Connaissez-vous Albert Roussel ?

Mercredi 19 novembre 2014
Connaissez-vous Albert Roussel ? | Maison de la Radio
Né l’année où Berlioz quitta ce monde, mort quatre mois avant Ravel, Roussel n’a sans doute pas la renommée qu’il mérite. Ses quatre symphonies sont épisodiquement à l’affiche des concerts et l’on se réjouit que l’Orchestre National, le 27 novembre, nous fasse entendre la Troisième, qui fut créée à Boston en 1930 à l’instigation de Koussevitzky.

Avec les orchestres de New York, Chicago, Philadelphie et Cleveland, le Boston Symphony Orchestra a longtemps fait partie des « Big Five », les cinq meilleures formations des États-Unis. Si cette classification officieuse des années 1950 est aujourd’hui dépassée, le BSO reste l’une des premières phalanges au monde. Après quelques chefs honorables et les grandes baguettes d’Arthur Nikisch et de Pierre Monteux, l’arrivée en 1924 de Serge Koussevitzky à sa tête allait marquer son histoire en profondeur. Ancien contrebassiste du Bolchoï formé à la direction d’orchestre par Nikisch, créateur des Éditions Russes de Musique qui publiaient les œuvres de Scriabine, Prokofiev ou Stravinsky, fondateur à Paris des Concerts Koussevitzky qui promouvaient la musique contemporaine, cet artiste alliait à son immense talent musical une grande sagacité d’organisation, et une infatigable énergie d’entreprendre.
 
En un quart de siècle de règne à Boston, Koussevitzky hissa l’orchestre à des sommets inédits, fit construire le Tanglewood Music Center pour son festival d’été, et y donna le premier concert radiodiffusé en direct à la NBC en 1926. La postérité lui doit surtout d’avoir commandé pour l’orchestre de nombreuses œuvres, dont certaines sont devenues des classiques du répertoire.
 
Un éblouissant catalogue
 
Après avoir demandé à Ravel d’orchestrer les Tableaux d’une exposition de Moussorgski, et avant de commander à Bartók son Concerto pour orchestre, à Copland sa Troisième Symphonie, à Britten son opéra Peter Grimes ou à Messiaen sa Turangalîla-Symphonie, Koussevitzky fit du cinquantenaire du BSO (fondé en 1881) un événement par la qualité des œuvres créées à cette occasion. Il suffit de citer la Symphonie des psaumes de Stravinsky, la Quatrième Symphonie de Prokofiev, la Deuxième Symphonie de Howard Hanson, l’Ode symphonique de Copland, la Première Symphonie de Honegger ou la Konzertmusik pour cordes et cuivres de Hindemith. Koussevitzky fit également appel à Albert Roussel dont il avait assuré à Boston en 1927 la création de la Suite en fa, défendant aussi outre-Atlantique sa Deuxième Symphonie après qu’elle eut été boudée lors de la première parisienne.
 
Roussel, jadis enseigne de vaisseau dans la Marine française, avait appris la musique auprès de Julien Koszul (grand-père d’Henri Dutilleux), Eugène Gigout et Vincent d’Indy. Il eut comme élève Satie, Varèse, Roland-Manuel et Paul Le Flem. Peu à peu, il s’imposa par la richesse et l’originalité de partitions comme Les Évocations, Le Festin de l’araignée, la mélodie Jazz dans la nuit ou l’opéra Padmâvati. Pour les cinquante ans de l’Orchestre Symphonique de Boston, il écrivit l’un des plus grands chefs d’œuvre du répertoire, sa Troisième Symphonie en sol mineur.
 
Cinq notes
 
Contemporaine de sa musique de ballet Bacchus et Ariane, cette partition est construite autour d’un thème de cinq notes qui revient tout au long des quatre mouvements. Exposé aux cuivres au cœur du premier mouvement, chanté par les bois et les cordes dès le début du deuxième, cette cellule mélodique apparaît tronquée dans le Vivace du scherzo avant d’être largement déclamée tout l’orchestre dans les dernières mesures du final : « J’ai toujours poursuivi le dessein de la construction et du rythme, la recherche de la forme et du développement ont été ma constante préoccupation. Ce que je voudrais réaliser, c’est une musique se satisfaisant à elle-même, une musique qui cherche à s’affranchir de tout élément pittoresque et descriptif. »
 
En mars 1920, après un mouvement de grève qui avait poussé une trentaine de musiciens à quitter l’Orchestre Symphonique de Boston, Pierre Monteux, surnommé « The Valiant Frenchman », avait recruté de très nombreux musiciens français. Ce phénomène se confirma avec Koussevitzky puis avec Charles Munch, la sonorité de l’ensemble en fut progressivement changée, et jusque dans les années 1950, les Bostoniens vantèrent les french colours de leur orchestre. La Troisième Symphonie jouée le 27 novembre est un souvenir de cet épisode de l’histoire rappelé par Stéphane Denève qui, né à Tourcoing comme Roussel, la dirigea en 2011 lors de ses débuts à la tête du BSO.
 
Acclamée dès sa création, la symphonie fit l’admiration de nombreux compositeurs, aussi différents que Poulenc (« C’est vraiment merveille d’allier tant de printemps et de maturité ! ») et Lutosławski.
 
François-Xavier Szymczak

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