Carmen et le philtre

Jeudi 2 juillet 2020
Carmen et le philtre | Maison de la Radio
Nietzche présentait volontiers la musique de Bizet comme un antidote aux langueurs wagnériennes. Prosper Mérimée nous rappelle cependant que Carmen n’était pas tout à fait ignorante en matière de philtres d’amour.
 
On sait les relations complexes qu’entretinrent Nietzsche et Wagner, l’admiration éprouvée par le premier pour la musique du second (Nietzsche dédia à Wagner sa Naissance de la tragédie), puis son dépit lors de l’ouverture du Festival Bayreuth, enfin les textes qui s’ensuivirent (Le Cas Wagner, Nietzsche contre Wagner). Nietzsche déplorera ne pas trouver chez Wagner « la gaya scienza ; les pieds légers ; l’humour, le feu, la grâce ; la grande logique ; la danse des étoiles ; la téméraire intellectualité ; le scintillement de la lumière méridionale, la mer unie ».
 
A contrario, Nietzsche trouvera dans Carmen toutes ces qualités, et ce dès la première fois qu’il l’entendra, le 27 novembre 1881, au Théâtre Politeana de Gênes : « Ai eu de nouveau la révélation d’une belle œuvre, un opéra de Georges Bizet (qui est-ce ?!) : Carmen », écrit-il à son ami Peter Gast. Révélation imprévue, Nietzsche ne semblant pas à cette époque connaître le nom du compositeur. Il écrira ainsi, dans Le Cas Wagner :
 
« Cette musique de Bizet me paraît parfaite. Elle approche avec légèreté, avec souplesse, avec politesse. Elle est aimable, elle ne transpire pas. (…) A-t-on jamais entendu sur la scène des accents d’une douleur plus tragique ? Et comment sont-ils obtenus ? Sans grimace ! Sans faux-monnayage ! Sans le mensonge du grand style – enfin cette musique accorde à l’auditeur ses qualités de créature intelligente, même au point de vue musical – et en cela, elle est bien l’antithèse de Wagner, qui fut le génie le plus malpropre du monde. »
 
Brangäne et Carmen, deux complices ?
 
Pourtant, à en croire Prosper Mérimée, auteur du court roman qui inspira Bizet, Carmen était de celles qui savent comment élaborer un philtre d’amour. Mérimée écrit en effet ceci :
 
« J’ai dit que la plupart des Bohémiennes se mêlaient de dire la bonne aventure. Elles s’en acquittent fort bien. Mais ce qui est pour elles une source de grands profits, c’est la vente des charmes et des philtres amoureux. Non seulement elles tiennent des pattes de crapauds pour fixer les cœurs volages, ou de la poudre de pierre d’aimant pour se faire aimer des insensibles ; mais elles font au besoin des conjurations puissantes qui obligent le diable à leur prêter son secours. L’année dernière, une Espagnole me racontait l’histoire suivante : Elle passait un jour dans la rue d’Alcala, fort triste et préoccupée ; une Bohémienne accroupie sur le trottoir lui cria : “Ma belle dame, votre amant vous a trahie. ” C’était la vérité. “Voulez-vous que je vous le fasse revenir ? ” On comprend avec quelle joie la proposition fut acceptée, et quelle devait être la confiance inspirée par une per- sonne qui devinait ainsi, d’un coup d’œil, les secrets intimes du cœur. Comme il eût été impossible de procéder à des opérations magiques dans la rue la plus fréquentée de Madrid, on convint d’un rendez-vous pour le lendemain. “Rien de plus facile que de ramener l’infidèle à vos pieds, dit la Gitana. Auriez-vous un mouchoir, une écharpe, une mantille qu’il vous ait donnée ? » On lui remit un fichu de soie. “Maintenant cousez avec de la soie cramoisie, une piastre dans un coin du fichu. – Dans un autre coin cousez une demi-piastre ; ici, une piécette ; là, une pièce de deux réaux. Puis il faut coudre au milieu une pièce d’or. Un doublon serait le mieux. ” On coud le doublon et le reste.
“À présent, donnez-moi le fichu, je vais le porter au Campo-Santo, à minuit sonnant. Venez avec moi, si vous voulez voir une belle diablerie. Je vous promets que dès demain vous rever- rez celui que vous aimez. ” La Bohémienne partit seule pour le Campo-Santo, car on avait trop peur des diables pour l’accompagner. Je vous laisse à penser si la pauvre amante dé- laissée a revu son fichu et son infidèle. »
 
Faut-il alors voir dans l’héroïne de Bizet une cousine de Brangäne ?
 
Dominique Tinos
 

A écouter

Carmen Suite  / Cristian Măcelaru | Maison de la Radio

Carmen Suite / Cristian Măcelaru

Concert symphonique

Orchestre National de France

Cristian Măcelaru direction
L’Adagio pour cordes est l’arrangement, effectué par Barber lui-même, d’un mouvement de son Premier Quatuor à cordes.
Jeudi23juillet202020h00 Maison de la radio - Auditorium
Entrons dans la danse | Maison de la Radio

Entrons dans la danse

Concert Jeune public À partir de 8 ans

Chœur de Radio France

Le Chœur de Radio France vous propose une aventure musicale qui vous permettra d’aller à la découverte des plus beaux choeurs d’opéra illustrant la fête et la...
Dimanche28mars202115h00 Maison de la radio - Auditorium
Wagner/Bruckner, Marek Janowski : Hors les murs | Maison de la Radio

Wagner/Bruckner, Marek Janowski : Hors les murs

Concert symphonique

Orchestre Philharmonique de Radio France

Marek Janowski direction / Iwona Sobotka soprano
Wagnérien fervent, Marek Janowski est aussi un familier de Bruckner, dont il a enregistré toutes les symphonies. 
Jeudi20mai202120h00 HORS LES MURS Auditorium, Lyon
Wagner/Bruckner, Marek Janowski | Maison de la Radio

Wagner/Bruckner, Marek Janowski

Concert symphonique

Orchestre Philharmonique de Radio France

Marek Janowski direction / Iwona Sobotka soprano
Wagnérien fervent, Marek Janowski est aussi un familier de Bruckner, dont il a enregistré toutes les symphonies. 
Vendredi21mai202120h00 Maison de la radio - Auditorium
Une vie de héros, Emmanuel Krivine | Maison de la Radio

Une vie de héros, Emmanuel Krivine

Concert symphonique

Orchestre National de France

Emmanuel Krivine direction
Jeudi17juin202120h00 Maison de la radio - Auditorium

INSCRIPTION AUX NEWSLETTERSX

Chaque mois, recevez toute l’actualité culturelle de Radio France : concerts et spectacles, avant-premières, lives antennes, émissions, activités jeune public, bons plans...
Sélectionnez la ou les newsletters qui vous ressemblent ! 

Séléctionnez vos newsletters

(*) Informations indispensables

Les données recueillies par RF sont destinées à l’envoi par courrier électronique de contenus et d’informations relatifs aux programmes, évènements et actualités de RF et de ses chaînes selon les choix d’abonnements que vous avez effectués. Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, ainsi qu’au règlement européen n°2016-679 relatif à la protection des données personnelles vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition et de portabilité sur les données vous concernant ainsi qu’un droit de limitation du traitement. Pour exercer vos droits, veuillez adresser un courrier à l’adresse suivante : Radio France, Délégué à la protection des données personnelles, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16 ou un courriel à l’adresse suivante : dpdp@radiofrance.com, en précisant l’objet de votre demande et en y joignant une copie de votre pièce d’identité.

Conformément aux dispositions susvisées, vous pouvez également définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication des données vous concernant après votre décès. Pour cela, vous devez enregistrer lesdites directives auprès de Radio France. A ce titre, vous pouvez choisir une personne chargée de l’exécution de ces directives ou, à défaut, il s’agira de vos ayants droits. Ces directives sont modifiables à tout moment.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter vos droits sur le site de la CNIL