L'Orient selon Bruno Ducol

Mercredi 11 mars 2015
L'Orient selon Bruno Ducol | Maison de la Radio
La Maîtrise de Radio France, le 17 mars, va créer A l’orient de tout, cinq poèmes de François Cheng pour trois chœurs d’enfants. Une partition commandée par Radio France à un compositeur né en 1949 : Bruno Ducol.

ÉLÈVE au Conservatoire de Paris ? notamment d’Olivier Messiaen, Bruno Ducol a bâti au fil des années une œuvre où s’entrecroisent ses fréquentations littéraires et artistiques et les impressions rapportées de ses nombreux voyages à travers le monde (Grèce, Amérique du Sud, Russie, Chine…). Le compositeur semble avoir une prédilection pour les civilisations lointaines, dans le temps et dans l’espace : l’Antiquité, l’Amérique latine, l’Orient, la Chine… En 1994, il célèbre avec Li Po, pour solistes, chœur d’enfants, pianos et percussions, la figure de Li T’ai Po, mythique poète chinois du VIIIe siècle, inspirateur de Mahler (Le Chant de la terre) et d’Anton Webern. En 2013 est créée à Tokyo sa cantate dramatique Wang Fô ou la couleur des songes, inspirée d’une des Nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar qui conte comment un peintre chinois condamné au supplice s’évade par la seule puissance de sa création. Ces dernières années, sa découverte des grands volcans d’Europe, d’Amérique, du Japon et d’Indonésie, et ses échanges avec des volcanologues comme Fred Lécuyer ont alimenté sa création. Ainsi sont nés Alpaya pour quatre percussionnistes et sons fixés (2005), Atitlan, en bleu et cendres pour voix, percussionnistes et dispositif électroacoustique (2010), Espaces etnéens, pour piano et percussions (2012).

Dans sa dernière composition, pour trois chœurs d’enfants, Bruno Ducol se tourne vers l’œuvre de François Cheng, poète et romancier franco-chinois, membre de l’Académie française et traducteur des poètes français en chinois comme des poètes chinois en français. Il puise ici dans Le Long d’un amour (2003), ne retenant que quelques poèmes, ceux peut-être qui appellent le plus la musique. L’ouvrage ayant été réuni depuis à d’autres œuvres de Cheng sous le titre A l’orient de tout (Gallimard, 2005), il a choisi de reprendre celui-ci à son compte. En harmonie avec la pensée chinoise, « une pensée qui dessine l’eau qui s’évapore, forme le nuage qui retombe en pluie… », il s’identifie, dans la notice introductive à la partition, aussi bien à Cheng qu’à un autre poète de la période T’ang : Wang Wei, également peintre et musicien. Cheng, de son côté, avoue « avoir écouté avec une grande émotion » les œuvres d’inspiration chinoise de Ducol.
Un poème ne prend toute sa dimension que dans sa réalité sonore, à laquelle le musicien, poète des sons, a précisément le pouvoir de conférer un surcroît de vie et de sens. Bruno Ducol cite d’ailleurs en épigraphe à la deuxième pièce, « Ame charnelle », cette phrase de Cheng qui justifie son entreprise : « L’indicible, dont la part de mystère restera mystère, on ne peut l’approcher […] que par le chant. »

Nature et beauté
 
Confiant les poèmes à un ensemble choral, il fait entendre les mots, les vers, simultanément ou bien en écho, en résonance les uns des autres, révèle entre eux des liens cachés, en suggère, par l’intonation, la prosodie, le rythme ou le traitement vocal, une interprétation. Le recours à trois chœurs d’enfants, qui « dialoguent ou se répondent en de multiples jeux de miroir », décuple les possibilités de variation des plans sonores. Le texte poétique est aussi serti de sonorités purement musicales : vocalises sans paroles, sifflements, sons bouche fermée, qui produisent dans « Cette lune sur l’eau » des « effets de cloches »…
 
De son propre aveu, le compositeur a cherché à « prolonger […] [l’]accord avec la nature ou la beauté féminine, mais aussi le souffle rythmique et la polytonie qui animent tous les textes » de François Cheng. Il s’autorise une certaine liberté par rapport au matériau poétique, recomposant la syntaxe, inversant l’ordre des vers, mêlant entre eux certains poèmes. La première pièce, « Si le veut ton souffle », composée sur le dernier poème du recueil, s’ouvre symboliquement par le mot chinois « Qi » (prononcé « dji ») qui veut dire « souffle ». Dans la dernière, des extraits du tout premier poème (« Un seul regard ») s’ajoutent au texte du cinquième (« Cette voix à distance »). Les quatre pièces extrêmes s’enchaînant deux à deux, « Cette lune sur l’eau », isolée au centre, est celle qui suit le plus fidèlement le cours du poème original.
 
Gilles Saint-Arroman
 
Le concert du 17 mars sera diffusé ultérieurement sur France Musique.

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