Chung, Trifonov, Rachmaninov

Vendredi 5 juin 2015
Chung, Trifonov, Rachmaninov | Maison de la Radio
Myung-Whun Chung dirige tout un ensemble de concerts, en cette fin de printemps et ce début d’été, qui marquent la fin de son mandat à la tête de l’Orchestre Philharmonique. Le 19 juin, à la Philharmonie de Paris, Daniil Trifonov jouera sous sa direction le Troisième Concerto pour piano de Rachmaninov.

« DEPUIS LE MOINE Philotée qui, au XVIe siècle, formulait sa théorie de la Troisième Rome, jusqu’aux philosophes contemporains, les intellectuels russes n’ont pas cessé de se poser les mêmes questions : quelle est la destinée de la Russie ? Quelle est son essence ? Quelle est sa mission dans le monde ? Que sommes-nous par rapport à l’Occident ? C’est un des traits du caractère national russe : reconstruire le monde en buvant du thé avec des confitures, mais ne jamais passer à l’action», écrit Gabriel Matzneff dans Le Défi. Certains musiciens russes comme Moussorgski ou plus encore Borodine, qui éprouvèrent bien des difficultés à se concentrer sur leur travail d’artiste et à achever leurs partitions, pourraient illustrer ce commentaire. D’autres, comme Rachmaninov, durent batailler au contraire, et avec la plus grande opiniâtreté, contre les circonstances et parfois contre leur propre tempérament, pour se faire reconnaître.
 
Attiré par la musique, Rachmaninov fut contraint d’embrasser la carrière militaire pour satisfaire aux exigences familiales. C’est la ruine de sa famille qui mit un terme à ce projet et lui permit de se lancer dans la musique. Élève d’abord désinvolte du Conservatoire de Saint-Pétersbourg, il se prit de passion pour la musique de Tchaïkovski, que lui révéla sa sœur, chanteuse, qu’il accompagnait au piano. Il travailla ensuita le piano à Moscou avec Sverev et Siloti, puis la composition avec Taneïev et Arenski. C’est l’époque où il prit sérieusement conscience de sa vocation. L’époque aussi où il rencontra enfin Tchaïkovski.
 
Pianiste virtuose, Rachmaninov a laissé une œuvre souvent mal considérée et dont on dénonce hâtivement le sentimentalisme. Exilé après 1917 en Europe puis aux États-Unis, il semble que Rachmaninov n’ait jamais été guéri de la nostalgie qu’il éprouvait pour son pays natal. Mais la mélancolie et le lyrisme fiévreux font partie de sa manière dès ses premières œuvres de compositeur. Bien sûr, il s’intéressa peu aux inventions d’un Schoenberg (son contemporain pourtant) ou à la technique martelée d’un Prokofiev (son compatriote pourtant), ce qui déclencha les sarcasmes de plus d’un commentateur hâtif. Mais les Vêpres ou les Danses symphoniques nous montrent un musicien profond et inventif, capable de s’abîmer dans l’introspection ou de concevoir des rythmes féroces. Quant à ses quatre concertos, ils ont été abondamment cités par le cinéma et la télévision (le Deuxième en particulier), ce qui n’interdit pas de les écouter avec attention.
 
Mahler admiratif
 
Dans la veine du très effusif Deuxième Concerto, le Troisième Concerto pour piano et orchestre fut composé dans la propriété de Rachmaninov, à Ivanovka, en 1909, et créé à New York, le 28 novembre de la même année. Bien qu’elle soit dédiée au pianiste Josef Hofmann, l’œuvre fut créée par le compositeur lui-même (qui l’avait travaillée sur le bateau à l’aide d’un clavier muet), l’orchestre étant ce soir-là dirigé par Walter Damrosch. Signe de la vigueur de l’orchestre de Rachmaninov, Mahler, pourtant fort exigeant dans ce domaine, reprendra le concerto quelque temps plus tard.
 
Le vaste premier mouvement de ce concerto, où l’on a pu trouver, dit André Lischké, « l’influence d’anciennes mélodies religieuses russes », met fort à contribution le soliste, qui lutte dans un véritable corps à corps avec l’orchestre. C’est le pianiste aussi qui doit, dans l’Intermezzo, trouver le ton juste pour servir au mieux l’épanouissement lyrique puis le scherzo étrangement situé au centre du morceau, qui fait de cet intermezzo tout autre chose qu’un intermède. Le finale, le plus clair des trois mouvements par sa structure, épouse des rythmes de chevauchée. Le piano y joue essentiellement dans l’aigu et donne son dynamisme à l’ensemble.
 
Florian Héro
 
Le concert du 19 juin sera diffusé en direct sur France Musique.

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