Le Songe de Mendelssohn

Samedi 21 mars 2015
Le Songe de Mendelssohn | Maison de la Radio
Avec Macbeth, du 4 au 16 mai, Daniele Gatti portera à l’incandescence l’un des opéras les plus noirs de Verdi, qui fut toute sa vie hanté par le théâtre de Shakespeare. Mais l’ombre du poète anglais rôdera également dans deux concerts : celui du 10 mai et celui du 16 avril, avec un autre Macbeth (celui de Richard Strauss) et la version intégrale du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn.

IL est tentant d’associer la composition de l’Ouverture du Songe d’une nuit d’été, entreprise par un Mendelssohn de dix-sept ans, à la création toute récente d’Oberon de Carl Maria von Weber dont la mort prématurée, le 5 juin 1826, dut navrer le jeune Felix. Comme il avait pu prendre connaissance de la partition en cours d’édition, la quasi-citation du Mermaid’s Song qui clôt l’ouverture a l’accent d’un adieu. Plus généralement, la légèreté inouïe de l’écriture de Mendelssohn (qui illuminait déjà son Rondo capriccioso et le scherzo de son Octuor) témoigne d’une connivence avec son aîné.
 
Mais c’est aussi par l’abondance des idées que cette ouverture se rapproche de celles de Weber, et surtout par la façon dont ces motifs sont liés entre eux de façon à concilier le jaillissement d’un apparent pot-pourri avec le dynamisme logique de la forme sonate. Après les accords impalpables où filtre la magie du mode majeur, les violons divisés (les elfes ?) babillent en mineur comme s’ils voulaient se cacher. Un premier thème, qui surgit fortissimo, les bouscule, tandis qu’un autre, à la dominante, impose sa mélancolie. Comble d’ironie, la progression lyrique qui s’ensuit bute sur des motifs dérisoires culminant avec l’imitation du braiement de l’âne. Le développement, la réexposition et la conclusion préserveront la même spontanéité.
 
L’importante musique de scène, commandée par le roi de Prusse Friedrich Wilhelm IV en 1843, où pages orchestrales (entractes, marches, danses) et épisodes chantés alternent avec les mélodrames (dialogues parlés entremêlés de musique) n’emprunte à l’ouverture que les pitreries de la Danse des clowns et la trame du Finale. Tout est neuf mais, à dix-sept ans de distance, Mendelssohn a conservé verve et fraîcheur de l’adolescence. Le Scherzo où, fidèle à lui-même, il use des teintes pastels du mode mineur, semble tracé avec la pointe d’une aiguille : bois et cordes y jouent à cache-cache et la forme elle-même tient plutôt du rondo, voire du rondo-sonate. Le frémissant mi mineur de la Marche des elfes offre un paradoxe de mouvement et de suspension : les génies se déplacent mais sans toucher le sol et l’éclat même de leur fanfare confine au silence.
 
Oberon et la forêt
 
L'air avec chœur qui s’adresse aux « serpents tachetés » en reprend l’image ondulante. La souplesse ondoyante de ce mouvement perpétuel rappelle celle de la Romance sans parole connue sous le titre « La Fileuse » : les voix semblent y picorer leurs syllabes. Le ton de l’Intermezzo est plus dramatique : partie à la recherche de Lysandre, Hemia finit par se perdre dans la forêt. Obsessionnelle, tournant et retournant sur elle-même, la musique distille une angoisse sourde, mais les couleurs ne sont jamais ternes grâce à l’emploi des registres instrumentaux les plus favorables. La survenance de la troupe des comédiens amateurs clôt cette page de la manière la plus imprévue.
 
Est-ce le cor magique d’Oberon qui chante l’ineffable mélodie du Nocturne si bien conçue pour l’instrument sans pistons où chaque note, ouverte ou bouchée, a sa couleur propre ? Les autres timbres (des violons, du hautbois, des clarinettes, des flûtes) viendront tour à tour caresser le sommeil des amants et vivifier la forme qui, sous l’apparence d’incessantes réitérations, progresse jusqu’au sommet dramatique au centre du développement modulant avant de se dénouer dans une reprise variée. Il n’est pas interdit d’y entendre la plus onirique des scènes d’amour.
 
La Marche nuptiale est si connue (encore qu’on l’entende souvent dans un tempo trop large) que tout commentaire serait superflu. Sa popularité tient à un artifice souvent imité depuis lors : fuir le ton principal pour mieux y arriver. C’est l’exclamation initiale en mi mineur qui porte l’ut majeur à incandescence. Parodique, la Marche funèbre, confiée aux timbales, au basson et à la rude clarinette en ut dans des registres peu flatteurs, se distingue par les qualités inverses. La Danse des clowns est une reprise variée d’un passage de l’ouverture, tout comme le Finale où les voix se superposent, comme par magie, au bruissement du vol des elfes développé en conséquence.
 
Gérard Condé
 
Le concert du 16 avril sera diffusé en direct sur France Musique et sur le réseau de l’UER.

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