Les anges de Rautavaara

Mardi 22 septembre 2015
Les anges de Rautavaara | Maison de la Radio
Mikko Franck dirigera, le 2 octobre, Angels and Visitations de son compatriote Rautavaara. Une œuvre créée en 1978 à Helsinki par l’Orchestre symphonique de la radio finlandaise sous la direction de Jussi Jalas et dédiée, précisément, au directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Radio France.

DOYEN DES COMPOSITEURS finlandais, Einojuhani Rautavaara (né en 1928) est un « homme aux mille visages ». Fondamentalement postromantique, il ne s’interdit aucun des modes d’expression apparus au cours du XXsiècle, touchant aussi bien au néoclassicisme (A Requiem in Our Time, 1953) qu’au sérialisme (Arabescata, 1963), au minimalisme qu’à l’électro-acoustique. L’une de ses œuvres les plus populaires, Cantus arcticus (1972), associe de façon inédite l’orchestre symphonique à des chants d’oiseaux enregistrés. Auteur de huit symphonies, il est aussi un digne successeur de Sibelius, qui l’a encouragé à ses débuts, mais sa capacité à jongler avec les styles le rapprocherait plutôt de Stravinsky.
 
La fascination de Rautavaara pour les réalités invisibles apparaît de façon éclatante dans sa trilogie orchestrale inspirée par les anges, composée d’Angels and Visitations, du concerto pour contrebasse Angel of Dusk (Ange du crépuscule, 1980) et de la Septième Symphonie « Angel of Light » (Ange de lumière, 1994). Inquiétantes créatures d’un autre monde, les anges de Rautavaara n’appartiennent pas à la tradition biblique mais sont plutôt parents de ceux que Rainer Maria Rilke invoque dans ses Elégies de Duino (1923). Comme l’écrit le poète autrichien, « tout ange est terrible », et « si l’un d’eux soudain me prenait sur son cœur : de son existence plus forte je périrais ».
 
Le maléfice de la beauté
 
Or, Rautavaara se souvient dans Angels and Visitations de cauchemars de son enfance où l’un de ces êtres survenant l’obligeait à lutter jusqu’à son réveil. Ses anges sont donc bien maléfiques. S’ils sont beaux, c’est d’une beauté fatale car « le beau n’est que le commencement du terrible » (Rilke).
 
La synthèse entre des sonorités « contemporaines » et une harmonie d’inspiration tonale donne à cette œuvre une force étonnante. Dès le commencement, l’angoisse est palpable : un motif proliférant aux cordes, peu à peu submergé par la houle des instruments de percussion. Lorsque la douceur s’installe, elle s’avère bientôt trompeuse. Tout au long de la pièce, la violence succède au calme, brusquement ou par glissements imperceptibles, de telle manière que l’auditeur se sent toujours « menacé ».
 
L’orchestre déroute par sa capacité à incarner, tour à tour ou simultanément, les épanchements les plus tendres, les éruptions les plus brutales, les atmosphères les plus inquiétantes, les sonorités les plus irréelles, grâce à une abondante percussion et à un pupitre de cuivres renforcé par quatre tubas wagnériens. L’un des effets les plus terrifiants est peut-être celui des deux « rugissements de lion » (lion’s roars, instruments de percussion) qui, au milieu de la pièce, imitent à la perfection le cri… de l’ange.
 
Gilles Saint-Arroman
 
Le concert du 2 octobre sera diffusé en direct sur France Musique.

INSCRIPTION AUX NEWSLETTERSX

Chaque mois, recevez toute l’actualité culturelle de Radio France : concerts et spectacles, avant-premières, lives antennes, émissions, activités jeune public, bons plans...
Sélectionnez la ou les newsletters qui vous ressemblent ! 

Séléctionnez vos newsletters

(*) Informations indispensables

Les données recueillies par RF sont destinées à l’envoi par courrier électronique de contenus et d’informations relatifs aux programmes, évènements et actualités de RF et de ses chaînes selon les choix d’abonnements que vous avez effectués. Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, ainsi qu’au règlement européen n°2016-679 relatif à la protection des données personnelles vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition et de portabilité sur les données vous concernant ainsi qu’un droit de limitation du traitement. Pour exercer vos droits, veuillez adresser un courrier à l’adresse suivante : Radio France, Délégué à la protection des données personnelles, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16 ou un courriel à l’adresse suivante : dpdp@radiofrance.com, en précisant l’objet de votre demande et en y joignant une copie de votre pièce d’identité.

Conformément aux dispositions susvisées, vous pouvez également définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication des données vous concernant après votre décès. Pour cela, vous devez enregistrer lesdites directives auprès de Radio France. A ce titre, vous pouvez choisir une personne chargée de l’exécution de ces directives ou, à défaut, il s’agira de vos ayants droits. Ces directives sont modifiables à tout moment.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter vos droits sur le site de la CNIL