Le compositeur, l’inventeur et l’ondiste

Mercredi 27 Février 2019
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Le compositeur, l’inventeur et l’ondiste | Maison de la Radio
La Turangalîla-Symphonie, qui en fait un généreux usage, nous invite à nous pencher sur le cas des ondes Martenot, dont les mauvaises langues disent qu’elles se contenteraient d’imiter le son de la scie musicale.
On ne peut considérer l’histoire de Maurice Martenot, inventeur de l’instrument qui porte son nom, sans celle de son alter ego lointain, le russe Lev Termen. Termen est celui qui découvrit, à l’occasion de recherches sur les oscillateurs, que le son émis par les fréquences radiophoniques pouvait changer de hauteur, et que ce changement était contrôlable selon la position du corps vis-à-vis de l’appareil émetteur. En assemblant un appareil-pupitre lui permettant de régler l’intensité avec la main gauche, et la hauteur avec la main droite, Lev Termen construit un véritable instrument, le Theremin, et marque le début de la musique électronique,

Martenot, né en France en 1898, suit la même voie puisqu’il est affecté, au cours de la Première Guerre mondiale, aux transmissions radio. Comme Termen, Maurice Martenot constate que les bruits causés par les ondes varient de hauteur, et que ces hauteurs peuvent former un son étrange et beau. Plus sensible que Termen, Martenot conçoit dans les années 1920 un instrument plus complexe que le Theremin, dont la hauteur n’est non pas définie par une main dansant dans la vide, mais par une bague attachée au doigt, qui tire un fil horizontal relié à une partie mécanique effectuant un mouvement de va-et-vient entre deux rangées de vis électrifiées. Un petit boîtier placé près de la main gauche de l’ondiste (ainsi nomme-t-on l’interprète de ce curieux instrument) lui permet de régler et de modifier le timbre du son.

Maurice Martenot révèle son invention le 3 mai 1928 à l’Opéra de Paris. Alors que la démonstration doit commencer, l’inventeur est pris de panique : de l’appareil ne sort que grésillements. Il lui faudra quelques heures avant de comprendre qu’un changement dans l’alimentation électrique de l’Opéra crée ce chaos dans l’instrument. Martenot a juste le temps de faire changer l’alimentation électrique, de remonter l’instrument avant de donner ce premier récital qui est un immense succès, et qu’il reprend sur les scènes du monde entier. 

Au fil des années, l’instrument évolue au rythme des avancées de Martenot. Il se dote d’un clavier, qui permet deux modes de jeu: avec des touches séparant les demi-tons, comme un piano, et avec le fil relié à la bague, qui permet de rechercher des intervalles inférieurs aux quarts de ton. Le clavier devient ensuite légèrement suspendu, permettant à l’ondiste d’ajouter un vibrato y compris lorsqu’il joue avec les touches (!).Martenot construit également plusieurs systèmes de diffusion du son, dont le plus original présente la forme d’une palme. 

Les ondes Martenot ne restent pas une simple curiosité, une « invention d’inventeur » : les compositeurs y voient immédiatement un instrument ayant vocation à inspirer un vrai répertoire. Milhaud écrit une suite pour les ondes dès 1932, suivi par Honegger et Jolivet. Au début des années 1930, Varèse remplace les sirènes d’Amériques par les ondes. C’est Messiaen qui écrit cependant les plus belles pages de son répertoire : la Fêtes des belles eaux en 1937, pour sextuor d’ondes, et la Turangalîla-Symphonie, pour orchestre, piano et ondes Martenot. Le son si caractéristique des ondes Martenot accompagne aujourd’hui des œuvres de différentes disciplines : on entend par exemple un extrait des Belles eaux lors de la douloureuse déambulation de Leonardo di Caprio dans The Revenant. Ce son reste le plus souvent attaché aux présences angéliques, au mystère et à une forme de sensualité rêveuse. 
 
Gaspard Kiejman
 
* Pour en savoir plus sur l’invention des instruments électroniques, lire Les Fous du son de Laurent de Wilde (Grasset, 2016). 
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Écouter Turangalîla

Messiaen, Turangalîla

Messiaen, Turangalîla | Maison de la Radio
Concert symphonique

Orchestre Philharmonique de Radio France

Susanna Mälkki direction
Roger Muraro piano
Créée à Boston en 1949 sous la direction de Leonard Bernstein, la Turangalîla Symphonie est une glorification purement instrumentale du mythe de Tristan et Iseult.
Vendredi29mars201920h00 Radio France - Auditorium

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