Les symphonies de Brahms ou l’autre tétralogie

Mardi 7 août 2018
Les symphonies de Brahms ou l’autre tétralogie | Maison de la Radio
Il est banal d’opposer Wagner et Brahms, le second ayant joué la carte de la tradition héritée de Beethoven, là où le premier cultivait à Bayreuth sa folie des grandeurs et inventait le drame musical. N’est-il pas temps de considérer autrement l’apport de l’auteur du Requiem allemand à l’histoire de la musique ? Le grand cycle que consacrent Emmanuel Krivine et l’Orchestre National de France à Brahms, à partir de septembre 2018, devrait nous aider à répondre à la question.
EST-CE UN SIGNE DU DESTIN ? La première des quatre symphonies de Brahms fut composée l’année même où le festspielhaus de Bayreuth était inauguré avec L’Anneau du Nibelung, que les Français désignent par le mot Tétralogie. Nous sommes alors en 1876 : Brahms, qui passe pour le musicien de la continuité, est pourtant de vingt ans le cadet de Wagner. Il passe aussi pour le disciple de Schumann, qui fut brièvement le condisciple de Wagner dans la classe de composition d’Heinrich Dorn à Leipzig. Pourtant, à l’opposé des quatre symphonies de Schumann qui, par leur facture et l’agencement de leurs mouvements, constituent autant d’expériences menées par leur auteur, les quatre symphonies de Brahms ne dérogent à aucune règle : elles ne cherchent pas l’aventure, se coulent dans le moule hérité de la première école viennoise et se composent des quatre mouvements traditionnels, avec un mouvement lent situé à chaque fois en seconde position et, en lieu et place du scherzo, un intermezzo nostalgique, aux couleurs d’automne.

Comme l’écrit Nicolas Slonimsky : « Contrairement à Beethoven, Brahms s’écarte rarement du plan formel et aucun épisode étranger n’interfère dans la ligne générale. Brahms a composé une musique pure sur le plan des idées et dont la projection sonore est éloquente ; c’est un vrai classique, une qualité qui lui a valu de nombreux adeptes allergiques aux déferlements sonores wagnériens tout en lui aliénant ceux qui attendaient davantage d’une œuvre musicale qu’une simple géométrie de configurations thématiques. »

C’est l’une des raisons pour lesquelles Brahms n’aura guère de postérité : né une dizaine d’années avant lui, Bruckner édifie son œuvre en solitaire et se situe davantage dans la lignée de Schubert (celui de la Neuvième) qu’il se glisse dans les pas de Beethoven ou Schumann. Mahler, dont Brahms ne comprendra pas les premières audaces, tracera lui aussi un sillon qui lui sera propre, où l’influence de Berlioz est aussi importante que celle des Allemands. Quant à Richard Strauss, il préférera composer des poèmes symphoniques à la manière de Liszt.

Un équilibre menacé

Brahms, un survivant, le compositeur d’un monde finissant, le témoin d’un équilibre parfait mais menacé ? C’est ailleurs qu’il faut chercher l’audace et la beauté de ses symphonies : « Si la coupe des quatre mouvements traditionnels reste en général fidèle aux schémas classiques, c’est plus le caractère qui, par le changement radical de physionomie qu’il impose, est source d’originalité. Brahms gardant intact le pouvoir de la digression, il s’ensuit que les schémas subiront des transformations notables et seront traités plus ou moins librement, d’où la présence de formes que nous qualifierons “d’apparentées”, en particulier pour les scherzos des trois premières symphonies. Seule la Quatrième s’écarte délibérément des sentiers battus avec un mouvement à variations en guise de finale, mais seulement pour faire référence à un type d’écriture plus ancien » (Alain Poirier).

Reste la chronologie : Brahms, plus encore que Schumann, attendit longtemps avant d’aborder la forme symphonique. Désir d’éprouver son métier de musicien ? Terreur ressentie devant le modèle beethovénien ? Sa Première Symphonie fut créée en 1876, alors qu’il avait déjà quarante-trois ans (mais aussi déjà composé plusieurs partitions marquantes dont son Premier Concerto pour piano et orchestre), et la Quatrième la suit d’un peu moins de dix ans. Ne suivra plus, dans les douze ans que durera la vie de Brahms, aucune grande partition symphonique hormis le Double Concerto pour violon, violoncelle et orchestre.

Avec cette tétralogie tourmentée, mais à l’émotion contenue et privée de tout éclat démonstratif, Brahms a tout confié de ses nostalgies. Une cinquième symphonie n’eût été que redondance.
 
Florian Héro
 

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