Bernstein, une mémoire de l’Orchestre National de France

Vendredi 9 novembre 2018
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Bernstein, une mémoire de l’Orchestre National de France | Maison de la Radio
Leonard Bernstein sera à l’affiche de deux concerts de l’Orchestre National de France, les 22 et 29 novembre, et d’un programme de musique de chambre donné le 16 novembre par les musiciens de l’Orchestre National, qui participeront par ailleurs à un concert-fiction, le 1er décembre, en compagnie de Lambert Wilson. Lenny, comme on l’appelait familièrement, reste aussi l’un des chefs qui ont le plus marqué la mémoire de l’orchestre.
On a longtemps reproché à Mahler d’écrire de la musique de chef d’orchestre ; on a également accusé Leonard Bernstein d’être un compositeur hollywoodien, terme passe-partout employé par ceux qui ne prennent pas le temps d’écouter. C’est pourtant Mahler qui nous a valu l’un des premiers grands rendez-vous de Bernstein avec l’Orchestre National de France.

Nous sommes en 1958 : Bernstein est venu diriger le National à Paris dès 1948, puis deux ans plus tard à Édimbourg. Mais ce 13 novembre, l’enjeu est tout autre puisqu’il s’agit de révéler au public du Théâtre des Champs-Élysées la Deuxième Symphonie de Mahler. Certes, Mahler en personne est venu diriger sa partition au Châtelet en 1910, mais dans l’incompréhension générale – incompréhension qui se poursuit alors que, curieusement, le 20 février 1958, Carl Schuricht est venu diriger cette même Deuxième Symphonie à la tête du même Orchestre National.

En 1958, Bernstein a quarante ans, il est auréolé de la gloire récente de West Side Story ; il est aussi celui, a priori, qui peut le mieux électriser le public parisien avec la musique d’un compositeur qui passe encore pour extravagant. Et c’est effectivement ce qui arrive.*

On retrouve le chef américain à la tête de l’Orchestre National le 30 novembre 1966 (dans un programme Berlioz, Schumann, Chostakovitch), puis il faut attendre neuf ans pour qu’il dirige à nouveau l’orchestre. Les concerts donnés à l’invitation de Pierre Vozlinski, alors directeur de la musique à Radio France, en 1975 et en 1976, ont marqué les esprits et ont été aussi l’occasion d’enregistrements discographiques. C’est l’époque où, après le départ de Jean Martinon (1973), l’Orchestre National vit sans directeur musical en titre. Plusieurs chefs sont alors les invités privilégiés de l’orchestre, notamment Sergiù Celibidache, Lorin Maazel (qui deviendra directeur musical en 1987) et Leonard Bernstein.

Chez lui au Crillon
 
Comme l’écrivent Karine Le Bail et Sophie Picard**, « l’Américain à Paris est une véritable star qui a sa suite à l’hôtel Crillon (elle sera baptisée “chambre Bernstein”), mais avec le National, le coup de foudre est immédiat : Bernstein aime la plasticité de l’orchestre qui, pour sa part, fond littéralement devant cette personnalité fascinante et généreuse. L’ancien régisseur de l’orchestre, Jean-Marie Baudinet, décrit ainsi la première apparition du chef aux répétitions : “Il vient chez nous, son piano sous le bras, pour honorer Ravel. Je le revois, alors que l’orchestre s’accorde, s’infiltrer depuis la percussion, en se frayant un chemin au travers des pupitres, hors du parcours officiel. Il serre la main aux musiciens proches de son passage, qu’il reconnaît. Il fait des clins d’œil et envoie des baisers du bout des doigts, s’arrête au cœur du groupe des bois, embrasse la tête du premier flûtiste et progresse entre les seconds et les premiers violons jusqu’à son podium. Il est vêtu d’une chemise rose et d’un pantalon de jean, un foulard rouge noué autour du cou”. » Selon Pierre Julien (dans L’Aurore, le 22 septembre 1975), « il ferait aimer la musique à un sourd, tant sa gestique est expressive, tant elle est déjà en elle-même une œuvre d’art » !

Bernstein revient diriger l’Orchestre National en 1977 puis à deux reprises en 1979 (à l’occasion, notamment, de la création européenne de Songfest, grande œuvre de Bernstein compositeur). Le 13 mai 1981, Bernstein et le National retrouvent Mahler à l’occasion d’une Septième Symphonie mémorable, puis, la même année, le concert de musique française donné le 21 novembre 1981 (ah, l’ouverture de Raymond !) est diffusé dans le cadre d’une journée tout entière consacrée à Bernstein par France Musique.

Il emmènera dans la foulée l’orchestre en Amérique du Nord à l’occasion d’une tournée partagée avec Lorin Maazel. Ce seront les derniers moments partagés par le chef et l’orchestre.
 
Florian Héro
 
* Un enregistrement de ce concert (qui comprend aussi la création des Vingt-quatre préludes de Marius Constant) est disponible dans la collection Radio France.

** Dans la plaquette accompagnant le coffret des 80 ans de l’Orchestre National de France (Radio France/Ona), qui comprend, sous la direction de Leonard Bernstein, Shéhérazade de Ravel avec Marilyn Horne et l’ouverture de Raymond d’Ambroise Thomas.


Les musiciens témoignent

Les musiciens qui ont joué sous la direction de Leonard Bernstein gardent un souvenir ému et enchanté de ce chef qui, sous les dehors de la séduction, était aussi un rigoureux architecte. Liliane Rossi, qui était chef d’attaque des seconds violons, se souvient d’un artiste « qui avait quelque chose en plus » : « Quand nous avons répété Shéhérazade, seuls, avant qu’arrive Marilyn Horne, nous avions tous des frissons. En jouant Schelomo, j’avais la gorge serrée, et Bernstein ne retenait pas ses larmes. Bernstein parlait un très bon français, il était capable de réciter des poèmes dans notre langue. Je me souviens d’un soir de relâche lors de notre tournée américaine. C’était à New York et on avait fait appel à lui pour diriger le New York Philharmonic en remplacement de Zubin Mehta, malade. À la fin du concert, auquel j’ai assisté avec deux ou trois musiciens du National, je me suis retrouvée dans sa loge, il nous a offert à boire, des chanteurs sont venus, et la soirée s’est poursuivie jusqu’à 2h du matin. C’était un musicien et un être hors du commun. »

Jacques Duhem, également violoniste, parle d’une relation d’amour avec l’orchestre. « Dès qu’il commençait, on donnait tout. » Quant à Guy Dangain, qui fut longtemps clarinette solo de l’Orchestre National, il affirme sans hésiter : « Le plus beau souvenir de ma vie, c’est Bernstein. »

Kurt Masur, directeur musical de l’Orchestre National de 2002 à 2008, expliquait : « Bernstein s’identifiait à l’œuvre. Il avait une pudeur que beaucoup d’autres musiciens n’ont pas. »
 

Bernstein et l’Orchestre National : le coffret

Un coffret de 7 CD réunit un grand nombre d’enregistrements effectués dans les années 1970 par Leonard Bernstein à la tête de l’Orchestre National de France. Il permet d’entendre des œuvres de Berlioz, Milhaud, Schumann, Bloch, Rachmaninov, avec la participation de Marilyn Horne, Alexis Weissenberg, Mstislav Rostropovitch, etc. Bel inédit : un enregistrement sur le vif d’un concert consacré à Bernstein lui-même et Ravel.
 
« An American in Paris » Coffret 7 CDs chez Warner Classics
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