protection des données personnelles vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition et de portabilité sur les données vous concernant ainsi qu’un droit de limitation du traitement. Pour exercer vos droits, veuillez adresser un courrier à l’adresse suivante : Radio France, Délégué à la protection des données personnelles, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16 ou un courriel à l’adresse suivante : dpdp@radiofrance.com, en précisant l’objet de votre demande et en y joignant une copie de votre pièce d’identité.

Conformément aux dispositions susvisées, vous pouvez également définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication des données vous concernant après votre décès. Pour cela, vous devez enregistrer lesdites directives auprès de Radio France. A ce titre, vous pouvez choisir une personne chargée de l’exécution de ces directives ou, à défaut, il s’agira de vos ayants droits. Ces directives sont modifiables à tout moment.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter vos droits sur le site de la CNIL