Le splendide isolement de la Grande Fugue

Mercredi 4 mars 2020
Le splendide isolement de la Grande Fugue | Maison de la Radio
Les Diotima jouent cette saison les cinq derniers quatuors de Beethoven. Qui sont en réalité six.
L’action est à Vienne, le 21 mars 1826. Ce soir-là est créé le Treizième Quatuor à cordes, op. 130 de Beethoven. Un quatuor immense, sans modèle, sans postérité, dont chacun des mouvements est accueilli d’une manière différente : deux mouvements (sur six) sont bissés, mais le finale déconcerte. Il s’agit d’une fugue, certes, mais d’une fugue hors norme, qui dure seize minutes et provoque l’affolement de l’éditeur Artaria. Persuadé que l’œuvre ne pourra pas se vendre avec un pareil monstre en guise de dernier mouvement, il prend son courage à deux mains et fait une proposition à Beethoven : écrire un nouvel Allegro pour terminer le quatuor qui vient d’être créé, et publier la Grande Fugue à part. Outré, accablé, Beethoven se rendra cependant à cette triste raison. Expulsé comme un malpropre du Quatuor op. 130, le vaste finale qu’il a imaginé deviendra une page autonome, connue sous le nom de Grande Fugue. On lui attribuera le numéro d’opus 133 et on l’équipera d’une dédicace à l’archiduc Rodolphe, protecteur et élève de Beethoven, et dédicataire du Trio « à l’archiduc » et de la Missa solemnis.

« Toutes sortes d’initiations à la Grande Fugue peuvent être tentées – je n’y ai pas manqué –, son écoute ne laissera pour autant personne en paix. Et c’est tant mieux », écrit Rémy Stricker.

La Grande Fugue est un quatuor isolé dans un superbe exil. Prodigieux maelström thématique et harmonique, c’est aussi un monument d’austérité sonore et formel. Beethoven revient à une forme a priori académique (comme il l’a fait avec la forme de la variation) et conçoit une page d’une tension inouïe qui exige qu’on l’écoute comme on la contemplerait, avec à l’esprit cette réflexion de l’écrivain allemand Karl Philipp Moritz, contemporain du grand Ludwig : « Alors que le beau attire entièrement notre contemplation, il la distrait pendant un instant de nous-même et fait que nous semblons nous perdre dans le bel objet ; et cette perte justement, cet oubli de nous, constitue le degré suprême du plaisir pur et désintéressé que nous offre le beau. À ce moment-là, nous immolons notre existence individuelle et limitée à une sorte d’existence supérieure. »
 
Christian Wasselin
 

Ecouter la Grande Fugue

Quatuor Diotima, Beethoven

Quatuor Diotima, Beethoven | Maison de la Radio
Concert de musique de chambre

Quatuor Diotima

Suite des derniers quatuors de Beethoven par les Diotima : deux opus, mais aussi la Grande Fugue, qui est un quatuor à soi seul.
Mardi10mars202020h00 Maison de la radio - Auditorium

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