L’ultime Richard Strauss

Jeudi 23 avril 2015
L’ultime Richard Strauss | Maison de la Radio
Anna Netrebko chantera les sublimes Quatre derniers lieder le 10 mai en compagnie de l’Orchestre National de France.

UNE GRANDE PARTIE de l’œuvre de Richard Strauss, si on excepte le massif de ses poèmes symphoniques de jeunesse, est une vaste interrogation sur les rapports qui unissent le chant et la poésie, et un hymne sans fin à la voix féminine. Le dernier de ses opéras achevés, Capriccio, dont l’action est située en France, discute avec noblesse des rapports entre les paroles et la musique à l’opéra. Créé à Munich, en pleine guerre, le 28 octobre 1942, cet ouvrage affirme la prééminence de la civilisation sur la barbarie. De la part de Richard Strauss, qui ne put jamais se résoudre à prendre un parti tranché vis-à-vis du régime nazi (ne fût-ce que pour ne pas mettre en danger sa belle-fille, d’origine juive), cette partition constitue en quelque sorte un acte d’indiscipline au moins intellectuel.
 
Ce qui n’empêchera pas le compositeur de se réfugier dans un exil presque obligatoire en Suisse, à partir d’octobre 1945. Il ne sera définitivement lavé de tout soupçon que trois ans plus tard, en 1948, année qui voit la composition de son testament instrumental, les Métamorphoses pour cordes, et la mise au net de ses derniers lieder, genre qu’il avait abondamment illustré tout au long de sa carrière.
 
Ébauché à la fin de l’année 1946, Im Abendrot est écrit sur un poème de Josef von Eichendorff. Il sera achevé le 6 mai 1948 à Montreux, quelques semaines avant trois autres lieder composés, eux, sur des textes d’Hermann Hesse. Ces lieder seront créés à titre posthume, le 22 mai 1950 à Londres, par Kirsten Flagstad et l’Orchestre Philharmonia dirigé par Wilhelm Furtwaengler, sous le titre désormais convenu de Vier letzte Lieder (Quatre derniers lieder). (2)
 
Insolent anachronisme
 
Ce cycle, d’une « insolence anachronique » (Alain Poirier) est un ultime et merveilleux hommage rendu par Richard Strauss au chant. Un demi-siècle de vie commune avec la cantatrice Pauline de Ahna, la fréquentation des chanteuses les plus célèbres, la vie donnée à des personnages d’exception comme Salomé, Elektra, la Maréchale, Ariane, Arabella et bien d’autres, l’ont convaincu du pouvoir d’évocation et d’envoûtement de la voix. Aussi, au soir de sa vie, c’est presque naturellement qu’il compose un dernier bouquet de pièces vocales, certes brèves et d’une émotion détachée, mais d’une sensualité intacte et portée par un orchestre à la fois flexible et transparent. Quatre lieder, quatre chants du cygne d’un élan apaisé, pleins de parfums, de doux regrets et de murmures d’oiseaux, qui décrivent un parcours mélancolique allant du printemps au crépuscule.
 
C’est la raison pour laquelle, sans doute (ainsi en tout cas en a décidé l’éditeur chargé de la publication posthume du cycle, en 1950), le premier achevé des quatre lieder occupe la dernière place dans le cycle. Il s’achève par une ultime interrogation sur la mort (« Ist dies etwa der Tode ? ») et cite fugitivement un thème du poème symphonique Mort et transfiguration composé quelque soixante ans plus tôt.
 
Comme l’écrit avec simplicité Nicolas Slonimsky : le génie de Richard Strauss « est incontesté dans ses poèmes symphoniques de jeunesse comme Don Juan et Ainsi parlait Zarathoustra ; certains de ses opéras sont entrés au répertoire, tandis que ses Quatre derniers Lieder constituent un noble couronnement de son inspiration romantique ».
 
Christian Wasselin
 
(1) On sait cependant que Strauss écrivit un « cinquième dernier » lied, Malven (Mauves), achevé à Montreux le 23 novembre 1948, dédié à la cantatrice Maria Jeritza (qui participa à la création de plusieurs opéras de Strauss) et créé en 1985, à New York, par Kiri Te Kanawa.
 
Le concert du 10 mai sera diffusé ultérieurement sur France Musique.
 

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