La clarinette, un amour de Mozart

Vendredi 5 juin 2020
La clarinette, un amour de Mozart | Maison de la Radio et de la Musique
Profitons des deux quintettes à cordes inscrits au programme du concert donné le 7 juin par Antoine Tamestit et le Quatuor Ébène, pour nous pencher sur un instrument que Mozart met à l’honneur dans un autre de ses quintettes : la clarinette.
 
Entre Mozart et la clarinette, c’est une histoire d’amour qui naît le jour où le compositeur découvre l’usage que fait l’orchestre de Mannheim de cet instrument, récemment intégré à son pupitre d’instruments à vent. « Si seulement nous avions aussi des clarinettes ! Vous ne pouvez pas imaginer la sonorité ainsi produite dans une symphonie par le mélange des flûtes, hautbois et clarinettes », écrit Wolfgang à son père le 3 décembre 1778.
 
Puis vient la rencontre décisive avec Anton Stadler, qui joue de la clarinette (mais aussi du cor de basset). Commence alors une amitié qu’on peut qualifier de spirituelle, Mozart et Stadler étant frères au sein de la même loge maçonnique. Dans l’esprit de Mozart, la clarinette va devenir l’instrument de la fraternité, telle qu’il l’illustre par exemple dans l’orchestre de La Flûte enchantée ou encore dans l’air « Parto, ma tu ben moi » chanté par Sesto dans La Clémence de Titus.
 
Mais la clarinette devient aussi le protagoniste essentiel de trois partitions instrumentales que Mozart compose pour son ami Anton : le Trio K 492 dit « Des quilles », le Quintette K 581 et le Concerto K 622, sa dernière partition instrumentale achevée (en 1791, comme les deux opéras précités). Le concerto, en réalité, après une première esquisse pour cor de basset, fut composé pour la clarinette de basset, instrument inventé pour Anton Stadler par Theodor Lotz ; le manuscrit ayant disparu, c’est la plupart du temps la partition publiée en 1801 par l’éditeur André qui est utilisée, dans laquelle la partie de clarinette de basset est adaptée à la clarinette.
 
L’art des lointains
 
Sans remonter à l’Antiquité, on rappellera que la clarinette est la lointaine héritière du chalumeau baroque, encore évoqué dans l’Encyclopédie. La clarinette existe cependant depuis plusieurs décennies : elle a, semble-t-il, été mise au point par Johann Christoph Denner vers 1700. L’Encyclopédie la décrit imparfaitement comme une « sorte de hautbois », Rameau l’utilise dans Zoroastre, mais elle fait son entrée à titre permanent dans l’orchestre qu’a entendu Mozart à Mannheim, comme on l’a dit plus haut. Berlioz, au siècle suivant, parlera d’elle comme de l’instrument de « l’héroïque amour ». Il écrit, dans son Traité d’instrumentation : « C’est celui de tous les instruments à vent, qui peut le mieux faire naître, enfler, diminuer et perdre le son. De là la faculté précieuse de produire le lointain, l’écho de l’écho, le son crépusculaire. »
 
Composé pendant l’été 1789, pendant que les Parisiens s’occupaient de tout autre chose, le Quintette avec clarinette fut créé au Burgtheater de Vienne, le 22 décembre de la même année. L’œuvre voit le jour à une époque douloureuse de la vie de Mozart : l’incompréhension grandissante du public viennois à son égard, des soucis financiers, une solitude également croissante, ne l’empêchent pas de commencer la composition de Cosi fan tutte, mais rendent l’amitié de Stadler plus que jamais nécessaire. Le Quintette n’exprime cependant ni amertume ni tristesse : « Avec sa voluptueuse cantilène et ses staccatos perlés, la clarinette met une touche d’élégance au spirituel entretien des instruments à cordes », écrit Heinz Becker. De fait, la concision et la clarté du premier mouvement, la douceur du Larghetto avec ses cordes en sourdine, les couleurs bucoliques du menuet, l’extrême variété de couleurs et d’ambiances des variations finales, font de ce Quintette une partition irrésistible.
 
Florian Héro

 
 

A écouter

Chostakovitch n°14 Goerne/Grigorian

Chostakovitch n°14 Goerne/Grigorian | Maison de la Radio et de la Musique
Concert symphonique

Orchestre Philharmonique de Radio France

Mikko Franck direction
Asmik Grigorian soprano
Ce concert fait écho à celui donné par l’Orchestre Philharmonique le 15 janvier sous la direction de Mikko Franck.
Dimanche13juin202116h00 Maison de la Radio et de la Musique - Auditorium

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