L’arche de Benjamin

Jeudi 16 avril 2015
L’arche de Benjamin | Maison de la Radio
La Maîtrise de Radio France reprend Noye’s Fludde (L’Arche de Noé) de Britten, le 7 mai, au Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines. Quelques musiciens de l’Orchestre National de France et des musiciens et chanteurs amateurs, selon la tradition, seront aussi de la partie.

« JE CROIS profondément au professionnalisme, et je pense qu’un professionnel doit parfaitement connaître son travail, mais cela ne doit pas empêcher la composition pour les amateurs. Bien au contraire. Ils ont joué un rôle important dans le façonnage de notre tradition musicale… Il existe quelque chose de très frais et sans retenue dans la qualité de la musique faite par des amateurs. J’essaie de verser mon meilleur vin dans ces flacons restreints. »
 
C’est en 1948 que Benjamin Britten écrivit sa première partition comprenant ces musiciens également appelés « amateurs » en anglais, la cantate Saint Nicolas qui fut créée pour l’inauguration du festival d’Aldeburgh qu’il venait de fonder. L’année suivante, toujours avec le librettiste Eric Crozier, son Petit ramoneur fera de nouveau appel à des non-professionnels au sein de la pièce Faisons un opéra ! Ces représentations offrirent à Britten une grande expérience de ce type de concert populaire et le 18 juin 1958, dans l’église d’Orford, c’est encore des musiciens et chanteurs amateurs, entourant quelques professionnels, qui présentèrent pour ce même festival une œuvre plus ambitieuse, Noye’s Fludde (mot-à-mot « Le déluge de Noé »).

Toujours avec l’aide d’Eric Crozier, cofondateur du festival, Britten puisa dans une source médiévale anglaise, les Chester Mystery Plays, pour concevoir le livret qui contient, en plus du « Kyrie eleison » accompagnant l’entrée dans l’Arche et de l’« Alleluia » qui salue la terre ferme, trois hymnes anglicans : « Lord Jesus think of me » d’après un hymne grec du IVe siècle qui ouvre la partition de façon « majestic », « Eternal Father, Strong to Save » d’après le Psaume 107 qu’ont chanté de nombreux marins (y compris sur le Titanic !), et enfin « The Spacious Firmament on High » sur les premiers versets du Psaume 19.
 
Bali, Japon, mystères

Composée peu après un voyage en Asie, la partition contient quelques influences musicales balinaises, ainsi que des éléments de dramaturgie japonaise, mais Britten s’est surtout inspiré des mystères médiévaux tels qu’on les joue encore dans la cathédrale de Chester (prochaine édition en 2018), et cite également le Canon en sol majeur de Thomas Tallis, grand maître de la Renaissance. Travaillant ingénieusement avec les « moyens du bord », Britten restitua le son de la pluie grâce au piano doublé de quelques mugs suspendus à un fil et frappés par une cuillère en bois (« slung mugs », indique la partition en plus du papier de verre pour le vent !).
 
Aux côtés des musiciens solistes, de Noé, de sa femme récalcitrante et de la voix de Dieu interprétés par des professionnels, la plupart des protagonistes de 1958 étaient des enfants des alentours d’Aldeburgh, instrumentistes ou chanteurs, figurant quarante-neuf espèces d’animaux répartis en sept groupes, sous la direction de Charles Mackerras. Parmi les spectateurs se trouvait le grand historien de l’art Kenneth Clarke : « Être assis dans l’église d’Orford, où j’ai passé tant d’heures dans mon enfance à attendre sagement quelque étincelle du feu divin, et le recevoir enfin, au cours de cette représentation de Noye’s Fludde, a été pour moi une expérience bouleversante ». Trois ans plus tard à Aldeburgh, on remarqua dans l’assistance des choristes de Noye’s Fludde le violoncelliste Mstislav Rostropovitch, grand ami de Britten, mais qui ne parlait pas un traître mot d’anglais et chantait phonétiquement : « Mes voisins m’ont regardé avec un mélange de surprise et de consternation, ma voix étant unique par son peu de fiabilité ! ».

La partition s’imposa rapidement dans le monde entier, et Britten déclara un jour à ses interprètes : « Je suis très fier que L’Arche de Noé ait été créé par des garçons et des filles du Suffolk. Il y a deux semaines environ, j’étais à Hambourg, grande ville d’Allemagne avec une grande maison d’opéra, et on y jouait une œuvre intitulée… L’Arche de Noé ! Avec les mêmes paroles, mais pas avec la même musique. Celle-ci était d’un compositeur qui est probablement le plus connu parmi les vivants, Igor Stravinsky. Elle était affreusement difficile, et réclamait les plus grands chanteurs et les plus grands instrumentistes du monde pour être jouée. Je n’étais pas jaloux de Stravinsky. Pas du tout ! J’étais bien plus heureux avec ma représentation dans l’église d’Orford que ne l’était Stravinsky à l’opéra de Hambourg  avec de fameux chanteurs ayant des noms à rallonge finissant en ovitch ou en oski. J’étais bien plus fier de ma représentation ».
 
François-Xavier Szymczak
 
Le concert du 7 mai sera diffusé ultérieurement sur France Musique.
 

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