Chung, l’ultima Requiem

Vendredi 5 juin 2015
Chung, l’ultima Requiem | Maison de la Radio
Avant le dernier rendez-vous qu’il nous fixe à Orange le 10 juillet, Myung-Whun Chung dirige à Saint-Denis, les 23 et 24 juin, le Requiem de Verdi. Ce seront ses ultimes concerts parisiens (ou quasi-parisiens) en tant que directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Radio France.

QU’EST-CE QU'UN requiem ? Une messe des morts, qui s’appuie sur un texte liturgique en latin, le mot requiem étant lui-même l’accusatif du mot latin requies, qui signifie repos. Qu’on les appelle Messe de requiem, Missa pro defunctis ou tout simplement Requiem, les messes des morts font partie du répertoire de la musique sacrée de tradition catholique. Campra, Gilles, Mozart, Cherubini, Gossec, Berlioz, Fauré, Dvorak, Verdi, Duruflé et bien d’autres ont illustré le genre. Britten, dans son War Requiem, a intercalé des poèmes en anglais de Wilfred Owen entre les différentes parties du texte latin. Il existe d’autres types de requiem, mais qui ne sont pas toujours des messes à proprement parler : le Requiem allemand de Brahms par exemple, tradition luthérienne oblige, est une suite de méditations en allemand sur la mort telle qu’elle est évoquée par l’Ancien Testament.
 
Verdi : de la fin au début
 
Verdi, pour sa part, procéda à l’envers :le finale de son Requiem, le vibrant « Libera me », fut composé en premier lieu, dès 1869, dans le cadre d’un Requiem collectif à la mémoire de Rossini auquel participèrent des compositeurs alors illustres mais dont les noms sont aujourd’hui oubliés (qui se souvient de Buzzolla, Cagnoni, Nini, Coccia... ?). Quatre ans plus tard, le 22 mai 1873, l’écrivain Alessandro Manzoni meurt et Verdi, bouleversé, n’a pas le cœur d’assister aux funérailles. Il a l’idée cependant de proposer qu’on organise, l’année suivante, une cérémonie officielle pour célébrer le grand homme, cérémonie à l’occasion de laquelle serait jouée un Requiem de sa composition, projet qu’il rumine depuis un certain temps et qui lui permettrait de reprendre son « Libera me » dans le cadre d’une partition de plus vaste envergure. L’idée est acceptée, et le nouveau Requiem est créé le 22 mai 1874 en l’église San Marco de Milan, avec la participation, notamment, des deux chanteuses qui avaient créé les rôles d’Aïda et d’Amneris dans l’opéra Aïda au Caire, en 1871.
 
Le Requiem de Verdi compte parmi les messes des morts les plus célèbres. Il ne s’agit pourtant pas là d’une simple déploration funèbre : cette Messa da requiem, pour citer son titre précis, est d’abord, comme toute l’œuvre de Verdi, une célébration du chant et de la voix ; c’est aussi un hymne à l’Italie et à son histoire, une partition qui s’inscrit dans une tradition musicale dont Verdi est fier de compter parmi les héritiers, mais aussi dans un cheminement historique. En 1874 en effet, le Royaume d’Italie n’existe que depuis treize ans et Verdi, d’abord député au premier parlement italien (de 1861 à 1865), devient sénateur.
 
La partition, cependant, transcende toutes les contingences politiques par sa grandeur et sa ferveur, là où le Requiem collectif de 1869 pouvait difficilement cacher son incohérence musicale d’œuvre de circonstance. La Messa da requiem de Verdi est le fruit d’une sorte d’élan spontané, le compositeur ayant voulu, au-delà de l’occasion pour lui de composer et de faire entendre une partition, rendre hommage à un homme, Manzoni, pour lequel il éprouvait une affection et une admiration sincères.
 
 
Élévation
 
Musicalement, ce Requiem est l’œuvre d’un compositeur de soixante ans qui maîtrise parfaitement son art ; c’est aussi, ce qui ne va pas toujours de soi chez Verdi, une partition dont le désir d’élévation est presque toujours constant. Certes, on peut trouver déclamatoire le « Kyrie », au moment de l’entrée des solistes, après la tendresse ineffable du tout début de la partition ; certes, la joie du «Sanctus» a quelque chose d’un peu factice et déboutonné. Mais ce sont là brefs moments de relâchement dans un tissu musical d’une tension presque toujours inspirée. Le «Libera me» final s’inscrit parfaitement dans le fil de la partition et ne fait pas figure d’épilogue malvenu ou de cantate redondante, même s’il met la soprano seule aux prises avec le chœur et l’orchestre. Verdi avait déjà imaginé, dans la version originale de cette pièce, évoquer le « Dies irae » (Jour de colère) ; dans la version définitive, celle de 1874, il apporte quelques modifications sans bouleverser l’équilibre du morceau, qui couronne magnifiquement l’ensemble de la Messa da requiem.
 
Il est piquant également de se souvenir que la troisième édition de la Grande Messe des morts de  Berlioz est due à l’éditeur milanais Ricordi et date de 1867. Verdi, également publié par Ricordi, eut tout le loisir de lire la partition de Berlioz, de s’en imprégner et d’en prendre le contre-pied. Chez Verdi, ainsi, le « Dies irae » commence dans la colère alors que Berlioz fait monter l’angoisse de très loin ; a contrario, les fanfares du « Tuba mirum » éclatent maestoso chez Berlioz, alors que Verdi les fait retentir au fil d’un crescendo. Mais les deux partitions ont finalement peu en commun, même si les commentaires hâtifs en font l’une et l’autre des-fresques-dignes-de-Michel-Ange.
 
Verdi transporte l’opéra à l’église ? L’observation fut souvent faite en mauvaise part, mais c’est précisément toute la dimension rituelle et sacrée qu’il y a dans le genre de l’opéra qui vient immédiatement à l’oreille dès qu’on goûte au lyrisme du Requiem, à sa générosité mélodique, à la manière également dont les quatre voix solistes enchaînent récitatifs, airs et ensembles (sublime entrelacs des voix dans l’« Agnus dei »), et dialoguent avec le chœur et l’orchestre. Il était impossible que Verdi se trahisse : il consacra sa vie entière au théâtre, et sa plus belle prière ne pouvait que prendre les accents scéniques les plus vigoureux, les plus ardents.
 
Christian Wasselin
 
Le concert du 24 juin sera diffusé en direct sur France Inter.

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