La Cinquième, mais de Prokofiev

Lundi 23 mars 2015
La Cinquième, mais de Prokofiev | Maison de la Radio
Le 17 avril, Mikko Franck et l’Orchestre Philharmonique abordent la Cinquième Symphonie de Prokofiev.

SEPT symphonies, toutes singulières, jalonnent le parcours de Prokofiev, depuis sa véritable première partie de carrière, hors de Russie, jusqu’à son retour définitif dans ce qui était entre-temps devenu l’Union soviétique. Composée en 1917, sa Première Symphonie, dite « Classique », a été créée à Pétrograd en 1918, l’année même du départ pour l’exil : Prokofiev passa en effet quinze années entre les États-Unis, la France et l’Allemagne, et se consacra intensément, entre autres, à l’opéra et au ballet. La Deuxième vit le jour à Paris en 1924, au terme d’un long séjour en Bavière.
 
En 1927, Prokofiev revient pour la première fois en Russie, où il reste trois mois. De retour à Paris, il compose l’année suivante sa Troisième Symphonie, créée en 1929 par Pierre Monteux. Composée dans la foulée, en 1929-1930, à la demande de Serge Koussevitzky pour le 50e anniversaire de l’Orchestre de Boston (à la tête duquel il la créera), la Quatrième sera largement revue et amplifiée en 1947. Les deux dernières symphonies voient le jour après la Seconde Guerre mondiale : la Sixième durant l’hiver 1946-1947 (Evguéni Mravinski en dirigera la première audition à Léningrad), la Septième début 1952 (elle sera créée à Moscou l’automne suivant sous la baguette de Samuel Samosoud). Dans l’intervalle, Prokofiev a effectué plusieurs séjours en Russie soviétique, jusqu’à décider en 1936 d’y revenir définitivement (à l’orée d’une période qui va se révéler le pire moment des purges staliniennes), momentanément honoré et choyé, pour après coup, dès 1938-1939, se voir refuser toute autorisation de sortie du territoire.
 
Une symphonie de guerre
 
La Cinquième Symphonie de Prokofiev, sans doute la plus célèbre et la plus jouée, est sa dernière grande création des années de guerre, qui virent naître également son grand œuvre lyrique : Guerre et Paix. Composée en 1944 (soit quatorze ans après la précédente), elle fut créée par l’Orchestre symphonique d’État de l’URSS, dirigé par Prokofiev lui-même, le 13 janvier 1945, dans la Grande Salle du Conservatoire de Moscou : elle lui vaudra en 1946 le Prix Staline, distinction créée en 1939 pour récompenser les opposants aux dictatures… À l’instar de son contemporain Chostakovitch, avec lequel il partagea le sort commun du harcèlement et se vit maintes fois fustigé par les autorités soviétiques, Prokofiev n’avait d’autre choix que de se plier aux exigences « artistiques » du pouvoir stalinien et donc de concevoir, a fortiori au moment de l’effort de guerre déployé par son pays dans les ultimes et dramatiques soubresauts de la Seconde Guerre mondiale, une œuvre ouvertement patriotique.
 
Cette symphonie n’en fut pas moins l’une de ses partitions que Prokofiev estimait le plus. D’un souffle épique sous-tendu dans les mouvements vifs d’une formidable et implacable rythmique, typique de Prokofiev, ainsi que d’une richesse mélodique et d’orchestration non moins caractéristique, la Cinquième « couronne en quelque sorte toute une période de mon travail ; je l’ai pensée comme une œuvre glorifiant l’âme humaine. Dans la 5e Symphonie, j’ai voulu chanter l’homme libre et heureux, sa force, sa générosité et la pureté de son âme. Je ne peux pas dire que j’ai choisi ce thème : il est né en moi et devait s’exprimer ». Ainsi s’exprime Prokofiev dans Mes Œuvres pendant la guerre – quand bien même certains mots laissent amèrement transparaître les souffrances endurées par le compositeur dans la résidence forcée que son retour volontaire lui avait imposée.
 
Le temps des épreuves
 
La commotion consécutive à sa chute dans la rue, quelques jours après la création de la Cinquième Symphonie, devait lui laisser des séquelles à vie. Elle fait partie des nombreuses épreuves qui l’ont accablé jusqu’à la fin de ses jours – ainsi l’arrestation et la déportation de sa première épouse (la mère de ses deux fils) ou l’acharnement de Jdanov, qui avait la haute main sur la vie culturelle soviétique (mais disparaît en 1948), puis de Khrennikov, nommé par Jdanov secrétaire général de l’Union des compositeurs soviétiques, lequel ira jusqu’à parler, à propos de la Symphonie concertante de 1952 (il s’agit du concerto pour violoncelle de 1938 transformé pour Rostropovitch) de « dégénérescence sénile ».
 
On sait que l’ironie du sort ira jusqu’à faire mourir Prokofiev le même jour que Staline, le 5 mars 1953. La disparition de ce dernier, naturellement, éclipsa complètement celle de l’un des plus grands maîtres russes du XXe siècle.
 
Michel Roubinet
 
Le concert du 17 avril sera diffusé en direct sur France Musique.

INSCRIPTION AUX NEWSLETTERSX

Chaque mois, recevez toute l’actualité culturelle de Radio France : concerts et spectacles, avant-premières, lives antennes, émissions, activités jeune public, bons plans...
Sélectionnez la ou les newsletters qui vous ressemblent ! 

Séléctionnez vos newsletters

(*) Informations indispensables

Les données recueillies par RF sont destinées à l’envoi par courrier électronique de contenus et d’informations relatifs aux programmes, évènements et actualités de RF et de ses chaînes selon les choix d’abonnements que vous avez effectués. Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, ainsi qu’au règlement européen n°2016-679 relatif à la protection des données personnelles vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition et de portabilité sur les données vous concernant ainsi qu’un droit de limitation du traitement. Pour exercer vos droits, veuillez adresser un courrier à l’adresse suivante : Radio France, Délégué à la protection des données personnelles, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16 ou un courriel à l’adresse suivante : dpdp@radiofrance.com, en précisant l’objet de votre demande et en y joignant une copie de votre pièce d’identité.

Conformément aux dispositions susvisées, vous pouvez également définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication des données vous concernant après votre décès. Pour cela, vous devez enregistrer lesdites directives auprès de Radio France. A ce titre, vous pouvez choisir une personne chargée de l’exécution de ces directives ou, à défaut, il s’agira de vos ayants droits. Ces directives sont modifiables à tout moment.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter vos droits sur le site de la CNIL