Concerto pour orchestre ou symphonie ?

Jeudi 5 mars 2015
Concerto pour orchestre ou symphonie ? | Maison de la Radio
N’y a-t-il pas quelque chose de contradictoire dans l’expression « concerto pour orchestre » ? N’y a-t-il pas nécessairement un ou plusieurs solistes dans une partition appelée « concerto » ? Un concerto sans soliste n’est-il pas une symphonie ? Le Concerto pour orchestre de Bartok, joué les 11 et 12 mars par l’Orchestre National de France, est l’occasion d’éclaircir la situation.

AVEC Zoltan Kodaly et, dans une moindre mesure, Ernö Dohnanyi, Béla Bartok compte parmi les musiciens hongrois les plus importants de la première moitié du XX e siècle. C’est d’ailleurs à chacun de ces trois compositeurs que le gouvernement commanda une partition nouvelle, en 1923, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la fusion de Buda et de Pest en une seule et même ville (on a deviné qu’il s’agissait de Budapest). C’est ainsi que Bartok écrivit sa Suite de danses, Kodaly son Psalmus hungaricus et Dohnanyi une Ouverture pour une fête.
 
Bartok, pour dire les choses rapidement, appartient à la tendance «motorique» de la musique telle qu’elle évolua dans les premières décennies du XX e siècle. En Russie, Prokofiev illustre avec éclat la même tendance. En France, le poème symphonique d’Arthur Honegger Pacific 231 est voisin de cette tendance : l’heure n’est plus à l’épanchement sentimental mais à l’énergie conquérante !
 
En 1939, une tournée aux États-Unis avec le violoniste Josef Szigeti et le clarinettiste de jazz Benny Goodman lui donne le goût de ce pays, où il choisit d’émigrer l’année suivante quand, au début de la Seconde Guerre mondiale, le national-socialisme étend son emprise sur l’Europe centrale tout entière. Bartok s’installe à New York où il est chargé de recherche à l’université. Mais il n’est pas autant fêté que Schoenberg, lui aussi en exil – mais en Californie, sur la côte ouest. Le compositeur hongrois doit faire ses preuves et montrer sa vitalité, même si la nostalgie le ronge. La commande du Concerto pour orchestre vient à point nommé lui redonner de l’énergie, mais il est trop tard : Bartok mourra d’une leucémie à New York en 1945, l’année suivant la création du Concerto pour orchestre, laissant inachevé un Concerto pour alto et orchestre.
 
 
La symphonie et le concerto
 
Qu’est-ce qu’une symphonie ? Une composition pour l’orchestre symphonique en plusieurs mouvements. Qu’est-ce qu’un concerto ? Une composition où un instrument soliste (le piano, le violon, le violoncelle, un instrument à vent...) dialogue avec l’orchestre ou s’affronte à lui. Mais alors, qu’est-ce qu’un concerto pour orchestre ? Ne s’agit-il pas d’une symphonie, purement et simplement ? Oui et non. Oui, car la musique s’exprime par l’orchestre, sans qu’aucun instrument soliste vienne constamment s’opposer à lui ou dialoguer avec lui. Non, car un concerto pour orchestre fait de chaque instrument ou de chaque famille d’instrument, tour à tour ou simultanément, le ou les solistes de la partition. Un concerto pour orchestre permet aussi de revenir à l’esprit du concerto grosso du XVIII e siècle, quand un petit groupe d’instruments s’opposait au reste de l’orchestre.
 
On devine que, pour aborder une pareille œuvre, l’orchestre doit être obligatoirement composé d’instrumentistes virtuoses ! Peu de compositeurs ont osé appeler leurs symphonies « concerto pour orchestre ». Bartok et Kodaly (qui écrivit lui aussi un Concerto pour orchestre en 1941) sont presque les seuls.
 
 
Le Concerto pour orchestre de Bartok
 
C’est en 1943 que le célèbre chef d’orchestre Serge Koussevitzky, patron de l’Orchestre Symphonique de Boston, eut la bonne idée de commander une partition nouvelle à Béla Bartok. L’œuvre, composée pendant l’été et l’automne 1943, fut créée le 1 er décembre de l’année suivante par son commanditaire, au Carnegie Hall de New York, avec un grand succès. « La meilleure œuvre des vingt-cinq dernières années », déclara Koussevitzky.
 
Selon le compositeur lui-même, les cinq mouvements du Concerto assurent «une transition graduelle de l’austérité du premier mouvement (...) vers l’affirmation vitale du dernier». Les titres sont donnés en italien. L’élégie centrale est précédée et suivie de deux scherzos (morceaux d’humeur joueuse) et les deux mouvements extrêmes sont des pages rapides précédées d’introductions lentes.
 
1. L’Introduzione commence dans le mystère, puis affirme la dynamique de la musique par le dialogue de deux thèmes qui se poursuivent et s’entrelacent.
2. Le Giuco delle coppie (Jeu de couples) fait intervenir les instruments à vent deux par deux, en cinq couples. Des airs de danse et des cuivres majestueux viennent par la suite modifier l’ambiance.
3. Elegia : cette élégie est une page grave et nocturne, avec une séquence plus agitée vers le milieu. Certaines sonorités semblent exprimer la mer comme dans l’opéra de Britten Peter Grimes.
4. L’Intermezzo interrotto (intermezzo interrompu) expose un thème lyrique qui répond aux phrases des bois. Puis la musique s’anime, semble vouloir danser : on est dans l’ambiance tourbillonnante et un peu moqueuse d’un jour de fête, comme dans le ballet Pétrouchka de Stravinsky.
5. Le Finale est un mouvement perpétuel très brillant, qui s’achève avec une énergie irrésistible.
 
Florian Héro
 
Le concert du 12 mars sera diffusé en direct sur France Musique et sur les radios de l’UER.
 

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