Petrouchka, la ballerine et le maure

Mercredi 23 janvier 2019
Petrouchka, la ballerine et le maure | Maison de la Radio
Composé en 1911, créé au Théâtre du Châtelet la même année sous la direction de Pierre Monteux, Petrouchka nous revient le 8 février sous la baguette de Santtu-Matias Rouvali.
CERTAINES PARTITIONS FURENT écrites comme des récréations par des compositeurs désirant se distraire d’un travail harassant. C’est ainsi qu’en 1910, après avoir composé L’Oiseau de feu, et alors qu’il songeait déjà au Sacre du printemps, Stravinsky imagina une pièce brève pour piano et orchestre. Il se trouvait alors en Suisse et écrira plus tard, dans les Souvenirs de ma vie : « Je voulus me divertir à une partition orchestrale où le piano jouerait un rôle prépondérant. (...) J’avais nettement la vision d’un pantin subitement déchaîné, qui par ses cascades d’arpèges diaboliques exaspère la patience de l’orchestre, lequel à son tour lui répond par des fanfares menaçantes. Il s’ensuit une terrible bagarre qui, arrivée à son paroxysme, se termine par l’affaissement douloureux du malheureux pantin. Ce morceau bizarre achevé, je cherchai pendant des heures (...) le titre qui exprimerait en un seul mot le caractère de ma musique, et conséquemment la figure de mon personnage. Petrouchka ! L’éternel et malheureux héros de toutes les foires, de tous les pays ! C’était bien ça, j’avais trouvé mon titre. »

Très vite, à l’instigation de Diaghilev, le morceau de divertissement se transforma en un projet bien plus vaste et devint un ballet qui, situé entre L’Oiseau et Le Sacre, constitue le second volet de la trilogie russe du compositeur. Alexandre Benois, amoureux du théâtre de marionnettes, imagina le scénario et les décors du ballet ; Fokine, après le succès de L’Oiseau de feu, se chargea de nouveau de la chorégraphie, Nijinski dansa le rôle de Petrouchka. L’œuvre fut créée à Paris, le 13 juin 1911, au Châtelet, sous la direction de Pierre Monteux. 
Petrouchka, c’est le Polichinelle russe, pantin grotesque et maladroit qui n’est pas si éloigné du Pasquarello italien. (La pantomime de Pasquarello qu’écrivit Berlioz pour son Benvenuto Cellini n’a-t-elle pas, avec son instrumentation burlesque et sa trivialité étudiée, des accents stravinskiens ?)

L’action du ballet, sous-titré « scènes burlesques en quatre tableaux » (le troisième reprend la matière du morceau original pour piano et orchestre) se déroule à Saint-Pétersbourg en 1830, pendant les fêtes du mardi-gras :
1. Sur la place. Successivement : la fête populaire (foule, animation, kiosques, orgues de barbarie) ; le tour de passe-passe (sur un théâtre de marionnettes s’animent trois figurines : Petrouchka, le Maure, la Ballerine) ; danse russe (les trois marionnettes prennent vie et dansent dans la foule).
2. La cellule de Petrouchka. Petrouchka a conscience de sa difformité physique. Il aime la Ballerine mais, quand celle-ci s’approche de lui, sa maladresse effraie la jeune fille, qui s’enfuit. Petrouchka désespéré court se réfugier chez lui.
3. Chez le Maure. Le Maure est un sot infatué, mais ses beaux vêtements ont conquis la Ballerine. Ils dansent ensemble, jusqu’au moment où survient Petrouchka, au comble du malheur. Le Maure le jette dehors.
4. Sur la place. Lendemain de fête. Mais les marionnettes ne sont pas oubliées : elles réapparaissent, et Petrouchka et le Maure se battent pour leur belle. Le Maure fend la tête de Petrouchka, puis la neige se met à tomber. Mais le montreur de marionnettes réapparaît et console la foule : les trois personnages n’étaient que des poupées. Pour la rassurer définitivement, il montre aux spectateurs la figurine de bois et de son. Au moment où la foule se retire, le fantôme de Petrouchka apparaît.

« Petrouchka trouve son équilibre en jouant sur une opposition entre le réalisme d’un décor (fête foraine et réjouissances populaires) et le merveilleux d’une fiction (l’aventure des trois marionnettes) », explique Marc Vignal. La musique joue constamment sur ces deux degrés : tantôt lyrique, tantôt parodique, elle utilise un orchestre foisonnant (où le piano, volontiers percussif, est intégré aux autres instruments), aux couleurs tranchées, souvent râpeuses. Les successions rapides d’atmosphères, les juxtapositions de thèmes, les citations (la chanson Elle avait une jambe de bois dans la première partie, une valse de Joseph Lanner dans la troisième, etc.), les collages en tout genre font de Petrouchka une partition d’un dynamisme et d’une énergie rares.
Comme l’écrit André Lischké : « Bien que Petrouchka soit, paradoxalement, beaucoup plus diatonique et moins chromatique que L’Oiseau de feu, tout y sonne de façon neuve : l’harmonie avec ses procédés de superpositions d’accords ou de mouvements linéaires différents ; l’instrumentation, avec ses effets acides, stridents ou grotesques ; et les rythmes, avec leurs changements fréquents (par exemple, succession de mesures à 3/8, 3/4, 5/8, 2/4), annonçant directement Le Sacre du printemps. »

Christian Wasselin
 
* « Elle avait une jambe de bois / Mais pour que ça ne se voie pas / Elle avait mis par en-dessous / Une rondelle de caoutchouc. / Elle avait pissé partout / Mais pour que ça ne se voie pas / Elle avait mis par en-dessous / Une culotte de caoutchouc. »
 

Ecouter Petrouchka

Stravinsky, Petrouchka

Stravinsky, Petrouchka | Maison de la Radio
Concert symphonique

Orchestre Philharmonique de Radio France

Santtu-Matias Rouvali direction
Sheku Kanneh-Mason violoncelle
Le tournant du XIXe et du XXe siècle fut, en musique, une manière d’âge d’or. Santtu-Matias Rouvali nous le rappelle en dirigeant des œuvres signées Debussy, Stravinsky et...
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