Les musiciens dans la grande guerre

Mercredi 5 septembre 2018
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Les musiciens dans la grande guerre | Maison de la Radio
La « Grande Guerre », la tragédie, la mort… et la musique qui survit. De 1914 à 1918, au-delà de l’horreur, des compositeurs écrivent des œuvres qui traduisent une souffrance remplie d’espoir, et des interprètes parviennent à insuffler la vie dans le silence de la destruction. Cent ans après, des correspondances, des témoignages, des carnets de route et des documents nous racontent le traumatisme de toute une génération de musiciens qui ne cherchent qu’une chose : vivre de la musique face à la tourmente. Comment créer ? Faut-il écrire une musique pure ou une musique de combat ? Comment poursuivre sa vie de musicien quand tout s’effondre autour de soi ? L’avant-gardisme musical (déjà bien en place avec Debussy ou Schönberg, si opposés soient-ils) peut-il évoluer dans ce monde détruit ?

La musique comme une arme

Lors de la mobilisation générale, portés par l’élan patriotique, de nombreux compositeurs veulent interrompre leurs activités musicales pour s’engager aux côtés des combattants : André Caplet, Albert Roussel ou encore Maurice Ravel. Ne supportant pas l’idée de rester inactif, ce dernier n’a toutefois pas vécu la longue carrière militaire qu’il souhaitait. Il n’est resté au front « que » quelques mois durant l’année 1916. Il compose son Tombeau de Couperin pour piano seul de 1914 à 1917, avant d’orchestrer quatre des six pièces en 1919. Si l’œuvre s’inspire directement de Couperin et de la musique française du XVIIIe siècle, elle a la particularité de voir chacune des parties dédiée à un de ses amis, musicien ou non, mort au front.

En août 1914, le pianiste autrichien Paul Wittgenstein, amputé du bras droit après une blessure en Pologne, résolu à rester un grand pianiste, passe commande d’œuvres pour la main gauche seule auprès de Josef Labor, Franz Schmidt, Richard Strauss, Paul Hindemith, Benjamin Britten, Serge Prokofiev ou encore Maurice Ravel, qui lui écrit son fameux, sombre et complexe Concerto pour la main gauche dès 1929. Paul Wittgenstein retrouve la célébrité grâce à sa persévérance.

D’autres compositeurs créent loin des fronts. Dès son plus jeune âge, Lili Boulanger compose des œuvres qui semblent refléter sa destinée tragique et l’horreur qui allait frapper le monde. Elle remporte en 1913 le Premier Grand Prix de Rome avec sa cantate Faust et Hélène, mais quitte prématurément la Villa Médicis en août 1914. Elle revient à Paris et crée avec sa soeur Nadia le Comité franco-américain du Conservatoire national, qui apporte un soutien moral et financier aux musiciens mobilisés. Elles lancent également un journal, la Gazette des classes de composition du Conservatoire. Lili Boulanger, emportée par la maladie à l’âge de vingt-quatre ans, composera jusqu’à sa mort, le 15 mars 1918.

Des musiciens au front

Certains tentent de concilier sur le terrain engagement militaire et activité musicale. Si l’on permet à Hindemith de poursuivre sa carrière de violon solo à l’Opéra de Francfort, deux musiciens virtuoses se retrouvent ensemble au front, sauvés par leur instrument : le violoncelliste Maurice Maréchal et le violoniste Lucien Durosoir. Le premier est enrôlé comme partenaire de musique de chambre, et joue à l’arrière des tranchées lors de rares accalmies. Le second ne reprend son violon qu’à la fin 1915, quand il est chargé de former un quatuor : lui-même au premier violon, Henri Lemoine puis Pierre Mayer au second violon, André Caplet à l’alto et Maurice Maréchal au violoncelle (un instrument de fortune qu’il baptise lui-même « le Poilu »). Les multiples carnets et lettres de Durosoir et Maréchal témoignent d’un destin commun qu’ils partagent jusqu’à interpréter le même répertoire au front ! Néanmoins, au retour de la Grande Guerre, Maréchal poursuit sa carrière de violoncelliste tandis que Durosoir voit la sienne totalement brisée. Il se consacre alors entièrement à la composition comme une reconstruction après les traumatismes vécus. La naissance de sa propre musique est une thérapie au-dessus des angoisses.

Eugène Ysaÿe, Jacques Ibert, ou encore Albéric Magnard ont vu leur carrière musicale interrompue par la guerre. À l’arrivée des Allemands devant sa résidence à Baron, dans l’Oise, Magnard tire sur les soldats ennemis et périt dans l’incendie de sa maison le 3 septembre 1914. Il n’avait pas cinquante ans. Jacques Ibert, lui, rejoint le front en novembre 1914, à titre d’infirmier. La guerre l’empêche de composer (sauf quelques petites pièces) jusqu’en 1919, année où il obtient le Premier Grand Prix de Rome pour sa cantate Le Poète et la Fée. Il ne cesse alors de se consacrer à son art jusqu’à sa mort en 1962 et offre une musique pleine de fantaisie et d’élégance, au-delà de la terreur.

Une mémoire de la guerre ?

Aujourd’hui, des œuvres sont écrites en hommage aux « musiciens de la Grande Guerre ». En 2014, le compositeur belge Nicholas Lens écrit Shell Shock, A Requiem of War, opéra sur des textes de Nick Cave qui survole l’horreur des tranchées de 14-18. La création française de cette œuvre sera proposée exactement cent ans après l’Armistice, le 11 novembre prochain, à la Philharmonie de Paris.

Le Double Concerto pour violon et violoncelle de Philippe Hersant, co-commandé par Radio France, en hommage à Lucien Durosoir et Maurice Maréchal, sera créé le 16 novembre par l’Orchestre Philharmonique de Radio France sous la baguette de Pascal Rophé. Et alors que le monde s’oppose au cœur de la Seconde Guerre mondiale, Stravinsky (qui avait déjà imaginé son Histoire du soldat pour trois récitants et sept musiciens en 1917) dénonce furieusement tous les combats dans sa Symphonie en trois mouvements. Elle sera donnée lors du même concert.

La musique au secours de la guerre, encore de nos jours.

Gabrielle Oliveira Guyon
 
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