Au minimum, il y a répétition

Lundi 26 août 2019
Au minimum, il y a répétition | Maison de la Radio
Plusieurs concerts, cette saison, font entendre des pages de musique répétitive ou minimaliste, selon le point de vue (ou d’ouïe !) où l’on se place. Mais de Bach au Boléro de Ravel, bien des siècles ont préparé le terrain des compositeurs américains réunis dans ce courant.
« D’une certaine manière, la musique de Ravel tentait une improbable synthèse sonore entre les univers si différents de ses parents, des souvenirs maternels figés dans le folklore au rêve paternel d’un futur mécanisé. »
Alex Ross, The Rest is Noise.
 
Le monde sonore, au tournant du XIXe et du XXe siècle, apparaît complexe. Derrière le bruit des canons, nous distinguons celui du mouvement de pendule oscillant entre le fracas des usines et le besoin de réinjecter de la nature dans le discours artistique et musical. En 1928, lorsque Ravel travaille sur son Boléro, il a déjà derrière lui l’expérience de la composition avec pour principe la répétition : « Le Gibet », dans Gaspard de la Nuit, renouvelle la notion d’ostinato en répétant un si bémol qui semble figurer un glas insistant. Et si la narration musicale se dotait d’une nouvelle direction ? Et s’il était possible, au lieu de confier encore et encore au système tonal la charge de porter le discours et le temps, de jouer avec le vécu et la patience de l’auditeur en lui présentant un motif répété, que chaque oreille va interpréter différemment ? À charge pour l’esprit humain de faire subir à ce motif une métamorphose sensible, comme ce qui se produit quand l’œil suit la séquence apparemment aléatoire d’une suite de feuilles sur un lierre. Le reste de ce Boléro n’est que crescendo, mais rien ne vient interrompre la rêverie de l’auditeur. Le bruit de la caisse claire habité par la Nature et l’imagination de l’auditeur : « improbable synthèse » en effet, chez Ravel, entre ce père pionnier de l’automobile suisse et cette mère qui l’a connecté aux chansons traditionnelles de ses racines basques, entre bruit d’usine et arabesque végétale.

Ce principe n’allait pas rester lettre morte. Mettre l’auditeur en transe, jouer avec son train de pensée en lui offrant un contexte auditif propice, est une des nombreuses directions prise par les
musiques au XXe siècle. City Life de Steve Reich, qui diffuse des sons réels des rues de New York en 1995, reprend l’idée de motif répété ad infinitum et ne manque pas de nous laisser avec les yeux dans le vague, avec les claquements de portes de voitures, les klaxons et les « check it out ! » pour nous maintenir dans le présent.

De l'hypnose

Les yeux dans le vague. Évidemment, le minimalisme répétitif ne peut pas être résumé ainsi, mais comment ne pas interpréter comme cela l’étiquette « New York Hypnotic School » donnée en 1969 à la Monte Young, Terry Riley, Steve et Philip Glass, étiquette qui précède celle de « minimal repetitive » qui viendra plus tard ?

« Hypnotique ou ennuyeux – cela dépend de notre réaction devant ce genre de musique », analyse Edward Strickland en 2000 dans Minimalims : Origins. Voilà bien ce qui résume l’importance donnée à l’auditeur face à cette musique. Cet auditeur actif peut-il remplacer le sérialisme qui jusque-là régnait en maître ? « Le sérialisme et John Cage m’ont donné quelque à repousser », dit Steve Reich ; faut-il ainsi comprendre le minimalisme comme une opposition aux expérimentations du sérialisme et de Cage ? ou le minimalisme se sert-il de Cage comme d’un socle à partir duquel se propulser ?

John Cage représente déjà à lui seul l’esprit de l’expérimentation, issu d’une génération d’artistes et d’intellectuels qui mettent leur compétence au service de la révolte contre la culture bourgeoise de consommation de masse. Une fois le choc social passé, le contre-pouvoir s’installe dans la durée : un public se crée, une nouvelle tribu stylistique se constitue. Devons-nous aller jusqu’à suggérer qu’un certain académisme se voit poindre, grâce aux propositions de Terry Riley, de Michael Nyman, de Louis Andriessen ou encore de John Adams ?

Il y a ainsi, derrière le minimalisme, tout un bagage qui fait du terme une plaisante contradiction avec ce qu’il implique : les expérimentations de Cage, la musique des Américains natifs, la musique africaine et orientale, la musique zen, la musique bouddhiste, le blues, le jazz, le rock and roll, le funk, la disco. Également : le Bauhaus et le constructivisme, les nouvelles théories de la physique quantique et du chaos, le pop art, etc.

Encore plus loin

Et si nous cherchions encore plus loin les racines du minimalisme répétitif ? Tous les ostinatos n’ont pas la même fonction. S’ils sont quelques fois hypnotiques au XXe siècle, ils n’en sont pas moins le centre de l’écriture musical du XVIIIe : le Prélude en do majeur du Premier Livre du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach, les premières mesures de Zadok the priest de Haendel, le principe de basse de chaconne répétée sur lequel se déploie un discours contrapuntique de plus en plus complexe, etc. : pourquoi ne pas voir là le même esprit d’expérimentation que ce qui, au XXe siècle, a pourtant été jugé « d’un intérêt minimal » par Pierre Boulez ?

Philip Glass précise qu’il cherche à faire découvrir à l’auditeur « une autre façon d’écouter la musique – une façon qui ne repose pas sur la mémoire ou l’anticipation (à l’inverse des moyens psychologiques de la musique à programme baroque, classique, romantique ou moderne) » ; il y a pourtant dans l’utilisation du motif chez Bach, et de sa répétition, quelque chose qui défie l’anticipation, notamment dans sa musique pour instrument seul. Il faut ainsi guetter la main tendue à travers les siècles entre Glass et les grands maîtres passés de l’instrument soliste dans ses Études pour piano.

Avec le « Holy minimalism », nous revenons au « Gibet » de Ravel. La réponse d’Arvo Pärt au lancinant si bémol du glas est la « tintinnabulation », la mise en musique du son de la cloche, qui structure la partition et la ponctue. Dans les années 1970, plusieurs compositeurs se livrent à un étrange retour du néo-classicisme : comme dans la première partie du XXe siècle, la modalité propre à la musique médiévale et à la musique de la Renaissance sera réexaminée avec un œil sincèrement sacré par John Tavener, Henryk Górecki, Sofia Gubaidulina, ou encore Pēteris Vasks. L’Histoire est-elle répétitive ?
 
Christophe Dilys
 

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