Éloge de la distraction

Mercredi 18 mars 2015
Éloge de la distraction | Maison de la Radio
Le 16 avril (dans le cadre d’un « Expresso concert ») puis le 18 avril (dans le cadre d’un concert du soir), Ton Koopman et l’Orchestre Philharmonique nous chantent les bonheurs du « Distrait » tel que nous l’a peint Haydn dans sa Soixantième Symphonie. Une symphonie à programme ?

CE distrait, c’est Léandre, tellement étourdi qu’il doit faire un nœud à son mouchoir le jour de son mariage pour se rappeler qu’il est l’heureux élu ! Il donne son titre à une pièce de théâtre de Jean-François Regnard, créée à la Comédie-Française en 1697. Adaptée en allemand, la comédie est représentée par la troupe de Carl Wahr à Esterhaza en 1774, avec une musique de Haydn : six morceaux, le premier joué avant le lever de rideau, les suivants après chacun des actes, et qui, réunis, formeront la Symphonie n° 60 à l’inhabituelle structure en six mouvements. D’autres symphonies de Haydn ont une relation directe avec une représentation scénique. On sait par exemple que la n° 59 servit d’entracte à la pièce Die Feuerbrunst (L’Incendie) de Grossmann, ce qui lui valut son surnom « Le Feu » ; ou encore, que les deux premiers mouvements de la n° 50 constituaient l’ouverture de l’opéra pour marionnettes Der Götterrath.
 
Le 6 juillet 1774, le chroniqueur de la Pressburger Zeitung rend compte de la musique du Distrait : « Ce remarquable musicien a récemment composé, pour la troupe de M. Wahr et la comédie Der Zerstreute [Le Distrait], une musique originale que les connaisseurs considèrent comme un chef-d’œuvre. On y observe, cette fois dans une veine comique, l’esprit qui vivifie tous les travaux de Haydn. Il tombe directement de la pompe la plus affectée dans le trivial, et Haydn et Regnard rivalisent de distraction capricieuse. La pièce y gagne beaucoup en valeur et en variété ». Le journal renouvelle ses éloges quand la pièce est reprise à Presbourg (ancien nom de Bratislava), le 22 novembre de la même année.
 
Les six mouvements doivent leur couleur à leur origine scénique puisqu’ils reflètent le climat général de chaque acte et le caractère des personnages. Haydn lâche la bride à son tempérament théâtral, à son meilleur dans un cadre instrumental sans voix chantées. Au fur et à mesure, le désordre s’empare de la musique qui, dans la seconde moitié de la symphonie, ne respecte plus les schémas formels habituels et abonde en effets de surprise. Quel étrange trio, avec sa mélodie contournée, au centre du Menuetto ! Puis la bourrasque du Presto emporte tout sur son passage, avant de laisser place aux trépignements d’une danse rustique. L’Adagio, qui porte l’indication « di Lamentatione » dans certaines sources, évite le pathos appuyé, mais traduit un état mélancolique (peut-être celui des amoureux dont l’avenir semble bien sombre à la fin de l’acte IV), interrompu par une fanfare inopinée (l’œuvre comporte des trompettes et timbales). Les événements imprévisibles se multiplient jusqu’à la fin du mouvement, qui se précipite vers le finale célébrant les noces de Léandre. Mais après quelques mesures, c’est la cacophonie : « Les interprètes entonnent le morceau en grande pompe, et ne s’aperçoivent qu’au bout d’un certain temps que leurs instruments ne sont pas accordés », s’amuse la Pressburger Zeitung (Haydn demande aux violonistes d’accorder leur corde grave sur fa, au lieu de sol, afin de produire cette dissonance humoristique). Tout rentre dans l’ordre et le bref mouvement se poursuit, cite au passage une mélodie slave du temps de l’Avent, Der Nachtwächter (Le Veilleur de nuit) : pour signaler au public qu’il serait temps de rentrer se coucher ?
 
Hélène Cao
 
Le concert du 18 avril sera diffusé ultérieurement sur France Musique.

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