À l’orgue, Karol Mossakowski

Mardi 28 avril 2020
À l’orgue, Karol Mossakowski | Maison de la Radio
Depuis septembre 2019, Karol Mossakowski est titulaire de l’orgue de Radio France.
Musicien en résidence, il participe à des concerts donnés par les formations musicales de Radio France et donne des récitals dans l’Auditorium. Il fait aussi vivre l’improvisation, via notamment l’accompagnement de films muets.
 
Karol Mossakowski s’est épanoui au milieu des claviers. Songez donc : il forge sa personnalité musicale dès l’âge de trois ans, lorsqu’il commence l’apprentissage du piano et de l’orgue avec son père ! Après des études en Pologne, il fait le voyage de Paris, où il intègre les classes d’orgue, d’improvisation et d’écriture au Conservatoire national supérieur de musique et de danse. Puis vient le temps des moissons : il remporte le Concours international Feliks Nowowiejski à Poznań en 2010, le Premier Prix du Concours international du Printemps de Prague en 2013, et en 2016 le Grand Prix de Chartres. Cette même année, il ajoute à cette belle récolte le Prix international Boellmann-Gigout de Strasbourg et le Prix « Debiut roku » de l’Institut national de musique et de danse de Pologne.
 
En 2014-2015, le voici à La Nouvelle-Orléans, où il est pendant six mois Young Artist in Residence à la Cathédrale Saint-Louis ; au menu : récitals, improvisation, cours d’interprétation.
 
À la rentrée 2019, Karol Mossakowski a succédé à Thomas Ospital au poste d’organiste en résidence à Radio France. Il nous explique ici l’importance qu’il accorde à l’improvisation, discipline à laquelle il reviendra notamment le 22 décembre prochain.
 
Karol Mossakowski, vous avez grandi avec l’improvisation…
Oui, mon père était organiste, en Pologne, et j’ai commencé à improviser au clavier avant de savoir lire les notes. Je jouais des mélodies à l’oreille, j’ajoutais la main gauche, c’était une manière de m’exprimer. À Paris, j’ai fait sept ans d’études au Conservatoire : deux ans d’interprétation avec Olivier Latry et Michel Bouvard, puis cinq ans d’improvisation avec Thierry Escaich, Philippe Lefebvre et Laszlo Fassang, que j'ai commencés après mes deux premières années d'interprétation. Thierry Escaich m’a appris le métier en insistant sur la maîtrise de la forme et du langage, Philippe Lefebvre et Laszlo Fassang m’ont encouragé à travailler sur d’autres éléments, le timbre par exemple. Aujourd’hui, je pratique l’improvisation tout le temps, pour moi ou dans le cadre de joutes, comme celle qui nous a réunis à Radio France, Thomas Ospital et moi, en octobre 2019. À Saint-Eustache, quelques mois plus tôt, j’avais retrouvé Thomas Ospital, avec qui j’improvise souvent, mais aussi Baptiste-Florian Marle-Ouvard et Samuel Liégeon pour un tournoi à quatre.
 
Est-il important de se connaître pour improviser à plusieurs ?
Se connaître et surtout s’entendre, oui, c’est rassurant. Ce qu’il faut, c’est garder une fraîcheur, savoir se renouveler, ne pas se contenter de recettes ou de procédés qui deviendraient vite routiniers. Selon moi, l’improvisation ne doit pas être préparée. On oublie souvent qu’improviser, c’est d’abord s’exprimer, ce n’est pas composer à l’instant présent. Quand on écoute les improvisations de Pierre Cochereau qui ont été enregistrées, on est saisi par le souffle du musicien.
 
L’improvisation est-elle l’hygiène de l’organiste ?
Pour moi, oui, mais ce n’est pas forcément le cas pour tout le monde ! Lorsque je travaille une pièce entièrement écrite, il m’arrive d’isoler un thème ou un motif, et d’improviser pour le plaisir, le temps d’une brève évasion, avant de revenir avec sérieux au texte de la partition. Il y a en France une grande tradition d’organistes improvisateurs. L’improvisation y est considérée comme une forme de création alors qu’en Allemagne, les improvisateurs sont plus soucieux de rester dans des schémas anciens.
 
Vous êtes ensuite passé à l’accompagnement de films muets…
J’ai donné mon premier ciné-concert sur le Cavaillé-Coll de l’Auditorium de Lyon, en 2016, avec La Passion de Jeanne d’Arc de Dreyer. Il en existe un enregistrement sur dévédé. J’aime beaucoup l’exercice du ciné-concert qui permet de mettre en valeur un film et de faire découvrir l’orgue par un public de cinéphiles qui ne connaîtraient pas forcément l’instrument, comme je m’en suis rendu compte en accompagnant de nouveau la Passion lors du Festival de cinéma de Québec.
 
Est-ce que vous renouvelez entièrement votre improvisation lorsque vous accompagnez le même film à plusieurs reprises ?
Je retiens toujours les bonnes idées ! Mais une improvisation n’est jamais fixée. Même si le film est le même, même si l’organiste est le même, ce n’est jamais deux fois la même improvisation. D’où le paradoxe du dévédé, qui fige ce qui devrait naître et disparaître dans l’instant. Je n’ai jamais réécouté mon enregistrement de La Passion de Jeanne d’Arc, car depuis cette époque j’ai avancé, ma conception du film et de l’improvisation n’est plus la même.
 
Utilisez-vous un réservoir de thèmes, d’idées ?
Personnellement, j’utilise une petite feuille sur laquelle je note des formules que je vais utiliser au cours de la séance. Il faut avoir présent à l’esprit qu’un ciné-concert, c’est une heure et demie d’improvisation sans pause, sans interruption ! Il ne s’agit pas de produire de la musique de fond, comme le faisaient autrefois les tapeurs, mais d’apporter quelque chose au spectateur, d’imaginer un thème clair pour le générique, qui pourra revenir à la fin, mais aussi des thèmes pour les personnages, etc. C’est pourquoi il est important de connaître parfaitement le film qu’on va accompagner afin de ne pas le trahir, même si parfois l’improvisateur est contraint d’interpréter les intentions du réalisateur.
 
Un film réussi est en effet riche de ses ambiguïtés. Il arrive donc parfois que vous orientiez le spectateur, voire que vous le manipuliez par vos choix musicaux…
Oui, un ciné-concert représente à cet égard une grande responsabilité !
 
Avez-vous déjà accompagné des films de Buster Keaton ?
Un seul : Les Lois de l’hospitalité. Une première fois en Pologne, puis en février dernier à Radio France. Auparavant, j’avais surtout accompagné des films dramatiques comme La Passion de Jeanne d’Arc, que j’ai cité, Le Fantôme de l’Opéra de Rupert Julian, que Benoît Mernier accompagnera le 19 janvier prochain à Radio France, ou Le Bossu de Notre-Dame de Wallace Worsley. Le film de Buster Keaton est une comédie sur le thème de la vengeance entre deux familles, avec beaucoup d’humour, des gags, etc., ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas de profondeur. L’orgue est un instrument qui se prête bien à l’accompagnement des films, car il a une large palette de couleurs, et celui de Radio France en particulier, car il permet des effets inouïs, la modulation du vent par exemple, qui produit un son instable, comme si tout était désaccordé. Mais on associe souvent l’orgue au drame ou aux situations solennelles. Faire rire avec l’orgue, c’est plus difficile !
 
Quel style, ou quels différents styles donnez-vous à vos improvisations ? Essayez-vous de vous rapprocher de l’époque du tournage, de l’époque de l’action ? Si l’action se situe au XVIIe siècle, par exemple, faites-vous un pastiche de musique baroque ? Ou jouez-vous la carte de la musique contemporaine, si ce mot à un sens ?
Un improvisateur vient avec toutes ses connaissances, toute son expérience, il peut a priori faire appel à toutes les musiques qu’il a accumulées dans sa mémoire. Moi, j’essaye de mélanger les styles. Je fais des pastiches, j’essaye de coller à l’ambiance du film pour donner un sens à l’image, un peu comme un organiste liturgique essaye de coller au mot. Étonnamment, les deux pratiques ne sont pas si éloignées ! Pour Les Lois de l’hospitalité, j’ai recouru au ragtime, au jazz, j’ai utilisé des valses, etc. Mais je donne toujours sa place au silence. Thierry Escaich insistait beaucoup sur ce point. L’organiste doit en effet se méfier d’un danger qui guette tous les improvisateurs : avoir l’impression de ne pas donner assez. Jouer quatre-vingt-dix minutes sans arrêter, c’est impossible. Il faut ménager des plages de détente, des respirations, jouer une seule note, etc., et ne pas craindre le vide, car l’image est toujours là. Un autre danger est celui de la redondance : il ne faut pas surligner ce que dit l’image, ni fatiguer l’auditeur. Ni oublier que l’organiste est au service de l’image.
 
Propos recueillis par Christian Wasselin
 
 
 

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