Mozart : son Requiem selon Czerny

Mercredi 6 mai 2015
Mozart : son Requiem selon Czerny | Maison de la Radio
On a tout dit et tout raconté à propos du Requiem de Mozart, œuvre sublime pour l’éternité. Le Chœur de Radio France aborde cette partition, le 19 mai, mais attention : dans la singulière transcription pour voix et piano à quatre mains qu’en a signée Czerny.

LORSQU’ON évoque le Requiem de Mozart, aussitôt se profile l’ombre du génie malmené à la fin de sa courte vie et mort dans la plus noire misère, entouré de mystère. Des images surgissent, magnifiées par le talent du cinéaste Milos Forman dans Amadeus : enveloppé d’une grande cape noire, un mystérieux messager masqué frappe au domicile de Mozart et lui enjoint de composer une Messe des morts dans les plus brefs délais pour un commanditaire dont le nom doit rester secret, laissant le compositeur sous le coup de la plus vive terreur.
 
Par ailleurs, une lettre datée du 7 septembre 1791 contribue au mystère : « Je suis sur le point d’expirer ; j’ai fini avant d’avoir joui de mon talent. La vie était pourtant si belle, la carrière s’ouvrait sous de si heureux auspices, mais on ne peut changer son propre destin. Nul ne mesure ses propres jours, il faut se résigner, il en sera comme il plaira à la providence, je termine, voici mon chant funèbre que je ne dois pas laisser imparfait ». Mozart aurait-il donc eu conscience d’être fauché en plein midi ?
 
Dans l’indifférence et la tempête
 
La légende noire se corse encore lorsqu’on sait qu’il s’en fallut de peu que l’on refuse l’extrême-onction au malheureux compositeur sur le point d’expirer. Enfin, pour parachever ce tableau de l’artiste maudit, la nature sembla affectée. Indigne d’un génie, l’enterrement de troisième classe s’était déroulé dans une quasi-indifférence à la cathédrale de Vienne. Une tempête de neige avait dispersé les trop rares proches avant même l’arrivée au cimetière.
 
Romantique et excitante, cette vision des choses s’avère aussi tenace dans les esprits qu’inexacte dans les faits. De tempête, point. La lettre, un faux. Le commanditaire anonyme, une légende. L’enterrement de troisième classe était le lot commun et non un signe de misère, suite aux lois promulguées par l’empereur Joseph II. Enfin, pour ce qui est de l’extrême-onction, Mozart appartenait à la franc-maçonnerie, qui n’était pas en odeur de sainteté auprès de l’Église catholique… Néanmoins, le musicien était tellement épuisé les derniers mois de sa vie qu’il est possible qu’il ait eu le pressentiment de sa fin imminente. De plus, les circonstances de sa mort et de la composition du Requiem ne sont pas totalement éclaircies.
 
L’affaire du contrat
 
L’ultime année est harassante. En juillet 1791, au moment de la commande du Requiem, Mozart est sur le point d’achever La Flûte enchantée, dont les représentations l’absorberont en octobre et novembre. Des recherches ont mis en évidence des éléments assez prosaïques : l’établissement d’un contrat en bonne et due forme entre le comte Walsegg et Mozart, alors vice-maître de chapelle de la cathédrale de Vienne, ayant pour objet la composition d’une Messe des morts, moyennant une somme assez importante. Mais une clause inhabituelle interdit au compositeur d’en garder une copie. Or, le comte, féru de musique, aimait soumettre des devinettes musicales … à moins qu’il ait voulu se faire passer pour l’auteur de l’œuvre. Il aurait donc souhaité cacher l’identité du compositeur de ce requiem destiné à commémorer le décès de son épouse intervenu quelques mois auparavant.
 
Mozart se met donc au travail jusqu’à l’arrivée début août de la commande très pressante de La Clémence de Titus en vue des festivités pour le couronnement de Léopold II roi de Bohême, le 6 septembre. Qu’à cela ne tienne, le Requiem attendra le retour de Prague, comme l’annonce Mozart au messager venu le relancer. L’œuvre sera à peine tirée de son sommeil jusqu’à la mi-octobre, le temps de composer encore le sublime Concerto pour clarinette. Puis le Requiem ressort des tiroirs, mais pas pour longtemps puisque la loge maçonnique de Mozart lui commande la Cantate de l’éloge de l’amitié pour l’inauguration de son nouveau temple. Épuisé par de longs mois d’un travail acharné, Mozart s’alite le 20 novembre pour ne plus se relever et meurt le 5 décembre. Quelques extraits du Requiem auraient été chantés au chevet de Mozart le 3 décembre, avant l’exécution fragmentaire, sept jours plus tard, lors du service funèbre à la mémoire du compositeur.
 
L’ambigu Süssmayer
 
Au décès de Mozart, les parties vocales jusqu’au « Quam olim Abrahae » sont terminées à l’exception du « Lacrymosa ». Seuls l’« Introit » et le « Kyrie » comportent une partie orchestrale complète. Une course contre la montre s’engage alors. En effet, pour être totalement acquittée, la commande doit être livrée au plus vite et avoir toutes les apparences de l’écriture de Mozart. Constance, l’épouse du compositeur, sollicite plusieurs musiciens et amis dont Joseph Eybler. C’est finalement Franz-Xaver Süssmayer, jeune élève de Mozart ayant participé à la composition des récitatifs de La Clémence de Titus, qui achève la périlleuse affaire. On peut se réjouir que ce pâle compositeur, mort prématurément à trente-sept ans, ait respecté l’œuvre de son maître, bien qu’il ait voulu s’en attribuer la paternité principale au moment de l’édition.
 
Dans cette œuvre se retrouvent à la fois la terreur face à la mort et au jugement dernier et l’espérance d’un repos éternel dans la lumière et la miséricorde divine. Quelques exemples sont particulièrement éloquents. Ainsi, au sein de l’atmosphère inquiétante de l’« Introit », ponctuée tour à tour par de douloureuses octaves descendantes et des rythmes lourdement pointés, l’éclat lumineux et apaisé du court solo de soprano traduit la douceur de la louange à Dieu. Après le « Kyrie » s’enchaîne une suite ininterrompue de moments aussi terrifiants les uns que les autres. C’est d’abord le déchaînement du « jour de colère » du « Dies irae » dans un fracas de trémolos, d’arpèges et de syncopes haletantes. Puis le « Tuba mirum » convoque les vivants et les morts par son arpège initial (au trombone dans la version orchestrale) et les intervalles distendus de la péremptoire voix de basse. S’ensuit l’effroi général dans un tremblement de notes répétées, et une angoisse marquée de silences interrogateurs. Enfin, le « Rex tremendae » fait littéralement voir le naufrage redouté, par ses gammes descendantes en rythmes pointés et ses exclamations au chœur. C’est alors que s’oppose la frêle prière vers Jésus (« Salva me »). Le même contraste se retrouve dans le « Confutatis » où la fragile supplication « Voca me » se glisse entre d’implacables rythmes pointés au chœur accompagnés par un martèlement obstiné sur des harmonies tendues.
 
Quel pianiste n’a pas transpiré sur les nombreux exercices et études de Czerny ! Ce grand pédagogue autrichien, élève de Beethoven, entretenait un rapport étroit avec l’œuvre de Mozart. Outre que son année de naissance correspond à l’année de la mort de Mozart, son premier concert public à Vienne dès l’âge de 9 ans fit entendre le Concerto pour piano K 491. Ultérieurement, il transcrivit pour piano plusieurs œuvres du compositeur. Ainsi, Maximilian Stadler, abbé bénédictin mais aussi musicien lui-même, ami de Mozart et de Constance, et grand défenseur de l’authenticité du Requiem, commanda à Czerny une version pour accompagnement de piano à quatre mains vers 1827.
 
Christine Jean
 
Le concert du 19 mai sera diffusé ultérieurement sur France Musique.

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