« Il leur arrive diverses aventures » entretien avec Betsy Jolas

Mercredi 13 janvier 2021
« Il leur arrive diverses aventures » entretien avec Betsy Jolas | Maison de la Radio

Betsy Jolas, comment écoutez-vous la musique aujourd’hui ?
Je vais le plus souvent possible au concert mais je l’écoute aussi à la radio car je suis encore extrêmement curieuse. J’aime la musique, figurez-vous ! Et j’ai toujours grand plaisir à découvrir ou à ré-entendre des œuvres de toutes les époques. C’est ainsi que j’ai découvert tout au long de ma carrière beaucoup de jeunes compositeurs de talent. J’écoute aussi bien sûr les œuvres des compositeurs de ma génération, avec lesquels, pour la plupart, j’ai été liée ou que j’ai côtoyés ici et là : Xenakis, Stockhausen, Boulez, Brown, Boucourechliev, Amy, et outre-Atlantique, Carter, Crumb, Feldman, Cage… sans oublier, immédiatement après : Pesson, Fedele, Grisey, Takemitsu, Dusapin… La liste est encore longue !
 
Comment le contact s’est-il établi avec la Maîtrise ?
Il se trouve que je n’avais plus travaillé avec la Maîtrise depuis… 1962, époque de ma cantate Dans la chaleur vacante. Or, à ma surprise, j’ai appris en 2019 que la Maîtrise avait programmé mes très anciens Enfantillages (1956), dédiés à ma fille. Je me disais qu’on aurait pu choisir quelque chose de plus récent lorsque j’ai reçu commande d’une nouvelle pièce pour la Maîtrise, cette fois avec plus de possibilités instrumentales, mais, curieusement, sans mention d’abord du contexte de Présences. J’ai accepté bien sûr avec joie, ayant assisté à leur beau concert. J’y avais retrouvé au piano Géraldine Dutroncy, une de mes pianistes préférées. Aussi, j’ai choisi d’adjoindre aux voix, comme dans un lied, un piano obligé. Quant au texte, après avoir longtemps travaillé sur des poèmes de Pierre Reverdy, je suis revenue ici à mes propres textes écrits dans les années 1960, que j’avais déjà mis en musique dans une œuvre précédente, Mots (1963).
 
C’est donc un dialogue entre différentes parties de vous-mêmes, à soixante ans d’intervalle…
Il y avait à l’époque de grandes discussions dans le milieu de la musique contemporaine sur la question de l’intelligibilité du texte. On accusait en particulier Pierre Boulez, dans Le Marteau sans maître, d’obscurcir la compréhension des poèmes de René Char. Et Boulez répondait : « Si vous voulez comprendre le texte, lisez-le ! » J’avais, moi, écrit mon texte en fonction même de la musique, en y intégrant les sonorités que j’imaginais. Et voilà que soixante ans plus tard, je retrouve ce texte seul, et je lui offre une toute autre musique.
 
Pour Musique d’autres jours, cest une autre part de votre vie qui remonte…
Le titre renvoie à la première pièce que j’ai écrite pour Bernard Foccroule, intitulée Musique de jour. Dans cette nouvelle pièce se trouvent des éléments qui reviennent thématiquement et auxquels il arrive diverses aventures. Il y a des fragments de chorals, qui se défont et donnent des bouts de gammes ; et ce que j’appelle des tissus chromatiques, en triolets croisés, très pianissimo. L’œuvre s’ouvre sur une sorte de motif-clé : - mi - mi bémol, un jeu sur les tons et demi-tons, qui gagne en importance tandis que le violoncelle, sur une durée assez longue, cherche à rejoindre ce mi, échoue, et finalement y parvient et le dépasse.
 
Comment travaillez-vous avec les interprètes ?
J’ai des rapports très chaleureux avec Bernard Foccroule et Sonia Wieder-Atherton, qui sont des amis de longue date. D’une manière générale, il me paraît fondamental de savoir pour qui l’on écrit. J’entends leurs sonorités en écrivant, et les pièces sont très différentes selon les dédicataires. Je voudrais dire enfin que je suis extrêmement reconnaissante aux artistes qui veulent bien prendre le temps d’apprendre ma musique. Parfois, l’initiative vient des interprètes, et j’en suis encore plus touchée. Ce fut le cas de Bernard et de Sonia, je n’ai pas pu refuser !
 
Comment avez-vous passé le confinement du printemps dernier ?
J’étais à la campagne, avec ma famille non loin. Moi, je composais et je me promenais. Il faisait beau. J’ai profité égoïstement de cette période pour avancer sur mes travaux en cours. C’était presque le bonheur. J’ai dû aussi corriger les épreuves d’œuvres qui n’étaient pas encore gravées ; c’était donc une occasion pour me retrouver. J’ai ainsi redécouvert mon Concerto-Fantaisie pour piano et chœur sans orchestre (2001). Non sans surprise ! Tout cela me paraissait subitement bien meilleur que ce que j’écrivais aujourd’hui. Sur le moment, je l’avoue, je fus découragée (rires).
 
Êtes-vous plus dure aujourd’hui que par le passé ?
Non, je suis toujours aussi dure ! Je n’aime pas le laisser-aller, et quand les choses arrivent par surprise, j’ai tendance à me méfier.
 
Propos recueillis par Gaspard Kiejman
 
Betsy Jolas : Autres chants. Chœur de Radio France, dir. Lionel Sow. Concert n° 7 (samedi 6 février, 20h). Musique d’autres jours. Sonia Wieder-Atherton, violoncelle ; Bernard Foccroulle, orgue. Concert n° 9 (dimanche 7 février, 15h).
 

Ecouter Betsy Jolas

Festival Présences 2021 #7 : Pascal Dusapin, Jean-Guihen Queyras

Festival Présences 2021 #7 : Pascal Dusapin, Jean-Guihen Queyras | Maison de la Radio
Concert symphonique

Chœur de Radio France
Maîtrise de Radio France
Orchestre Philharmonique de Radio France

Pascal Rophé direction
Jean-Guihen Queyras violoncelle
Pascal Rophé connaît bien la musique de Pascal Dusapin, compositeur invité par le festival Présences 2021.
Samedi06Février202120h00 Maison de la radio - Auditorium

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