Les entretiens de Présences (4) : Pécou

Mercredi 4 Février 2015
Les entretiens de Présences (4) : Pécou | Maison de la Radio
Thierry Pécou : l’écriture et l’oralité.

Thierry Pécou, comment devient-on compositeur ?
L’une de mes tantes jouait du piano, mais elle est décédée trop tôt pour que j’aie pu l’entendre, et mon grand-père aimait la musique, mais il n’y avait pas vraiment de musique à la maison. Mon frère a un jour émis le souhait de faire du piano, et je m’y suis mis à mon tour par mimétisme. Très vite, dès l’âge de dix ans, j’ai eu le désir d’écrire de la musique. J’étais fasciné par cette mention qui figurait dans mon livre de partitions : « Menuet composé par Mozart à l’âge de six ans ». Je me rendais compte combien j’avais de retard ! Mais à cette époque je ne m’intéressais pas au répertoire classique et romantique, c’était surtout celui du début du XXe siècle qui me captivait : Debussy, Ravel, Stravinsky. Vers dix-huit ans, j’ai commencé à étudier le contrepoint au CNR de Paris dans le cadre des horaires aménagés, parallèlement à mes études générales au lycée La Fontaine, dans le XVIe arrondissement. Puis je suis entré au CNSM dans la classe de Michel Philippot, en compagnie de Marc-André Dalbavie. Mais les études que j’ai suivies dans la classe d’analyse de Claude Ballif et dans celle de Serge Nigg en orchestration ont été plus formatrices.
 
Comment fait-on pour survivre quand on est compositeur ?
J’ai fait très tôt le choix de vivre de ma musique. J’ai eu la chance, étant pianiste, d’intégrer un ensemble de musique médiévale, Ars antiqua, où je jouais du positif, puis j’ai commencé à avoir des commandes. J’ai aussi créé l’ensemble Zelig, en 1999. Avoir un ensemble était un vieux rêve, qui me permettait de ne pas rester dans une tour d’ivoire, et au contraire d’être impliqué dans le jeu. Zelig était un ensemble ouvert permettant des rencontres avec d’autres compositeurs. Une scission, il y a cinq ans, m’a permis de créer un nouvel ensemble, Variances, dans le même esprit. Nous faisons entendre des pièces nouvelles mais aussi des programmes mixtes, avec notamment des œuvres du XXe siècle. J’ai le souci de créer un lien avec les musiques de l’oralité, dans le but de faire des échanges directs avec des musiciens, et surtout de faire entendre des musiques de compositeurs concernés par ce dialogue. Ce sera le cas lorsdes concerts que nous donnerons dans le cadre de Présences.
 
Votre musique semble avoir été marquée par les voyages que vous avez faits…
Quand j’étais au conservatoire, je me sentais étouffé par le dogmatisme ambiant. Mes premiers voyages avec Ars antiqua, en Corée, au Japon et ailleurs, m’ont fait prendre conscience de la diversité des musiques du monde. J’ai senti les appels des ailleurs et j’ai fait de mes œuvres des retraductions poétiques de ces voyages. Cette expérience est devenue une démarche. J’ai des origines antillaises et je me sens naturellement perméable à des influences que je retraduis à ma manière. Au fil de mes voyages, j’ai senti en moi une plus forte attirance pour certains pays comme le Mexique où je suis retourné à plusieurs reprises. En réalité, je suis très attiré par l’Amérique latine en général et par les musiques amérindiennes, intérêt qui a mûri dans le cadre de ma résidence à la Casa de Velazquez en 1998-1999 qui m’a permis d’avoir un contact étroit avec le musée des Amériques et les chercheurs travaillant sur des matériaux archéologiques et musico-archéologiques. J’ai pu ainsi m’intéresser aux musiques qu’on appelle précolombiennes, celles qui ont disparu avec la conquête et celles qui subsistent.
 
Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?
Quelques communautés reculées, dans la forêt ou dans les Andes, continuent à pratiquer une musique peu christianisée. Il y aussi le travail d’universitaires en Équateur, au Pérou, au Chili, qui, à travers l’étude d’instruments pré-colombiens trouvés dans des fouilles, refabriquent des instruments à l’identique et forment des ensembles. Ils peuvent ainsi recréer de la musique avec des compositeurs qui ont une formation à l’européenne tout en s’inspirant de concepts philosophiques et sonores d’avant l’arrivée des Européens.
 
Ne sommes-nous pas là en plein pastiche, en plein simulacre ?
Ils ne sont pas dans la recherche de l’authenticité mais s’appuient sur l’histoire pour créer du nouveau. Il y a dans leur musique à la fois une trace venue du fond des âges et quelque chose qui leur est propre.
 
S’agit-il de ce qu’on pourrait appeler une musique archéologico-contemporaine ?
En quelque sorte, oui. Personnellement, je ne suis pas cette démarche, mais je m’en inspire. J’aime le dialogue entre l’écriture et l’oralité, je l’ai dit, tout en restant dans mon propre domaine : l’écriture, précisément, l’élaboration. L’oralité m’a permis de fuir le dogmatisme que j’ai évoqué. Dans la musique contemporaine, il y a un divorce entre l’esprit et le corps. J’ai voulu, moi, refaire surgir une dimension physique dans la musique, même écrite. En travaillant avec des processus venant de l’oralité comme la répétition, par exemple, ou un illustrant une manière de sentir le geste musical et de l’intégrer dans l’écriture. C’est le travail que nous menons avec l’ensemble Variances : un vrai travail d’interprétation avec des mouvements, avec le corps, tout en provoquant des rencontres avec d’autres compositeurs. A l’occasion de Présences, il s’agira de Lisa Bielawa, qui se situe en dehors des grands courants américains, et de Michael Ellison, qui vit en partie à Istanbul et qui aime les musiques de cette partie du monde comme j’aime celles de l’Amérique latine.
 
Propos recueillis par Christian Wasselin

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