La musique et l’animal, une histoire de formes et de symboles

Mardi 28 mai 2019
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La musique et l’animal, une histoire de formes et de symboles | Maison de la Radio
« Écoutez les oiseaux, ce sont des grands maîtres ». Radio France reprend à bon compte ce conseil de Paul Dukas à Olivier Messiaen en programmant prochainement plusieurs concerts d’inspiration zoologique avec La Petite Renarde rusée donnée ce 2 juillet en compagnie de la Maîtrise de Radio France, ou encore, la saison prochaine, le concert-fiction Ernest et Célestine de Daniel Pennac et Karol Beffa. L’occasion de tisser quelques liens entre la faune et la forme symphonique.

Au Musée d’Orsay, le sombre Orphée de Gustave Moreau évoque l’amour, le deuil mais aussi la musique. Notre regard est hypnotisé par la lyre sur laquelle la tête du musicien repose. À l’arrière-plan, il se perd dans les brumes d’un paysage d’Arcadie qui laisse entrevoir un berger aulète. En bas à droite du tableau, un détail intrigue : ce détail nous parle de musique d’une manière bien moins classique que la représentation d’instruments antiques. Aux pieds d’Eurydice se trouvent deux petites tortues qui rappellent le tribut que doit la musique aux animaux. Les Hymnes homériques racontent en effet qu’Hermès a inventé la lyre en utilisant la carapace du mammifère comme d’une caisse de résonance recouverte de la peau d’un bœuf à laquelle il attacha des cordes en boyaux. Au-delà du mythe, les flûtes du Paléolithique n’étaient-elles pas de simples os ou des cornes évidées ? L’ivoire de l’éléphant ne se retrouve-t-il pas sur les touches des vieux pianos ? Le frottement du crin de l’archet sur les cordes en boyaux du violon ne fait-il pas aussi hennir la viole Morin-khuur du Mongol ? Il faut se rendre à l’évidence : la musique est fille de l’animal.
 
Le chant du serpent
 

La faune inspire la forme de certains instruments de manière bien plus organique que les têtes de lion sculptées à la cime des contrebasses. Aux côtés d’un cornet à bouquin à l’embouchure de dragon ou d’une vièle bengale en peau de chèvre, le promeneur du Musée de la musique, à Paris, peut s’arrêter un instant sur un instrument à vent étonnant. Son nom et sa forme ne souffrent d’aucune équivoque. On attribue à Jean-Baptiste Coeffet la paternité d’un drôle de serpent daté de 1830. Il s’agit d’un instrument à vent composé de cuir, de laiton et de noyer à la forme sinueuse et dont la sonorité feutrée pouvait être entendue lors d’offices religieux ou de fanfares militaires au milieu du XVIIIe siècle.

Quand ce n’est pas l’instrument qui prend la forme de l’animal, c’est l’instrumentiste lui-même. L’ouvrage de Martine Cluzot Images de musiciens (1350-1500) s’intéresse à la présence de musiciens zoomorphes dans les enluminures de textes sacrés. Ici, un lapin blanc frotte une lyre, là un singe assis souffle dans une trompe à laquelle répond un lion et sa petite vièle à archet. Pour l’historienne, ces étranges représentations évoquent une conception paradoxale de la musique au Moyen-Âge : « Si d’un point de vue théologique, la musique est le fondement des lois de l’univers, d’un point de vue pratique, elle incarne à travers les instruments de musique la dépendance de l’homme envers la matérialité, la chair et le “bas corporel”. »
 
L’histoire de la musique, un vaste bestiaire
 

Comme l’écrit Emmanuel Reibel dans son essai Nature et Musique, « l’histoire de la musique est une vraie arche de Noé ». Au fil des pages, le musicologue dresse une liste non exhaustive d’œuvres qui s’inspirent des animaux. Il y évoque le Chant des oiseaux de Janequin, le ranz des vaches (qu’on trouve aussi bien dans l’Ouverture de Guillaume Tell que dans la Symphonie fantastique), les Bandar-Log de Kœchlin mais aussi le Bestiaire ou de L'Histoire de Babar, le petit éléphant de Francis Poulenc créée sur les ondes nationales en 1946. Ce conte musical retrouvera d’ailleurs le chemin de Radio France avec un concert donné le 5 octobre prochain dans une mise en scène du Hana San Studio.

On citera au passage, bien sûr, le Carnaval des animaux de Saint-Saëns, et les interventions du rossignol, du chat et de la chatte, de la libellule, de la chauve-souris et de la rainette et de l’écureuil dans L’Enfant et les Sortilèges de Ravel. Sans oublier Le Bestiaire de Poulenc. D’ailleurs, Orphée, héros des musiciens, avait le don d’apprivoiser les animaux sauvages : preuve que l’animal reconnaît là sa mère.

Les oiseaux, dans cette cohorte, se taille si l’on peut dire la part du lion. Ils sont évidemment on ne peut plus présents chez Messiaen, jusqu’à ces Fauvettes de l’Hérault révélées au public français par Roger Muraro lors du festival Présences 2018. Les poissons, par comparaison, se font plus discrets, même si Mahler met en musique dans un Wunderhorn Lied le prêche que leur adresse Saint Antoine de Padoue !

Avec l’avènement des microphones, le compositeur ne cherche plus forcément à évoquer les sons des animaux. Il peut les intégrer tels quels à sa partition comme dans Cantus Arcticus, un concerto pour oiseaux et orchestre de Rautavaara dans laquelle les chants d’oiseaux arctiques enregistrés dialoguent avec l’orchestre, ou comme dans le troisième mouvement des Pins de Rome de Respighi, qui fait entendre un rossignol enregistré. Les animaux peuvent aussi s’émanciper de l’instrument comme dans La Selva, œuvre acousmatique de Francisco Lopez dans laquelle la faune de La Selva, une forêt costaricaine, forme une chorale avec la pluie et le vent dans les arbres. 
 
D’une saison l’autre
 

Radio France s’apprête à puiser dans ce vaste abécédaire zoo-musicologique en programmant à la Philharmonie de Paris le 2 juillet prochain, La Petite Renarde rusée de Leoš Janáček. L’histoire de la renarde héroïque et avide de liberté sera racontée par le London Symphony Orchestra et la Maîtrise de Radio France dirigés par Sir Simon Rattle. Le studio 104 prendra également des airs de zoo avec la création de trois spectacles radiophoniques où l’animal aura le premier rôle. Le 14 septembre prochain, la Maison de la radio accueillera les acteurs de la Comédie-Française dans une adaptation du roman Le Chat de Georges Simenon, disparu il y a trente ans. Autre rendez-vous à ne pas manquer, la création de Moby Dick par l’Orchestre National de France, le 5 octobre prochain (la fabuleuse baleine ayant aussi fait l’objet d’un opéra de Jake Heggie créé en 2010 à Dallas), ainsi que Le Roman d’Ernest et Célestine (un ours et une souris !) de Daniel Pennac mis en scène et en ondes pour France Culture. Après l’adaptation radiophonique de L’Œil du loup (2012)*, ce conte musical signe les retrouvailles de Daniel Pennac et de Karol Beffa.

En ce qui concerne la mise en musique du Roman d’Ernest et Célestine, le compositeur prophétise : « Cette musique sera, je l’espère, aussi tendre que l’est le conte de Pennac. Derrière cette histoire d’amitié a priori impossible entre une souris curieuse et un ours mal-léché se cache une parabole à destination d’un public adulte et de nombreuses références au quotidien. Côté partition, l’Orchestre Philharmonique de Radio France prendra des allures d’orchestre mozartien et si chaque personnage aura des timbres et des couleurs spécifiques, la musique aura tout autant le rôle de commenter l’action que de servir d’ambiance et de toile de fond au récit. » Fin du suspense dans un peu moins d’un an, le 13 juin 2020 !
 
Max Dozolme
 
* Sur le loup et la musique, on se référera à l’article paru dans La Lettre jeune public n° 4 (printemps-été 2019).
 

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Les concerts

La Petite Renarde rusée | Maison de la Radio

La Petite Renarde rusée

Musique chorale

London Symphony Chorus
London Symphony Orchestra
Maîtrise de Radio France

Sir Simon Rattle direction
En compagnie du London Symphony Orchestra et du grand Simon Rattle, la Maîtrise aborde l’un des plus tendres opéras animaliers qui soient : La Petite Renarde rusée.
Mardi02juillet201920h30 HORS LES MURS Philharmonie de Paris
Le Chat, Georges Simenon | Maison de la Radio

Le Chat, Georges Simenon

Concert-fiction

Troupe de la Comédie-Française

Le Chat est un roman de Georges Simenon, publié en 1967, qui fut adapté au cinéma en 1971 par Pierre Granier-Deferre avec Jean Gabin et Simone Signoret.
Samedi14septembre201920h00 Maison de la radio - Studio 104
Les Enfantines, Babar | Maison de la Radio

Les Enfantines, Babar

Concert Jeune public De 3 à 6 ans

Orchestre Philharmonique de Radio France

 « Dans la grande forêt, un petit éléphant est né. Il s’appelle Babar. Sa maman l’aime beaucoup. Pour l’endormir, elle le berce avec sa trompe en chantant tout...
Samedi05octobre201911h00 Maison de la radio - Auditorium de Radio France
Moby-Dick d’après le roman d’Herman Melville | Maison de la Radio

Moby-Dick d’après le roman d’Herman Melville

Concert-fiction À partir de 10 ans

Orchestre National de France

Debora Waldman direction
Quand le plus grand roman maritime devient symphonie radiophonique !
Samedi05octobre201911h00 Maison de la radio - Studio 104
Le roman d’Ernest et Célestine, Daniel Pennac | Maison de la Radio

Le roman d’Ernest et Célestine, Daniel Pennac

Concert-fiction À partir de 6 ans

Orchestre Philharmonique de Radio France

Julien Leroy direction
C’est l’histoire de l’ours Ernest et de la souris Célestine, que tout oppose et qui deviennent les meilleurs amis du monde. 
Samedi13juin202014h00 Maison de la radio - Studio 104

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