La guerre et la mort selon Casella

Mardi 24 Février 2015
La guerre et la mort selon Casella | Maison de la Radio
On connaît peu et mal Casella, qui fut contemporain de Stravinsky et Bartok. L’Orchestre National de France nous invite à écouter son Elegia Eroica, le 5 mars prochain, sous la direction de Gianandrea Noseda.

Élève de Fauré, ami de Ravel, grand admirateur de Stravinsky, Alfredo Casella (1883-1947) est l’un des compositeurs majeurs de la génération « dell’Ottanta », qui compte aussi Malipiero, Pizzetti et Respighi dans ses rangs. Auteur d’une œuvre abondante alliant l’influence germanique et stravinskienne à l’inspiration « néo-classique » après la Grande Guerre, Casella a d’abord passé deux décennies à Paris avant de revenir en Italie en 1915, lorsque son pays natal entre en guerre aux côtés de la France, de la Russie et de l’Angleterre contre l’Allemagne et l’Empire austro-hongrois. Le musicien, dès lors, n’a plus quitté l’Italie jusqu’à son décès ; comme beaucoup de compositeurs de sa génération (dont Pizzetti et Respighi), il a apporté un fervent soutien à Mussolini et au régime fasciste depuis les années 1920 jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale, et ce, alors même que sa seconde femme, Yvonne Müller, était juive.
 
Comme Ravel, Debussy et la plupart des artistes européens, les horreurs de la Première Guerre mondiale ont laissé leur trace dans l’œuvre de Casella : l’Elegia eroica, dédiée au souvenir d’un soldat tué à la guerre, est une vaste célébration de la mort et du deuil. Cette élégie se déploie en trois moments : une imposante marche funèbre où prédominent les six cors requis par Casella, vision tragique d’un peuple célébrant le rite funéraire en l’honneur de ses héros ; une méditation intime et douloureuse sur la mort du soldat et le deuil de sa mère ; une nouvelle explosion de violence, évoquant la violence de la guerre, laissant enfin place à une triste berceuse qui rappelle L’Oiseau de Feu et Le Sacre du printemps. L’œuvre se présente sous la forme d’un poème symphonique où percent des réminiscences de Stravinsky dans la rythmique, dans les effets polytonaux et dans l’emploi des masses sonores, auxquelles s’ajoute une touche mahlérienne dans l’orchestration et le pathos spectaculaire : depuis sa jeunesse, Casella ne cachait pas son goût pour Mahler, dont il avait transcrit la Septième Symphonie pour piano à quatre mains dès 1909-1910.
 
L’Elegia eroica a été perçue lors de sa création, qui eut lieu le 21 janvier 1917 au Teatro Augusteo de Rome, comme une œuvre d’avant-garde par le public romain et elle a suscité un certain scandale : avant de se tourner vers Scarlatti et les formes classiques après la guerre, Casella a choqué les auditeurs en 1917 au point de se voir accusé d’être anti-Italien. Aujourd’hui, l’Elegia eroica, par la puissance de son orchestre et par son caractère profondément pathétique, apparaît en tout cas comme une œuvre expressionniste dans laquelle passe un grand souffle tragique.
 
Christophe Corbier
 
Le concert du 5 mars sera diffusé en direct sur France Musique et sur les radios de l’UER.
 

INSCRIPTION AUX NEWSLETTERSX

Chaque mois, recevez toute l’actualité culturelle de Radio France : concerts et spectacles, avant-premières, lives antennes, émissions, activités jeune public, bons plans...
Sélectionnez la ou les newsletters qui vous ressemblent ! 

Séléctionnez vos newsletters

(*) Informations indispensables

Les données recueillies par RF sont destinées à l’envoi par courrier électronique de contenus et d’informations relatifs aux programmes, évènements et actualités de RF et de ses chaînes selon les choix d’abonnements que vous avez effectués. Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, ainsi qu’au règlement européen n°2016-679 relatif à la protection des données personnelles vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition et de portabilité sur les données vous concernant ainsi qu’un droit de limitation du traitement. Pour exercer vos droits, veuillez adresser un courrier à l’adresse suivante : Radio France, Délégué à la protection des données personnelles, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16 ou un courriel à l’adresse suivante : dpdp@radiofrance.com, en précisant l’objet de votre demande et en y joignant une copie de votre pièce d’identité.

Conformément aux dispositions susvisées, vous pouvez également définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication des données vous concernant après votre décès. Pour cela, vous devez enregistrer lesdites directives auprès de Radio France. A ce titre, vous pouvez choisir une personne chargée de l’exécution de ces directives ou, à défaut, il s’agira de vos ayants droits. Ces directives sont modifiables à tout moment.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter vos droits sur le site de la CNIL