Le concerto selon Prokofiev

Vendredi 16 octobre 2015
Le concerto selon Prokofiev | Maison de la Radio
Deux concertos pour piano de Prokofiev sont à l’affiche des programmes de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, les 16 et 23 octobre.

PROKOFIEV, COMME BEETHOVEN ET SAINT-SAËNS, a écrit cinq concertos pour piano et orchestre. Les deux premiers furent composés alors qu’il était encore étudiant au conservatoire de Saint-Pétersbourg. Ce sont des pièces d’une violence allègre, dans lesquelles on retrouve la sauvagerie juvénile et le besoin de séduire caractéristiques de l’auteur de la Suite scythe. Le Troisième, créé le 16 décembre 1921 à Chicago par le compositeur, sous la direction de Frederick Stock, est le plus fréquemment interprété des cinq, c’est aussi celui qui semble avoir la préférence des admirateurs de Prokofiev (qui l'enregistra sur 78 tours en juin 1932).
 
On peut lire sous sa plume, à l’issue d’un concert donné à Léningrad lors de sa tournée en Russie en 1927 : « Le Troisième Concerto se passe bien. Je suis relativement calme, même si je ne peux pas me flatter du calme olympien qui me procurait tant de joie dans ma dernière tournée américaine. Pas d’applaudissements entre les mouvements du concerto, mais, à la fin, les hourras sont les mêmes qu’à Moscou ». Et Poulenc : « A vrai dire ses longs doigts spatulés adhéraient au clavier comme une voiture de course à la piste d'un autodrome. (...) On peut vraiment parler, lorsqu'il s'agit du jeu de Prokofiev, de la détente d'un moteur de précision ».
 
De Saint-Brévin-les-Pins à la gavotte
 
Les premières esquisses de certains motifs de la partition remontent à 1911, mais l’œuvre fut sérieusement entreprise en 1917, alors que Prokofiev se trouvait en Russie, et ne fut achevée qu’en France pour se voir créée aux États-Unis. La Révolution russe aidant, Prokofiev avait quitté la Russie en 1918 et s’était fait à l’idée que son destin, au moins à cette époque, devait faire de lui un artiste cosmopolite, brillant, mondain, fêté autant à Paris qu’aux États-Unis. Le poète Constantin Balmont, qui se trouvait à Saint-Brévin-les-Pins en même temps que Prokofiev à l’époque où fut achevé le concerto, lui dédia un sonnet flamboyant qui s’achève par le vers : « Le Scythe invincible frappe dans le tambourin du soleil » (Prokofiev reviendra toutefois en Russie une première fois en 1927, comme on l'a vu, pour s’y réinstaller définitivement à partir de 1936, au début des pires années staliniennes).
 
Le premier mouvement du Troisième Concerto commence par une phrase d’une douceur pastorale énoncée par la clarinette. Nous sommes en Russie, mais nous n’y resterons pas : voici venir le piano, violent, turbulent, percussif. Plus loin, des castagnettes viennent colorer ce mouvement endiablé, d’une énergie très motorique, dans lequel Prokofiev, au milieu des bois crépitants, de la bravoure exigée du pianiste et du dynamisme général, n’a voulu exprimer qu’une nostalgie très passagère. Le deuxième mouvement est une suite de variations sur un thème de gavotte en mineur, acide et léger, exposé par la flûte. Cette danse de la toute fin du XVIe siècle, très en vogue au siècle suivant, Prokofiev l’avait déjà utilisée dans sa Symphonie classique de 1917. Le Tombeau de Couperin de Ravel, qui reprend lui aussi des formes de danse avec la même ironie sentimentale, a été achevé en 1917 : l’heure est à l’hommage, certains diront un peu vite : au néo-classicisme. Le troisième mouvement s’ouvre sur une intervention goguenarde des bassons et des cordes en pizzicato. Il utilise deux thèmes d’un quatuor à cordes commencé en 1918 mais resté inachevé. Avec un véritable mouvement dans le mouvement : plage élégiaque qui permet au finale, le rêve une fois dissipé, de se conclure à la manière d’une mécanique éclatante et irrésistible.
 
Motorique et percussif
 
Le Cinquième Concerto, lui, fut créé le 31 octobre 1932 à Berlin par le compositeur, sous la direction de Wilhelm Furtwängler, devant un auditoire où l’on pouvait reconnaître Schoenberg et Stravinsky. Comme le remarque Hélène Cao, ce dernier concerto pour piano de Prokofiev adopte une structure originale, en cinq mouvements : « Aux trois volets habituels vif-lent-vif s’ajoutent le Moderato ben accentuato et  l’Allegro con fuoco. Le compositeur met en valeur sa virtuosité instrumentale, car si l’orchestre se voit attribuer un rôle important, le pianiste joue presque en permanence, multipliant les traits rapides, les déplacements périlleux, les notes répétées et les scansions percussives ».
 
Percussif : un mot qui pourrait peut-être suffire pour désigner l’apport de Prokofiev à la technique du piano.
 
Christian Wasselin
 
Les concerts des 16 et 23 octobre seront diffusés en direct sur France Musique.

INSCRIPTION AUX NEWSLETTERSX

Chaque mois, recevez toute l’actualité culturelle de Radio France : concerts et spectacles, avant-premières, lives antennes, émissions, activités jeune public, bons plans...
Sélectionnez la ou les newsletters qui vous ressemblent ! 

Séléctionnez vos newsletters

(*) Informations indispensables

Les données recueillies par RF sont destinées à l’envoi par courrier électronique de contenus et d’informations relatifs aux programmes, évènements et actualités de RF et de ses chaînes selon les choix d’abonnements que vous avez effectués. Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, ainsi qu’au règlement européen n°2016-679 relatif à la protection des données personnelles vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition et de portabilité sur les données vous concernant ainsi qu’un droit de limitation du traitement. Pour exercer vos droits, veuillez adresser un courrier à l’adresse suivante : Radio France, Délégué à la protection des données personnelles, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16 ou un courriel à l’adresse suivante : dpdp@radiofrance.com, en précisant l’objet de votre demande et en y joignant une copie de votre pièce d’identité.

Conformément aux dispositions susvisées, vous pouvez également définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication des données vous concernant après votre décès. Pour cela, vous devez enregistrer lesdites directives auprès de Radio France. A ce titre, vous pouvez choisir une personne chargée de l’exécution de ces directives ou, à défaut, il s’agira de vos ayants droits. Ces directives sont modifiables à tout moment.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter vos droits sur le site de la CNIL