Comme un son de cloches

Mercredi 3 juin 2020
Comme un son de cloches | Maison de la Radio
Arvo Pärt est au cœur du programme que dirigera Kent Nagano le 6 juin.
 
Mais qui est ce compositeur mystique amoureux du silence et des cloches, désemparé lorsqu’il apprit la mort de Britten, réfugié dans le silence pendant douze ans à partir de 1968 et revenu à la composition l’année même de la mort du compositeur anglais ?
 
Un grand silence résonne dans l’univers d’Arvo Pärt. Pour le compositeur estonien, le son « est là pour entourer le silence », comme pour faire écho à la célèbre sentence de Miles Davis : « Ce ne sont pas les notes que vous jouez ; ce sont les notes que vous ne jouez pas. » Mais comment produire une musique silencieuse ? Ou plutôt… Pourquoi ? 
 
Arvo Pärt est certes une des personnalités les plus influentes du monde de la musique contemporaine. Mais il s’arrête de composer en 1968, à trente-trois ans. Il consacre alors sa vie, non plus à la composition des pièces tonales pour lesquelles il était bien connu en Estonie mais à l’étude de la musique médiévale. Cet exil volontaire n’aurait pas pu avoir un effet plus spectaculaire sur son style. Lorsqu’il reprend la plume en 1976, c’est pour écrire une miniature pour piano, extraordinairement calme, contemplative, cénobitique : Für Alina. Cette pièce inaugure la technique de la « tintinnabulation » (du latin tinitinnabuli, « cloches ») : technique pionnière pour les uns, soupir de nostalgie pour les autres, retour indéniable et objectif vers une rigueur musicale ascétique et la simplicité d’un matériau qui ne veut pas briser le silence. Chaque note de la mélodie est associée à une note issue de l’accord qui harmonise toute la ligne mélodique : les deux notes sonnent ainsi ensemble avec une résonance qui rappelle celle d’une cloche.
 
Une nouvelle naissance
 
Sur la partition, des notes très aiguës et très graves donnent l’impression de cloches au loin. L’histoire dit qu’il s’agissait pour Pärt de retrouver les sensations de son piano d’enfance dont le registre medium était endommagé. Für Alina est pour Arvo Pärt une nouvelle naissance et le point de départ du style que nous lui connaissons aujourd’hui : un style méditatif sous-tendu par une force tranquille d’apparence millénaire. Il reconnaît d’ailleurs volontiers que sa musique d’avant 1968 « aurait pu être composée par quelqu’un d’autre ». Il continue : « Suis-je un minimaliste ? » : il utilise en effet peu de notes, pratique la répétition, le tout dans un cadre en grande partie tonal. Mais c’est dans l’expression d’une voix douce, nuancée, profondément émue qu’il se détache de la musique de Philip Glass et Steve Reich.
 
« J’ai découvert la beauté d’une note seule lorsqu’elle est jouée magnifiquement. Cette note unique, ou ce temps de silence, me réconforte. Je travaille avec peu de choses, avec une voix ou deux. Je construis avec les matériaux les plus primitifs, avec la triade (superposition de trois notes séparées par des tierces) pour toute référence à la tonalité », explique Arvo Pärt. Qui ajoute : « La tintinnabulation est un endroit dans lequel j’erre parfois quand je cherche des réponses dans ma vie, dans ma musique, dans mon travail. Durant mes heures sombres, j’ai quelque fois ce sentiment que rien n’a de sens en dehors de cet endroit. Les choses complexes et pleines de facettes m’effarent, et je cherche plutôt l’unité. Quelle est cette chose ? Cette chose unique ? Et comment trouver mon chemin vers elle ? Les indices de cette parfaite simplicité font quelquefois une irruption déguisée, et dans ces moments-là, ce qui n’est pas important s’évanouit. »
 
Non plus lire mais écouter les lignes de la main
 
Cette philosophie de la simplicité ne pouvait trouver meilleur écho dans la résonance tubulaire de la tintinnabulation : une voix épouse les contours de mélodies scalaires, pendant qu’une autre s’agite autour d’elle, limitée par l’usage des notes des trois notes de la triade harmonique choisie par Pärt. Le résultat donne à l’oreille une réverbération tonale sonore harmoniquement stable mais irisée de dissonances produites par la rencontre quelquefois intéressante entre une note de la mélodie et une note de la voix d’accompagnement.
 
Allons plus loin. « Arvo Pärt me saisit les mains avec excitation : “Les deux lignes ! Une ligne représente qui nous sommes. L’autre représente ceux qui prennent soin de nous. La ligne mélodique représente notre réalité, nos péchés. Mais l’autre ligne qui accompagne pardonne nos péchés” » (Arthur Lubow, « The Sound of Spirit », The New York Times, 15 octobre 2010).
 
Oui mais où conduisent ces lignes ? Lorsque nous écoutons Psalom pour cordes (1985), les phrases musicales semblent suivies d’un point d’interrogation, avec pour toute réponse un vide auditif à chaque fois. Ce vide peut être vécu comme enveloppant, angoissant, serein ou terrifiant, selon l’état d’esprit et le vécu de l’auditeur. « Pärt ménage dans sa musique de la place pour les auditeurs », selon Björk et effectivement : le silence donne la parole à la vie spirituelle de l’auditeur. Ces moments non-sonores « entre chaque note » (Debussy) sont autant de moments où l’écoute s’écoute elle-même tout en nous conjuguant avec le monde.
 
Christophe Dilys
 
 
 
 



 

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