Mozart, un musicien du soir ?

Vendredi 5 juin 2020
Mozart, un musicien du soir ? | Maison de la Radio
Mozart écrivit un certain nombre de sérénades, dont une majestueuse Gran Partita. Faut-il voir là un attachement aux fêtes nocturnes ou un besoin d’exprimer secrètement la mélancolie qui s’empare du cœur à l’approche du soir ?
 
Le mot sérénade, au départ, désigne un morceau joué dehors, à l’approche du soir, moment de la sérénité. La sérénade est donc au soir ce que l’aubade est au matin. « À l’origine, écrit Denis Arnold, les sérénades étaient chantées pour un amoureux à la fenêtre de sa belle ou en guise de compliment à un personnage important ; elles étaient généralement accompagnées à la guitare ou sur un autre instrument à cordes pincées. Au XVIIIe siècle, la sérénade est un morceau de musique instrumentale pouvant comporter jusqu’à dix mouvements, écrit pour un petit ensemble (...) avec en général une prédominance d’instruments à vent. On trouve des réminiscences des origines de la sérénade et de ses rapports avec un instrument à cordes pincées dans les sérénades de certains opéras comme “Deh, vieni alla finestra” (Don Giovanni, acte II). » La Sérénade de Méphistophélès de Berlioz, dans sa version originale pour ténor et guitare (page finale des Huit Scènes de Faust), est une délicieuse parodie du genre.
 
De fait, la sérénade est devenue à cette époque un genre en soi, quelque chose comme un composé de suite, de sonate et de symphonie, dans lequel se sont illustrés des compositeurs comme Boccherini, Michael Haydn ou Dittersdorf, mais aussi Mozart, qui en écrivit une dizaine pour Salzbourg (et choisit parfois, pour les nommer, les termes finalmusik ou cassation). La plupart d’entre elles furent commandées à Mozart pour fêter des événements retentissants et être jouées en plein air, comme la célèbre Sérénade K 250 « Haffner » destinée à célébrer un mariage intervenu en 1776 dans la puissante famille du même nom. Les divertimenti procèdent de la même veine musicale, et on notera au passage que l’opéra de Mozart Ascanio in Alba (1771) portait en sous-titre la mention serenata teatrale.
 
Joseph II appréciait
 
On peut considérer l’essor du genre de la symphonie comme l’une des causes du déclin, chez Mozart, de la sérénade à grand orchestre. C’est ainsi que le compositeur, plus tard, écrira pour Vienne un certain nombre de sérénades destinées à des effectifs plus spécifiques et, d’une manière générale, plus réduits. La Sérénade en si bémol majeur K 361 dite « Gran Partita » (cette seconde appellation fut ajoutée après coup sur le manuscrit autographe) fait partie de ces œuvres qui font du genre de la sérénade quelque chose de finalement peu défini, que ce soit par la forme ou l’instrumentarium.
 
Mais pourquoi partita ? Depuis la fin du XVIIe siècle, le mot est presque synonyme de suite, et il est significatif de noter que Mozart baptise ainsi sa nouvelle sérénade au moment où il se prend de passion, grâce au baron Gottfried van Swieten, pour la musique de Jean-Sébastien Bach, auteur de célèbres partitas pour violon.
 
On ne connaît pas exactement l’origine de la Gran Partita, mais le Dictionnaire Mozart dû à l’éminent H. C. Robbins Landon préfère la classer dans la catégorie Harmoniemusik pour les distinguer des sérénades de l’époque salzbourgeoise qui, elles, utilisaient également les cordes : « C’est la Harmoniemusik qui se rapprochait le plus de l’idéal du compositeur classique, avec son noyau constitué de deux cors, des bassons pour jouer la basse et une ou plusieurs paires d’instruments de dessus dans l’aigu. » L’empereur Joseph II affectionnait particulièrement ce type d’ensemble instrumental.
 
Où l’on retrouve Stadler, l’ami clarinettiste
 
Écrite au début des années 1780, sans qu’on en sache beaucoup plus, ce qui la rendrait contemporaine de L’Enlèvement au sérail, la « Gran Partita » est destinée à deux paires de cors (dans des tons différents), trois paires d’instruments de dessus (hautbois, clarinettes, cors de basset), une paire de hautbois et une contrebasse pour soutenir l’ensemble. Elle fut exécutée partiellement (quatre mouvements sur sept) le 23 mars 1784 au Burgtheater, lors d’un concert donné au bénéfice du clarinettiste et ami de Mozart Anton Stadler (plus tard dédicataire du Concerto pour clarinette K 622). S’agissait-il là de la première exécution ? L’œuvre ne fut-elle pas composée par Mozart pour son propre mariage, qui eut lieu le 4 août 1782, comme certains l’ont déduit de la correspondance du musicien ? Le mystère est presque aussi entier que celui qui entoure la Grande Messe en ut mineur de 1783. Quant à la partition imprimée, il fallut attendre 1861 pour qu’elle voie le jour, à l’initiative de Breitkopf & Härtel. « La plupart des éditions anciennes divisaient l’œuvre et l’arrangeaient pour d’autres combinaisons instrumentales », précise Roger Hellyer, qui ajoute : « Le sixième mouvement figure également, sous une forme légèrement modifiée, dans le quatuor (avec) flûte K Anh. 171 (285b). »
 
Telle qu’elle se présente, cette sérénade est d’une architecture magnifique mais qui peut dérouter. Le premier Allegro, précédé d’une introduction lente, au développement plein de fantaisie, est déjà de vastes proportions ; mais l’Adagio placé en troisième position, encadré par deux menuets, est réellement le cœur de la partition. La romance (n° 5) joue le rôle d’un intermède avant les six variations sur le thème énoncé au début du sixième mouvement. Le finale, enfin, est un bref épisode de jubilation. On retrouve là cette propension à la mélancolie, typique de Mozart, qui lui fait introduire par exemple, dans le Concerto pour piano n° 23, en la majeur, un mouvement lent écrit dans une poignante tonalité mineure. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, et que vous pourrez lire dans le programme de salle qui accompagne le concert donné par le Quatuor Ébène le 7 juin prochain, Gabriel Le Magadure insiste pour sa part sur la nostalgie qui habite le Quintette en sol mineur de Mozart et la manière dont le finale, comme une facétie désespérée, semble rire de la mort.
 
Christian Wasselin
 

 

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