L'ultime symphonie de Brahms

Jeudi 3 juillet 2014
L'ultime symphonie de Brahms | Maison de la Radio

C’est l’été, mais l’Orchestre National de France abordera la Quatrième Symphonie de Brahms, dont on dit qu’il s’agit d’une symphonie d’automne, au cours du Festival de Radio France et Montpellier. Ce sera le 16 juillet. (La vidéo de ce concert est disponible.)

Contrairement aux quatre symphonies de Schumann qui, par leur facture et l’agencement de leurs mouvements, constituent autant d’expériences menées par leur auteur, les quatre symphonies de Brahms ne dérogent à aucune règle : elles ne cherchent pas l’aventure, se coulent dans le moule hérité de la première école viennoise et se composent toutes des quatre mouvements traditionnels, avec un mouvement lent situé à chaque fois en seconde position et, en lieu et place du scherzo, « un mouvement de demi-caractère, d’esprit tout schubertien », selon l’expression d’André Lischké. C’est ailleurs qu’il faut chercher leur audace et leur beauté.

Comme l’écrit Nicolas Slonimsky : « Contrairement à Beethoven, Brahms s’écarte rarement du plan formel et aucun épisode étranger n’interfère dans la ligne générale. Brahms a composé une musique pure sur le plan des idées et dont la projection sonore est éloquente ; c’est un vrai classique, une qualité qui lui a valu de nombreux adeptes allergiques aux déferlements sonores wagnériens tout en lui aliénant ceux qui attendaient davantage d’une œuvre musicale qu’une simple géométrie de configurations thématiques ».

Désir et terreur

Brahms, plus encore que Schumann, attendit longtemps avant d’aborder la forme symphonique. Désir d’éprouver son métier de musicien ? Terreur ressentie devant le modèle beethovénien ? Sa Première Symphonie fut créée en 1876, alors qu’il avait déjà quarante-trois ans (mais aussi déjà composé plusieurs partitions marquantes dont son Premier Concerto pour piano et orchestre), et la Quatrième la suit d’un peu moins de dix ans : écrite en 1884 (les deux premiers mouvements) et 1885 (les deux derniers), elle fut créée le 25 octobre de cette même année, à Meiningen, sous la direction du compositeur. Ne suivront plus, dans les douze ans que durera la vie de Brahms, aucune grande partition symphonique hormis le Double Concerto pour violon, violoncelle et orchestre.

Avec cette tétralogie tourmentée, mais à l’émotion contenue et privée de tout éclat démonstratif, Brahms a tout confié de ses nostalgies. Une cinquième symphonie n’eût été que redondance.

La Symphonie en mi mineur fut accueillie avec beaucoup de chaleur par le public de Meiningen lors de sa création. Il n’en alla pas de même à Vienne où le jeune Hugo Wolf, mais aussi, plus étonnamment, le critique Hanslick, fidèle défenseur de Brahms, émirent plus d’une réserve à son égard. Il fallut attendre la toute fin de la vie de Brahms pour que la capitale autrichienne fasse sienne la partition du vieil homme. La pianiste Florence May, qui fut l’élève de Brahms et sa première biographe en langue anglaise, raconte avec une émotion un peu appuyée comment les Viennois firent un accueil enthousiaste à la Quatrième Symphonie lors d’un concert qui eut lieu le 7 mars 1897 dirigé par le fidèle Hans Richter (qui avait assuré les créations des Deuxième et Troisième Symphonies), alors qu’il restait à Brahms moins d’un mois à vivre :

« Une tempête d’applaudissements éclata à la fin du premier mouvement, ne s’apaisant que lorsque le compositeur, s’avançant jusqu’au bord de la loge où il était assis, se montra au public. Cette manifestation se renouvela après les deuxième et troisième mouvements et une scène extraordinaire suivit la conclusion de l’œuvre. L’auditoire applaudissait, criait, les regards fixés sur cette silhouette si familière, mais si étrange d’apparence, au balcon, et semblait ne pas vouloir le laisser partir. Son visage était ruisselant de larmes et il restait là, ridé et amaigri, ses cheveux blancs raides et ternes. Il y eut une sorte de sanglot refoulé dans l’auditoire, car tous savaient qu’ils lui disaient adieu ».

L’ardeur de la houle

Cette Quatrième Symphonie est d’une certaine manière une « symphonie d’automne », comme le dit Claude Rostand. Elle fait alterner la douleur d’un trop-plein de santé qui n’arrive plus à s’exprimer, et la résignation dans les joies simples de la nature. C’est aussi, par l’usage réservé ici aux bois, la plus colorée des symphonies de Brahms. Elle s’ouvre sur un thème d’une grande beauté, portée par une houle à la fois nostalgique et passionnée. Le premier mouvement se poursuit dans une tension orageuse, la musique semblant parfois avancer avec douleur, avec rage, jusqu’à une coda dont le pathos est assez rare dans l’œuvre plutôt introvertie de Brahms.

Le mouvement lent se partage entre le recueillement et l’effusion, puis glisse dans une atmosphère de légende où les bois apportent autant leur animation que leur couleur. Page aux sentiments variés qui n’atteint pas aux sommets d’éloquence du mouvement initial cependant, et reste un épisode de répit en attendant d’autres moments décisifs.

L’allegro qui suit est réellement giocoso, avec son entrain rustique, les sonorités de son triangle, et une atmosphère qui n’est pas sans rappeler celle de la Symphonie « Printemps » de Schumann. Mais il faut attendre le finale, construit en forme de passacaille* (à la manière, aimait rappeler Brahms, du finale de la Symphonie héroïque de Beethoven), et qui reprend par ailleurs un thème d’une cantate de Bach (Nach dir, Herr, verlanget mich, BWV 150) pour retrouver le Brahms de la grande forme. L’orchestre, ici, tour à tour raconte, se confie, élabore, le tout avec une véhémence qui laisse assez peu de répit. Malgré son énergie cependant, le morceau ne s’attarde guère et se termine par une coda brève et abrupte.

Christian Wasselin

* Passacaille (de l’espagnol pasar, passer, et calle, rue), ou encore chaconne : danse lente à trois temps, qui, en général, comporte une série de variations (Larousse).

 

voir le site du Festival de Radio France et Montpellier

voir et entendre le concert du 16 juillet

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