Le Grand Tour du National

Mercredi 9 septembre 2020
Le Grand Tour du National | Maison de la Radio
À l’heure où il est de nouveau permis de voyager, bien que les expéditions lointaines restent interdites, l’Orchestre National de France inaugure son Grand Tour : une série de concerts dans toute la France qui emmènera les musiciens de Chambéry à Mérignac, d’Amiens à Grenoble.
 
L’Orchestre National de France, comme son nom l’indique, est l’orchestre de toute la France. C’est pourquoi, outre ses concerts à Paris et ses tournées internationales, il effectue désormais chaque saison un Grand Tour, dans l’esprit des nombreux artistes qui, au XVIIIe et au XIXe siècle, partaient de nombreux mois visiter les sites et les paysages emblématiques de l’Europe : ceux de l’Italie, en particulier, nourrissaient leur expérience intérieure et stimulaient leur imagination et leur pratique artistique. De même, l’Orchestre National se rendra dans des villes où l’appétit pour le répertoire orchestral est grand.
 
Ce Grand Tour, dont la double vocation est d’initier et d’épanouir, prendra peu à peu de l’étoffe dès la saison 2020-2021, au cours de laquelle l’ONF donnera une vingtaine de concerts dans la France entière.
 
Mais comment est née cette aventure de l’esprit européen qui s’appelle Le Grand Tour ?
 
Hamlet évoque « la carte de cette contrée inconnue d’où nul voyageur ne revient ». Nous sommes en 1600, et l’idée du voyage cultivé commence à faire son chemin. Partir admirer les beautés lointaines est en effet subordonné aux possibilités de voyager avec une certaine sécurité. Le pèlerin du Moyen Âge, qu’il se rendît à Rome, à Jérusalem ou à Compostelle, devait affronter les bandits de grand chemin et coucher dans des bouges. « À la suite du traité de Cateau-Cambrésis en 1559 et de la paix avec l’Espagne, raconte Jean-Claude Simoën, la sécurité des routes n’est plus un leurre, même si les bandits sont encore légion dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Les itinéraires se précisent, les villes se font plus accueillantes. Du voyage à dos de cheval, on passe au voiturin, véhicule à deux roues, puis rapidement à la voiture à quatre roues du XVIIIe siècle, confortable et rapide. Le tourisme – issu du mot tour et signifiant excursionner – voit ainsi le jour. » Avec le XIXe siècle, l’invention du chemin de fer et le développement de l’hôtellerie, partir au loin sera de plus en plus facile et banal.
 
Voyager n’est cependant pas donné à tout le monde. Il faut les moyens, le désir, la curiosité. « Dès le XVIe siècle, poursuit Simoën, le voyage en Italie parachève l’éducation de tout Européen éclairé, qui, de bonne famille et riche de surcroît – car un tel périple coûte cher –, se montre désireux de parfaire ses connaissances artistiques et historiques. (…) Le physicien Andrew Boarde mais surtout Richard Rowlands en 1576 sont les instigateurs involontaires de ce qu’on appellera Le Grand Tour, longue quête initiatique de la connaissance à travers l’Europe. »
 
De juin 1580 à novembre 1581, ainsi, Montaigne fait son grand tour : « Je ne connais autre meilleure école (…) que de mettre continuellement en avant la diversité de tant d’autres vies, idées, usages et de goûter ainsi à une variété perpétuelle des formes de notre nature. » Parti de Beaumont-sur-Oise, au nord de Paris, il suit le cours de la Marne, traverse les Vosges, arrive à Bâle, parcourt la Suisse, la Bavière, le Tyrol, descend en Italie jusqu’à Ostie (au sud de Rome), remonte via Sienne et Pavie, franchit les Alpes, et rejoint son château voisin de Bordeaux en passant par Lyon et Limoges.
 
Au siècle suivant, nombreux sont les peintres français, tels Poussin et Claude Lorrain, qui se rendront en Italie, au point que Chateaubriand pourra écrire : « Ce sont les yeux français qui ont le mieux vu la lumière d’Italie. » Car c’est l’Italie bien sûr, où l’on accède après avoir traversé la France, qui remporte tous les suffrages. « Résumez ! Dites que le Créateur a fait l’Italie d’après les plans de Michel-Ange ! », s’exclame Mark Twain. De Montesquieu à Schopenhauer, de Liszt et Byron à Nietzsche, ils en raffolent tous, et ne se contentent pas de visiter Rome ou Venise. « Je cédais à mon penchant pour les explorations aventureuses, et me sauvais aux Abruzzes quand l’ennui de Rome me desséchait le sang », confesse Berlioz. Et ailleurs, à propos de Florence : « C’est une ville que j’aime d’amour. Tout m’en plaît, son nom, son ciel, son fleuve, ses poutres, ses palais, son air, la grâce et l’élégance de ses habitants, les environs, tout, je l’aime, je l’aime… »
 
On raconte que Goethe, à la recherche des commodités dans la cour d’une auberge, s’adressa un soir à un domestique qui lui fit la réponse suivante : « Là où vous préférez ! » Ce qui ne l’empêcha pas d’écrire : « J’ai l’impression d’être né ici, d’y avoir été élevé et de revenir maintenant d’un voyage au Groenland ou d’une chasse à la baleine. » Mendelssohn, présenté à Goethe alors qu’il n’a que douze ans, longera la côte des îles Hébrides, galopera dans les ruines de Rome en compagnie de Berlioz, et composera une Symphonie écossaise et une Symphonie italienne.
 
Il y a aussi l’Espagne. Mise à la mode par Beaumarchais, elle devient objet de rêve ou de curiosité avec Hernani puis Carmen, avant qu’Albeniz et Falla se lient d’amitié avec Ravel et Debussy à Paris. « Un spectacle dont les peuples du Nord ne peuvent se faire une idée, c’est l’alameda de Grenade au coucher du soleil », écrit Théophile Gautier.
 
Le Grand Tour ne se résume cependant pas à l’Europe méridionale. L’historien de l’art Élie Faure pose la question : « Où donc Rembrandt eût-il pris son or et ses rouges, et cette lumière argentée ou roussâtre où le soleil et la poussière d’eau se mêlent, s’il n’eût toujours vécu à Amsterdam ? (…) Où donc eût-il pris son désir des voyages imaginaires, des lointaines mers entrevues, de cet Orient magique qu’il apercevait comme une poussière dansante dans une flèche de soleil, lorsqu’il faisait descendre un rayon de sa lumière jusque dans les caves en contrebas où filtre l’humidité des canaux ? » De William Beckford à Aragon, le voyage de Hollande est devenu un classique littéraire et sentimental.
 
Il y aurait aussi le voyage en Russie, ou le voyage en Orient, sur les traces de Chateaubriand, de Lamartine, de Nerval, de Flaubert. Mais il nous entraînerait trop loin. Nos prochaines étapes sont à Chambéry puis à Sénart, là où l’Orchestre National a fixé les premières étapes de son Grand Tour, les 2 et 16 octobre.
 
Christian Wasselin


 
 

Les étapes du grand tour de l'Orchestre National

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Concert symphonique

Orchestre National de France

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« Parmi trop de stupides ballets, il y eut une manière de chef d’œuvre : la Namouna d’Édouard Lalo », affirmait Debussy. 
Vendredi02octobre202020h00 HORS LES MURS Espace Malraux, Chambéry
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Concert symphonique

Orchestre National de France

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Nous ne sommes pas encore le 31 décembre, mais il n’y a pas de date pour écouter des valses de Strauss et pour parcourir les paysages de l’empire austro-hongrois en...
Vendredi16octobre202020h30 HORS LES MURS Théâtre-Sénart
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Concert symphonique

Orchestre National de France

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Un hommage rendu par Ravel à Rameau, voilà qui laisse supposer un concert à la gloire de la musique française par-delà les siècles.
Vendredi04décembre202020h30 HORS LES MURS MC2, Grenoble
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Concert symphonique

Orchestre National de France

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Un concert pour passer le cap de l’année comme on en fait peu ! 
Samedi02janvier202120h00 HORS LES MURS Grand théâtre de Provence
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Concert symphonique

Orchestre National de France

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Deux pages majeures de la fin du XIXe siècle.
Vendredi22janvier202120h30 HORS LES MURS Théâtre Impérial, Compiègne
Rimski-Korsakov, Shéhérazade : Hors les murs | Maison de la Radio

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Concert symphonique

Orchestre National de France

Gianandrea Noseda direction / Alexander Toradze piano
Shéhérazade n’a pas fini de nous raconter les plus belles histoires des Mille et une nuits.
Vendredi29janvier202120h30 HORS LES MURS L'Équinoxe, Châteauroux
L’Oiseau de feu : Hors les murs | Maison de la Radio

L’Oiseau de feu : Hors les murs

Concert symphonique

Orchestre National de France

Cristian Măcelaru direction / Luc Héry violon
Ce concert est tout entier placé sous le signe de la transfiguration. 
Samedi20mars202120h00 HORS LES MURS Théâtre de Caen
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Concert symphonique

Orchestre National de France

Cristian Măcelaru direction / Joshua Bell violon
Schubert est le champion de l’inachèvement, mais il lui est arrivé aussi de s’emparer des grandes formes comme c’est le cas de la majestueuse Symphonie...
Vendredi09avril202120h00 HORS LES MURS Grand théâtre de Provence
Le Sacre du printemps, Cristian Măcelaru : Hors les murs | Maison de la Radio

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Concert symphonique

Orchestre National de France

Cristian Măcelaru direction / Simon Trpčeski piano
L’année 1913, dans l’histoire de la musique, reste celle du Sacre du printemps, dont la chorégraphie de Nijinski, déclencha un chahut mémorable
Vendredi23avril202120h30 HORS LES MURS Maison de la Culture, Amiens
Le Sacre du printemps, Cristian Măcelaru : Hors les murs | Maison de la Radio

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Orchestre National de France

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Mardi27avril202120h30 HORS LES MURS Le Pin Galant, Mérignac
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Jeudi29avril202120h30 HORS LES MURS Théâtre Quintaou, Anglet

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