Des Valses et un Tombeau

Jeudi 10 juillet 2014
Des Valses et un Tombeau | Maison de la Radio

Les Valses nobles et sentimentales et Le Tombeau de Couperin se suivent dans la chronologie des œuvres de Ravel. On les retrouvera en compagnie de l’Orchestre Philharmonique, au Festival de Radio France et Montpellier le 18 juilllet prochain, dans le cadre d’un concert entièrement consacré à Ravel.

Les sept Valses nobles et sentimentales (qui s’achèvent par un prélude !) furent composées par Ravel au début de l’année 1911 et créées le 9 mai suivant à la Salle Gaveau par Louis Aubert, mais sans qu’on dît qui en était l’auteur. Étrangement, elles furent joués dans le brouhaha : qu’est-ce qui pouvait à ce point révulser les auditeurs ? Ravel racontera plus tard : « La paternité des Valses me fut reconnue à une faible majorité ». Il reste qu’on les attribua aussi à Satie et à Kodaly… Elles sont précédées d’une espèce de phrase-manifeste empruntée à Henri de Régnier (« Le plaisir délicieux et toujours nouveau d’une occupation inutile ») qui dit tout le luxe et toute la désinvolture dont elles sont parées.

Ravel précise par ailleurs : « A la virtuosité qui faisait le fond de Gaspard de la nuit succède une écriture nettement plus clarifiée, qui durcit l’harmonie et accuse les reliefs de la musique ». C’est dire que ces valses, qui se réfèrent notamment (mais non pas uniquement) à Schubert, valent en grande partie, aux yeux de l’auteur même, par leur dessin. Ravel les orchestra, cependant, en 1912, deux ans avant d’aborder la composition du Tombeau de Couperin.

Une méthode : le piano puis l’orchestre

Ravel fait partie de ces compositeurs dont on dit qu’ils sont doués du sens de l’orchestration. Leur science du timbre est telle qu’ils peuvent, d’un modeste recueil de pièces pour piano, faire un éblouissant kaléidoscope. C’est dire aussi qu’ils ne pensent pas directement leur musique pour les couleurs de l’orchestre (contrairement à ce que fait un Berlioz, par exemple) : les instruments sont une parure qui vient magnifier une pensée musicale déjà tout entière dans la version première de leurs œuvres. C’est ainsi que Ravel écrivit d’abord pour le clavier la Pavane pour une infante défunte, Ma mère l’Oye, les Valses nobles et sentimentales qu’on a citées, Tzigane, etc. avant de les instrumenter. C’est ainsi également qu’il signa en 1922 l’orchestration, magistrale, des Tableaux d’une exposition de Moussorgski, mais aussi, ce qu’on sait moins, celles d’extraits du Carnaval de Schumann et du Menuet pompeux de Chabrier.

« Au commencement de 1915, je m’engageai dans l’armée et vis de ce fait mon activité musicale interrompue jusqu’à l’automne de 1917, où je fus réformé. Je terminai alors Le Tombeau de Couperin. L’hommage s’adresse moins en réalité au seul Couperin lui-même qu’à la musique française du XVIIIe siècle. Après Le Tombeau de Couperin, mon état de santé m’empêcha quelque temps d’écrire », raconte Ravel.

Œuvre de la nostalgie ou du désespoir le plus pudique qui soit devant une civilisation qui fuit (à la manière des ultimes Sonates de Debussy), Le Tombeau de Couperin fut d’abord conçu comme une suite pour piano ; soit six pièces (Prélude, Fugue, Forlane, Rigaudon, Menuet, Toccata) créées par Marguerite Long le 11 avril 1919, puis orchestrées par Ravel sur la suggestion du chef d’orchestre René Bâton (Rhené-Bâton) qui en créa la version symphonique le 28 février 1920 aux Concerts Pasdeloup.

Une majesté boiteuse, mais faussement

Le compositeur, à cette occasion, sacrifia deux des six pièces, la Fugue et la Toccata. Comme l’écrit Marcel Marnat, « on estime généralement que leur caractère trop pianistique les éliminait d’emblée mais l’argument ne tient guère si l’on songe à des orchestrations tout aussi improbables qu’il sut mener à bien et, par exemple (…) celle de sa lointaine Alborada del gracioso. Personne ne s’est jamais risqué à une hypothèse plus convaincante ». Ravel choisit également de modifier l’ordre des quatre autres morceaux afin, sans doute, d’aboutir à une fin plus allante.

Tel quel, Le Tombeau de Couperin est une œuvre tout à la fois modeste, aristocratique, rustique et malicieuse. Modeste par ses proportions et par l’impression de légèreté qu’elle produit. Aristocratique en ce sens qu’elle rend hommage (c’est bien sûr le sens du mot tombeau) au XVIIIe siècle tout entier et aux danses qui présidaient à la composition des suites instrumentales de cette époque. Rustique également, si l’on considère la bonne santé du Rigaudon final, qui contraste avec les premières pages, aux couleurs plus mélancoliques. Malicieuse enfin, par son orchestration légère et fruitée (le hautbois du Prélude et du Rigaudon), par la majesté faussement boiteuse du rythme pointé de la Forlane, sans doute la pièce la plus étrange du recueil, et par la désinvolture toujours élégante qu’elle affiche tout entière.

Christian Wasselin

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