Le monde selon Philippe Boesmans

Jeudi 29 janvier 2015
Le monde selon Philippe Boesmans | Maison de la Radio
Du 22 au 27 février, l’Opéra Comique reprendra Au monde de Philippe Boesmans, créé l’an dernier à La Monnaie de Bruxelles. L’Orchestre Philharmonique de Radio France sera dans la fosse. Rappelons-nous comment l’opéra, genre autrefois honni, a stimulé la fécondité de Boesmans et assuré sa renommée.

« Quand on écoute une scène de Reigen ou d’Yvonne, on sait immédiatement qu’on a affaire au même compositeur. Boesmans est de plus en plus émancipé, il n’éprouve aucun complexe à ne pas être sériel ou spectral, il ne craint pas d’être tonal puis, dans la scène suivante, de ne faire référence à aucun accord. »* Ainsi parle Sylvain Cambreling, chef d’orchestre et complice de longue date de Philippe Boesmans. Car Philippe Boesmans fait partie des compositeurs fêtés de notre époque. Fêtés, car il compose des opéras depuis trente ans avec une belle régularité ; fêtés, car ses opéras sont créés mais aussi, ce qui ne va pas de soi aujourd’hui, régulièrement repris. Julie a fait l’objet de six ou huit productions depuis sa création à La Monnaie en 2005.
 
Né à Tongres, dans l’est de la Belgique, en 1936, Philippe Boesmans est entré à seize ans au Conservatoire de Liège et s’apprêtait à devenir pianiste. Il se lance très tôt dans la composition, à une époque où on aime expérimenter, et surtout où on récuse l’opéra : bourgeois, bouffi, moribond, réactionnaire. Mais Gerard Mortier a la bonne idée de lui commander malgré tout un premier opéra : ce sera La Passion de Gilles, créé en 1979 à La Monnaie de Bruxelles. Le livret est de Pierre Mertens, Pierre Bartholomée dirige l’ouvrage, Daniel Mesguich signe la mise en scène. Dix ans après, c’est Reigen (la Ronde), d’après une pièce de Schnitzler qui a aussi inspiré une pièce à Max Ophuls. Reigen marque sa première collaboration avec Luc Bondy, librettiste et metteur en scène. Suivront deux autres opéras en allemand, jusqu’à Yvonne, princesse de Bourgogne, créé au Palais Garnier en 2009, dont Luc Bondy écrit le livret en français.
 
Convention et prosodie
 
« Excepté La Passion de Gilles, j’ai fait tous mes opéras (Wintermärchen, Reigen, Julie) sur des livrets allemands, tous écrits d’ailleurs par Luc Bondy. Les phrases en français ne prennent pas la même direction qu’en allemand. La langue donne un caractère au chant et à la musique en général, l’orchestre lui-même s’en ressent, ce qui fait que la partition d’Yvonne est beaucoup plus française que celle de mes autres opéras. On y retrouve les conventions de l’art lyrique français, celles qu’il y a aussi chez Rameau, Berlioz, Massenet ou Offenbach : une manière de prosodier, une manière colorée d’utiliser les bois et les cors plutôt que le tutti. »
 
Les souvenirs affluent chez Boesmans. Bien des commentateurs ont souligné les références dont sont émaillées ses partitions (Wagner, Richard Strauss…), mais il reste un artisan qui essaye de résoudre en souriant le paradoxe du musicien : « Je cherche le naturel, mais le naturel ne coule pas de source ! » ; il n’est jamais dans la théorie, il ne cherche pas à faire entrer ses opéras dans des schémas préconçus : « Rien n’est préalable ». Règle qui n’en est pas une et qu’il suit avec une obstination espiègle.
 
L’évasion plutôt que la table rase
 
Lui qui prône « l’évasion lyrique », lui qui a jeté par-dessus les moulins les interdits des années 60 et 70, le voici qui jette un regard sans nostalgie sur la manière dont il a évolué : « Oui,  ma langue a changé à cause de l’opéra. Et ma musique a été plus connue à partir du moment où j’ai fait des opéras. Dans les années 60, la musique était plus abstraite, plus formelle, elle produisait des constellations, des formes suspendues. La langue post-sérielle ne permettait pas d’être drôle ou abject et les opéras que j’ai composés après La Passion de Gilles m’ont poussé à trouver autre chose, à revenir à des comportements antérieurs à la musique sérielle. Aujourd’hui, on peut dire de ma musique qu’il s’agit d’une musique tonale fêlée, ou d’une musique sérielle fêlée ! Pourquoi rejeter tout ce qui a été fait avant nous ? La table rase est un mythe ».
 
Il ne nous reste plus qu’à retrouver Boesmans, cette fois à l’occasion d’Au monde, créé au printemps 2014 à La Monnaie. Le livret est cette fois signé Joël Pommerat, d’après sa pièce éponyme, qui signe aussi la mise en scène. Une sombre histoire de famille qui montre à quel point, de la fable médiévale à la tragédie comique, de Shakespeare et Strindberg à Schnitzler, Boesmans est à l’aise avec toutes les humeurs, tous les drames et tous les décors.
 
Florian Héro
 
* Les propos cités viennent de différents entretiens accordés à Opéra Magazine.
 
A lire : Cécile Auzolle, Vers l’étrangeté ou l’opéra selon Philippe Boesmans (Actes Sud).

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