Édith Canat de Chizy voile et dévoile

Vendredi 24 avril 2015
Édith Canat de Chizy voile et dévoile | Maison de la Radio
Mireille Delunsch et l’Orchestre Philharmonique de Radio France vont créer, le 29 mai, Voilé, dévoilé, une nouvelle partition d’Édith Canat de Chizy inspirée par un poème de Philippe Jaccotet.

VOILÉ, DÉVOILÉ : cette œuvre pour soprane et orchestre est la troisième pièce de mon catalogue inspirée par la poésie de Philippe Jaccottet.
Or, il est beaucoup plus facile de traiter un texte en prose qu’un poème (qui plus est en français) aussi dense et construit que celui de Philippe Jaccottet utilisé ici, le deuxième de son recueil A la lumière d’hiver.
Ce texte relate une expérience mystérieuse, un itinéraire dans la nuit jusqu’à la révélation de cet « autre chose, de plus caché, mais de plus proche… »
Aussi ai-je reflété les étapes de cet itinéraire : deux parties, six sections, la première « voilée », le basculement de la deuxième partie correspondant au « dévoilement » de cet « autre chose ».
J’ai intégralement respecté le texte, non sans de multiples questions concernant le rapport à la prosodie…
 
Édith Canat de Chizy
 
 
Jusqu’à présent, Édith Canat de Chizy a montré une prédilection marquée pour l’écriture chorale et n’a que rarement traité la voix humaine en soliste, si l’on excepte les soli de son drame lyrique Tombeau de Gilles de Rais (1993), du Livre d’heures (1984) et de la Messe de l’Ascension (1996). Dès ses débuts de compositeur, on trouve pourtant deux pièces pour voix seule et accompagnement de percussion ou de flûte (Récitatif et Litanie), créées à Radi France en 1982 dans le cadre d’un partenariat avec le Conservatoire de Paris où elle était encore étudiante.
 
Coïncidence ou choix délibéré, c’est à l’occasion d’une commande de Radio-France que voit le jour sa première grande partition pour soprano et orchestre : Voilé, dévoilé. Plusieurs de ses compositions ont déjà été données en ces lieux : Yell qui inaugure son œuvre orchestrale a été créé par l’Orchestre Philharmonique de Radio France en 1989 ; le concerto pour violon Exultet en 1995 et Omen en 2006 sont le fruit de commandes de la radio française en même temps que d’importants jalons dans le parcours qui en a fait l’un des compositeurs contemporains les plus experts dans le maniement de l’orchestre.
 
Pour l’amour du concertant
 
D’Exultet à Lands Away pour cymbalum et orchestre à cordes, de Falaises pour quatuor à cordes et violoncelle principal à Drift, son récent concerto pour clarinette, Édith Canat de Chizy témoigne d’un goût tout particulier pour l’écriture concertante. Elle en explore les infinies possibilités tout en restant fidèle à une même conception de l’orchestre, non pas force d’opposition mais plutôt « émanation », « irisation » de la partie soliste. Il est tentant de mettre en parallèle sa dernière œuvre avec ses concertos pour instruments à cordes ou à vent : la voix humaine n’est-elle pas tout à la fois un instrument à vent et à cordes ? L’orchestre de Voilé, dévoilé n’est cependant pas moins vaste que celui de ses dernières œuvres purement orchestrales, telles Times (2009) ou Pierre d’éclair (2010). Le pupitre des percussions notamment, plus foisonnant que jamais, y assume un rôle aussi essentiel que les cordes et les vents.
 
Le poète vaudois Philippe Jaccottet auquel elle emprunte le texte de Voilé, dévoilé avait précédemment inspiré à Édith Canat de Chizy deux œuvres pour orgue. Des textes du grand mystique espagnol saint Jean de la Croix, du poète espagnol Federico Garcia Lorca et de la poétesse américaine Emily Dickinson avaient déjà suscité de sa part des œuvres aussi bien instrumentales que vocales. C’est que sa création tout entière est fondée sur l’imaginaire, sur les impressions que lui procurent nature, littérature et arts plastiques auxquels son œuvre fait constamment référence. Peinture et poésie se croisent dans Omen, avec la double référence à un tableau de Van Gogh et à un quatrain de Rainer Maria Rilke. Peinture et nature fusionnent dans Vagues se brisant contre le vent dont le titre reprend celui d’une toile de Turner sans que le compositeur y oblitère sa propre familiarité avec les éléments marins.
 
Un jardin dans la nuit
 
C’est au sortir d’une période de doute, de découragement et de deuils successifs que Jaccottet publia en 1977 chez Gallimard le recueil A la lumière d’hiver dont provient le texte de Voilé, dévoilé. Le poète y revient sur l’expérience quasi mystique de la traversée nocturne d’un jardin où il semble avoir retrouvé « une certaine sérénité » et puisé un nouvel élan créateur. Comme si l’obscurité lui avait dévoilé une part cachée, autrement inaccessible, des êtres et des choses. Édith Canat de Chizy a pu reconnaître dans ces vers des impressions qu’elle-même avait éprouvées, et même traduites dans des œuvres antérieures. De 1986 date une pièce pour hautbois, piano, alto et contrebasse intitulée Black Light. Cette « lumière obscure » ou « lumière noire » est aussi présente dans De Noche pour orchestre (1991) inspiré par le poème Malgré la nuit de saint Jean de la Croix.

Sa rencontre avec un poète aussi « terrien » que Jaccottet pourrait sembler paradoxale ; il n’en est rien. Depuis sa maison de l’île de Ré, Édith Canat de Chizy poursuit inlassablement sa réflexion sur le mouvement, un phénomène qui la fascine, inépuisable comme la mer. De même, pour le poète fixé depuis 1953 à Grignan, site sublime du sud de la Drôme, les paysages parcourus et contemplés se laissent deviner comme « l’immobile foyer de tout mouvement » (Paysages avec figures absentes, 1970). Ces deux artistes d’aujourd’hui se rejoignent dans une même approche de l’homme, du monde qui les environne et de ce qu’ils pressentent au-delà des mots, au-delà des sens.
 
Vivant l’un et l’autre en marge des modes et des chapelles esthétiques, ils n’en bénéficient pas moins de la reconnaissance de leurs pairs : leurs œuvres ont été distinguées par de nombreux prix et Edith Canat de Chizy a été élue à l’Académie des beaux-arts en 2005 tandis que Philippe Jaccottet vient de voir paraître son œuvre poétique dans la prestigieuse bibliothèque de la Pléiade. Et si le compositeur parle de son rapport « vital » à la poésie, déclarant  que « le poème porte en lui tout le contenu nécessaire à la musique », le poète rêve de son côté « d’écrire un poème qui serait aussi cristallin et aussi vivant qu’une œuvre musicale », regrettant « de n’être pas musicien, de n’avoir ni leur science, ni leur liberté » (La Semaison, 1959). Peut-on imaginer plus bel échange, le poète prêtant ses mots, le musicien les revêtant d’un surcroît de mystère et de vie ?
 
Gilles Saint-Arroman
 
Le concert du 29 mai sera diffusé en direct sur France Musique.

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