Don Juan, de Lenau à Richard Strauss

Mercredi 11 mars 2015
Don Juan, de Lenau à Richard Strauss | Maison de la Radio
Outre la suite du Chevalier à la rose, l’Orchestre National et Juraj Valcuha interpréteront Don Juan, du même Richard Strauss, le 19 mars prochain à l’Auditorium de Radio France. Un Don Juan inspiré non pas de Molière ou d’Hoffmann, mais de Lenau. (Attention, ce concert est annulé.)
DON Juan fait partie de la décennie qui voit la création des grands poèmes symphoniques inspirés d’arguments littéraires, poétiques et philosophiques, décennie qui court de 1889 à 1899. Ces pages permettent à Richard Strauss de reprendre quelques unes des conceptions de Liszt, tout en transcendant le genre par une verve orchestrale et mélodique, et un renouvellement constant de la forme elle-même qui ne caractérisaient pas précisément les œuvres du compositeur hongrois.
 
C’est ainsi que naîtront successivement, à la suite de la fantaisie symphonique Aus Italien – hommage, d’une certaine manière, à Harold en Italie de Berlioz et à la Symphonie italienne de Mendelssohn –, Macbeth, Don Juan, Tod und Verklärung (Mort et transfiguration), Till Eulenspiegels lustige Streiche (les Joyeuses équipées de Till l’espiègle), Also sprach Zarathustra (Ainsi parlait Zarathoustra), Don Quixote (Don Quichotte), Ein Heldenleben (Une Vie de héros). Strauss se consacrera ensuite essentiellement à la scène, à partir de 1905 surtout, année de la création de Salomé, jusqu’à l’ultime Capriccio, créé à Munich en 1942.
 
Don Juan est le premier chef d’œuvre d’un jeune homme de vingt-quatre ans. « Concentrée, peu anecdotique, la partition développe une rare variété d’expression dominée par l’élan d’une sorte de geste dans sa pleine fulgurance », écrit François-René Tranchefort. Détail qui n’en est pas un : Strauss ne s’est pas inspiré ici de Tirso de Molina, ni de Molière, ni de Byron ; il n’a pas cherché non plus à rendre un quelconque hommage à Mozart. Il a préféré mettre en exergue à son poème symphonique trois brefs extraits (dont la traduction est donnée ci-dessus) du Don Juan du poète autrichien Nicolaus Niembsch von Strehlenau, dit Lenau (1802-1850), l’un des rares qui aient su illustrer dans deux livres différents le mythe de Faust et celui de Don Juan (Grabbe les réunira dans son drame Don Juan et Faust). D’où l’impétuosité, la volonté de puissance, parfois, de la musique ; d’où également la tragédie finale, qui s’éteint dans le silence, sans que le compositeur ait cherché à développer l’échec de son héros.
 
Richard Strauss ne fera pas toujours preuve, dans ses autres poèmes symphoniques, de la même densité d’idées musicales. Mais il aura toujours à cœur de ne jamais être prisonnier des textes choisis comme source d’inspiration de ses œuvres.
 
Florian Héro
 
 
Ce que dit Lenau :
 
« Ce cercle enchanté, immensément grand, de beautés féminines aux charmes multiples, je voudrais le parcourir dans le tumulte de la jouissance, et sur les lèvres de la dernière mourir d’un baiser. Ami, je voudrais traverser au vol tous les espaces où s’épanouit une belle femme, ployer le genou devant chacune et vaincre, ne fût-ce que quelques instants.
 
« Je fuis la satiété et l’épuisement du plaisir, je me maintiens alerte au service du beau. Si je chagrine quelqu’une, je m’exalte pour le sexe tout entier. L’haleine d’une femme, aujourd’hui senteur printanière, demain peut-être m’oppressera comme un souffle de cachot. Quand, avec mon amour, j’erre inconstant dans le large cercle des belles femmes, mon amour pour chacune est un amour différent. Ce n’est pas avec des ruines que je veux bâtir des temples. Oui, la passion, ce n’est jamais que la dernière. Elle ne se laisse pas transporter de celle-ci à celle-là ; elle ne peut que mourir ici, là renaître, et si elle se connaît elle-même, elle ignore entièrement le remords. Comme chaque beauté est unique en ce monde, tel est aussi l’amour qui s’y complaît. En route et partons pour des victoires toujours nouvelles, tant que palpiteront les ardentes pulsations de ma jeunesse !
 
« C’est une belle tempête qui m’emportait, sa fureur s’est apaisée et le calme demeure. Tout désir, tout espoir est tombé en léthargie. Peut-être un éclair, venu de hauteurs que j’ai dédaignées, a-t-il mortellement atteint ma puissance d’amour, et pour moi subitement le monde devenu désert s’est couvert de ténèbres. Peut-être aussi que non... la matière inflammable est consumée, et le foyer devient froid et sombre. »
 
Lenau, Don Juan (traduction française de Walter Thomas)

INSCRIPTION AUX NEWSLETTERSX

Chaque mois, recevez toute l’actualité culturelle de Radio France : concerts et spectacles, avant-premières, lives antennes, émissions, activités jeune public, bons plans...
Sélectionnez la ou les newsletters qui vous ressemblent ! 

Séléctionnez vos newsletters

(*) Informations indispensables

Les données recueillies par RF sont destinées à l’envoi par courrier électronique de contenus et d’informations relatifs aux programmes, évènements et actualités de RF et de ses chaînes selon les choix d’abonnements que vous avez effectués. Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, ainsi qu’au règlement européen n°2016-679 relatif à la protection des données personnelles vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition et de portabilité sur les données vous concernant ainsi qu’un droit de limitation du traitement. Pour exercer vos droits, veuillez adresser un courrier à l’adresse suivante : Radio France, Délégué à la protection des données personnelles, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16 ou un courriel à l’adresse suivante : dpdp@radiofrance.com, en précisant l’objet de votre demande et en y joignant une copie de votre pièce d’identité.

Conformément aux dispositions susvisées, vous pouvez également définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication des données vous concernant après votre décès. Pour cela, vous devez enregistrer lesdites directives auprès de Radio France. A ce titre, vous pouvez choisir une personne chargée de l’exécution de ces directives ou, à défaut, il s’agira de vos ayants droits. Ces directives sont modifiables à tout moment.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter vos droits sur le site de la CNIL