L'étrangeté selon Szymanowski

Lundi 22 septembre 2014
L'étrangeté selon Szymanowski | Maison de la Radio
Si vous êtes sensible au miroitement des timbres et au raffinement des harmonies, ne manquez pas le Premier Concerto pour violon de Szymanowski que jouera Baïba Skride, le 17 octobre, Salle Pleyel, en compagnie de l’Orchestre Philharmonique.
Szymanowski est l’auteur de trois symphonies, d’une Symphonie concertante pour piano et orchestre, et de deux concertos pour violon datant de 1917 et de 1931. Le premier de ces concertos, joué ce soir, suit immédiatement la Troisième Symphonie. Celle-ci fait appel à un ténor solo et à un chœur, est sous-titrée « Chant de la nuit » (comme la Septième de Mahler), et fut achevée l’année précédente. Comme elle, le concerto a été composé dans l’éblouissement des poèmes de Djalal âl-Dîn al-Rûmî (poète persan du XIIIe siècle) traduits par Micinski, lui-même auteur de La Nuit de mai, qui a également frappé l’imagination du compositeur. Mais ce concerto ne fait pas appel aux mots ni à la voix : l’Orient et la nuit sont évoqués ici par le violon et par un orchestre particulièrement fourni qu’on rencontre rarement dans ce type de composition. « C’est absolument parfait pour Paris, estimait le musicien, en raison de la sonorité éblouissante. »

Szymanowski, avide de couleurs dépaysantes et d’accords étonnants, utilise ici l’orchestre pour la variété d’ambiances qu’il permet, non pas pour le volume sonore qu’il pourrait déclencher. Le violon n’est jamais couvert par les autres instruments ; il ne dialogue pas vraiment non plus avec eux, sans pour autant se fondre dans l’ensemble : Szymanowski a réussi là une merveille d’équilibre sonore, auquel répond l’organisation de la partition en plusieurs mouvements subtilement enchaînés, au point que le concerto aurait presque l’allure d’un poème symphonique avec violon principal. « Par sa durée, par sa structure, par son ambiguïté générique », explique Didier Van Moere, ce concerto est le « frère jumeau » de la Troisième Symphonie.

L’œuvre commence par un épisode à la fois léger et joyeux, auquel s’oppose le chant aigu mais ralenti, méditatif, du violon solo. La musique s’anime peu à peu jusqu’à ce que le violon, désormais descendu dans le grave, joue une musique d’une couleur plus sombre. Le contraste est vif avec une troisième partie légère, rapide, tourbillonnante, puis avec un épisode nocturne d’une grande sensualité, l’orchestre jouant depuis le début le jeu de l’éparpillement sonore. Nouvelle accélération, puis arrêt brusque : c’est le moment de la cadence du soliste, à laquelle répondra un élan fiévreux de l’orchestre avant que reprennent les miroitements du début et que tout se dissolve en quelques mesures.

Le violoniste Pawel Kochanski conseilla le compositeur quant à la technique du violon ; c’est lui d’ailleurs qui écrivit la cadence. Mais Kochanski n’étant pas disponible et Szymanowski ne voulant pas attendre davantage, c’est Jozef Oziminski qui assura la création de l’œuvre, le 1er novembre 1922, à Varsovie, sous la direction d’Emil Mlynarski. On précisera enfin que Kochanski aida de ses avis Prokofiev quand celui-ci, la même année 1917, écrivit lui aussi son Premier Concerto pour violon et orchestre, qui partage avec celui de Szymanowski les mêmes vertus de raffinement et d’étrangeté sonores.

Christian Wasselin

Le concert du 17 octobre sera diffusé en direct sur France Musique et sur le réseau de l’UER.

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