Mahler aime Rückert

Vendredi 19 décembre 2014
Mahler aime Rückert | Maison de la Radio
Angelika Kirschlager chantera les Rückert-Lieder de Mahler, le 29 janvier, sous la direction de Pinchas Steinberg.

Amoureux de la voix et fidèle à la tradition des romantiques allemands, Gustav Mahler a exploré passionnément le domaine du lied, inspiré d’abord par ses propres textes puis plus largement par le cycle Des Knaben Wunderhorn, recueil de chants populaires allemands publié au début du XIXe siècle. Au cours de l’été 1901, alors qu’il s’est retiré loin du tumulte de Vienne dans sa maison de Maiernigg sur les bords du Wörthersee, Mahler se tourne vers la poésie intimiste de Friedrich Rückert (1788-1866), peut-être parce que celle-ci s’accorde avec son besoin de solitude. De 1901 à 1904, Mahler mettra ainsi en musique dix poèmes de Rückert, pour la plupart extraits du Liebesfrühling (« Printemps d’amour ») publié en 1824. De ces dix chants naîtront deux cycles : d’une part les cinq Kindertotenlieder, conçus comme une seule et même entité, et d’autre part cinq lieder indépendants rassemblés simplement sous le titre de Rückert-Lieder.
 
Ces Rückert-Lieder ne forment pas un cycle défini. S’il est rare qu’elles soient interprétées séparément, les pièces ne répondent pas à un ordre déterminé. De la même manière, elles n’évoquent aucun thème sensiblement commun mais présentent plutôt des caractéristiques expressives bien distinctes, spécialement dans leur effectif instrumental qui varie entre l’économie des timbres et leur association singulière.
 
Le doux parfum du tilleul
 
Les quatre premiers chants sont composés durant l’été 1901 puis rapidement orchestrés par Mahler. Blicke mir nicht in die Lieder (« N’examine pas mes chants ») rappelle par sa forme les Wunderhorn Lieder composés quelques années plus tôt. Sans doute le plus léger du cycle, ce lied est aussi celui auquel Mahler donnait le moins d’importance. Ich atmet’ einen linden Duft (« Je respirais un doux parfum ») joue textuellement et musicalement avec les sonorités des mots Linde (tilleul) et lind (doux) sur un « perpetuum » paisiblement déployé par les cordes et sur lequel la voix se déroule. D’une grande force expressive, Ich bin der Welt abhanden gekommen (« Je me suis retiré du monde »), certainement le plus abouti des Rückert-Lieder, est en tout cas le plus personnel : « C’est moi-même », dira Mahler. Enfin Um Mitternacht (« Vers minuit »), plus sombre, dessine une méditation nocturne où les cordes ont complètement déserté l’orchestre.
 
Mahler compose le dernier lied, Liebst du um Schönheit (« Si tu m’aimes pour ma beauté »), en 1902 pour sa jeune épouse Alma. Cette « déclaration d’amour » restera sous sa forme originelle chant et piano avant d’être orchestrée par Max Puttmann en 1910.
 
Les Rückert Lieder « illustrent un moment rare […] d’équilibre et de détente » (Henry-Louis de La Grange) à travers une écriture sereine, apaisée qui contraste volontiers avec celle des Kindertotenlieder et les place au sommet de l’évolution du lied mahlérien. Leur orchestration si caractéristique donne aux Rückert-Lieder ce langage précurseur que Mahler commence à expérimenter au tournant du siècle, et qui trouvera bientôt écho auprès de la Seconde école de Vienne.
 
Pauline Boisaubert

Le concert du 29 janvier sera diffusé ultérieurement sur France Musique.

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