La Table ronde à travers les âges

Mercredi 9 septembre 2020
La Table ronde à travers les âges | Maison de la Radio
Le Roi Arthur nous donne rendez-vous le 7 novembre en compagnie du Chœur de Radio France. Mais quel destin ont connu les héros de la Table ronde au pays du cinéma ?
 
« Chevaliers de la Table ronde, goûtons voir si le vin est bon... » : immortalisée par une chanson à boire, l’assemblée des héros aurait-elle trahi la noble cause en transformant ses spirituelles agapes en simples gueuletons ? Le compositeur d’opérette Hervé ne s’y est pas trompé, parodiant l’héroïsme de ses Chevaliers de la Table ronde au Théâtre des Bouffes-Parisiens en 1866 ; même Merlin nous y enchante, appréciant comme ses compagnons les jolies filles avec un humour très Second-Empire : « Nous consommons un nombre affreux de blondes et de brunes ; si l’on nous appelle des preux, ce n’est pas pour des prunes. »
 
Redonnons alors à nos valeureux chevaliers leurs lettres de noblesse, comme Ernest Chausson dont Le Roi Arthus célèbre les amours funestes de Lancelot et de Genièvre, ou comme Georges Delerue et Boris Vian dans leur grande fresque du Chevalier de neige. Sur fond de folklore et d’un peu d’histoire, puisant plus ou moins librement dans les récits médiévaux de Wace, Chrétien de Troyes, Robert de Boron ou Layamon, la légende arthurienne loue l’amour, la magie, les hauts faits et la gloire des braves. Évoquant la romanisation et la christianisation de la Bretagne, son imaginaire a inspiré la littérature et les arts, sans oublier l’opéra avec Purcell au XVIIe siècle, Wagner au XIXe, dans une confusion de légendes délicieusement romantique mais peu orthodoxe. Quant au septième art, le voici à son tour en quête du Graal, offrant le premier rôle à Arthur, à Lancelot ou à Perceval, voire à Merlin parfois.
 
« Higitus figitus zomba kazom » : les livres s’envolent. « Hockety pockety wockety wock ! » : la vaisselle se range sans effort. Assurément, le dessin animé Merlin l’enchanteur est plus fidèle au roman pour la jeunesse de Terence Hanbury White qu’à l’esprit de la légende médiévale, mais cette version du mythe réjouit par la production des studios de Walt Disney. Et nous donne l’idée de remonter en selle et, avec les chevaliers, de résoudre la quadrature du cercle en proposant une brève synthèse de la Table ronde sur petit ou grand écran.
 
Petit et grand écran
 
Noël 1970 : sur la Deuxième chaîne de l’ORTF est diffusé le Lancelot du Lac de Claude Santelli. Malgré la participation de George Delerue, le résultat n’est pas impérissable, plus représentatif d’une télévision en quête de programme que d’une véritable quête artistique. Puis surgit le Lancelot hollywoodien de Robert Bresson : les armures aux bruits de casseroles, les crépitements du feu, le glouglou du sang s’attirent les moqueries du public et de la critique. En France, on bavarde parfois à l’excès, surtout quand Fabrice Luchini incarne en 1978 un Perceval le Gallois plus habile dans le dialogue que dans le maniement de l’épée. Paysages peints, arbres d’acier stylisés et longues diatribes rimées : ce n’est pas le meilleur Rohmer mais un exercice de style parfaitement assumé et dramatique à souhait.
 
Outre-Manche, on se dispute aussi l’héritage ; Arthur, roi des Celtes rappelle que le principe de la série est sans doute plus adapté à une saga aussi foisonnante. Outre-Atlantique enfin, on apprécie le grand spectacle, en 1981, dans la réalisation très ambitieuse de John Boorman. Côté musique, cet Excalibur surpasse ses concurrents, convoquant le très anachronique Carl Orff pour une impressionnante chevauchée, Wagner pour de gros plans sur l’arme ensanglantée et les eaux magiques du lac. Irrésistible...
 
À la Table ronde, il y en a pour tous les goûts et pour tous les âges, de l’épopée à la parodie, du film fantastique à la comédie sentimentale. Rien de plus émouvant qu’Ava Gardner s’abandonnant dans les bras de Robert Taylor, en cinémascope et avec les moyens illimités de la MGM, dans la réalisation de Richard Thorpe sortie en 1953. Non sans une jolie danse accompagnée par le luth puis une charmante chanson de ménestrel... Tout aussi séduisants sont Richard Gere et Julia Ormond, quarante ans plus tard dans Lancelot, le premier chevalier de Richard Zucker. Sous le regard perçant de Sean Connery. Avec Arthur, tout est permis, le meilleur comme le pire, de la plate série des années quatre-vingt-dix, Le Roi Arthur et les Chevaliers de la Justice, au récent Alex, le destin d’un roi de Joe Cornish. Les héros traversent les siècles, remontent le temps.
 
Le roman de Mark Twain Un Yankee du Connecticut à la cour du roi Arthur (1889) est adapté plusieurs fois : dès 1921 dans une version bien sûr muette, avec Bing Crosby en 1949, par les Soviétiques en 1988, sous le titre Arbalète et Rockn’roll en 1988, sans oublier Un español en la corte del rey Arturo (1964, version musicale pour la télévision espagnole). On citera au passage Un cosmonaute chez le roi Arthur, bien décevante production de Walt Disney.
 
Mais à défaut d’être sacré, c’est un Sacré Graal que fait miroiter le septième art au cinéphile : « Une fois par siècle arrive un film qui change toute l’histoire du cinéma », avertit la bande annonce du plus délirant Monty Python de Terry Gilliam et Terry Jones. Une fois par siècle, mais ce ne sera pas pour cette fois. « Nous de la Table ronde, dansons la dévergonde en chorégraphie vagabonde », chante la troupe infernale. Sans doute aurions-nous dû, en quelques minutes, faire un détour à Kaamelott pour goûter les calembours d’Alexandre Astier, mais en attendant l’adaptation du Roi Arthur signée Kevin Keiss, contentons-nous de reprendre le vieil air populaire et goûtons voir si le vin est bon.
 
François-Gildas Tual
 

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Concert Jeune public À partir de 7 ans

Chœur de Radio France

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Samedi07novembre202015h00 Maison de la radio - Studio 104

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