Philippe Schoeller, un abécédaire

Mardi 30 juin 2020
Philippe Schoeller, un abécédaire | Maison de la Radio

Pour mieux comprendre un compositeur, mieux vaut commencer par le b-a-ba. Ou plutôt, mieux vaut commencer par le début. Voici donc Philippe Schoeller déguisé en alphabet.
 
A comme Âme : non pas celle d’un violon, mais le titre d’une nouvelle symphonie créée à l’occasion de cet anniversaire. Ce n’est pas la première apparition de l’âme dans l’œuvre de Philippe Schœller (cf. Quatuor).
 
B comme Boulez : Philippe Schœller suit ses cours au Collège de France de 1982 à 1986. Parallèlement, il apprécie l’enseignement de Donatoni au Conservatoire, celui de Xenakis à l’École des hautes études (cf. Formation).
 
C comme Cinéma : la filmographie de Philippe Schœller ne ressemble nullement aux longues listes de ceux qui, entourés d’une armada d’assistants ou d’orchestrateurs, se sont fait une spécialité de la musique de film. Mais s’il ne s’est pas enfermé dans le cinéma, Philippe Schœller n’en a pas moins pensé la place de la musique dans le film, notamment en travaillant avec son frère (cf. Pierre) : « Les mots d’un scénario sont et seront des images. Leur sens s’incarnera dans l’image en mouvement. Donc un matériau sensible, une expérience sensorielle plus qu’un sens. Dès lors, cette image-durée pourra être anticipée, accompagnée ou mise en écho, en résonance, par une image-son-musique. Tout l’art du cinéma réside dans cette alchimie » (Le Magazine des livres, 2011).
 
D comme Dutilleux : une rencontre essentielle, à Tours en 1990, et le sou- venir émouvant d’une remise de prix. Depuis, un Omaggio Henri Dutilleux pour violoncelle seul, commande du Festival de violoncelle de Beauvais 2016. « La personnalité, artistique et humaine, de Henri Dutilleux, fut pour moi celle de la noblesse et de la haute intelligence du cœur. Un très haut symbole que j’eu la chance de côtoyer. Il m’apporta beaucoup. Cette œuvre aspire à témoigner de ces valeurs fondamentales au cœur de la création artistique. »
 
E comme Émotion : « L’émotion doit faire synthèse. Pareilles au livre dis- paraissant dans le roman de Flaubert, au matériau s’effaçant dans les masses sculptées de Rodin, image et musique tendent à se dissoudre dans cette émotion. Ma partition de J’accuse aspire à tisser ces émotions œil-oreille, telle une somme qui dépasse la somme de ses parties » (entretien avec François-Gildas Tual à propos de J’accuse, Radio France, 2014).
 
 
F comme Formation : classique. Piano avec Jean-Claude Henriot, harmonie et contrepoint avec Béatrice Berstel, analyse avec Robert Piencikowski, direction d’orchestre avec Gérard Dervaux. Mentionnons une licence de musicologie et une maîtrise de philosophie. Rencontres diverses, et recherches personnelles, un peu en autodidacte, dès l’enfance : lectures, écoutes… « L’écriture du mouvement intérieur, musique, s’apprend en écrivant, jouant, partageant la musique avec les musiciens. »
 
G comme Ganesha : Concertino pour percussion et orchestre de chambre (2003-2004) créé en octobre 2004 au Centre Pompidou, dans le cadre des Rencontres internationales des technologies pour la musique Résonances de l’Ircam, par Michel Cerutti et l’Ensemble intercontemporain placé sous la di- rection de Zsolt Nagy.
 
H comme Hobby : « Nager, nager, l’eau, Ibiza quand j’étais petit, nager, manger, faire l’amour. Toutes les choses saines » (« À  l’Ircam avec… Philippe Schoeller, vertige sonore au XXI 8e siècle », entretien avec Praskova Parskovaa, Les Trois Coups.com, 2009).
 
I comme Ircam : On y suit des stages, on y enseigne soi-même. Philippe Schœller y effectue surtout d’importantes recherches sur la synthèse sonore pour le développement d’une nouvelle lutherie musicale (cf. Luciole) qui ne soit pas en rupture avec la lutherie traditionnelle.
 
J comme J’accuse : Un film d’Abel Gance (1919), projeté le 8 novembre 2014 Salle Pleyel dans le cadre du Bicentenaire de la Grande Guerre, sur une musique de Philippe Schœller. « La guerre est une terreur absolue qu’Abel Gance transcende sans cesse, en ouvrant les limites de la fresque, entre le naturalisme des scènes de tranchées, et la dimension hypnotique, onirique, quasi “chamanique” de ce qui devient une danse macabre » (entre- tien avec François-Gildas Tual à propos de J’accuse, Radio France, 2014).
 
K comme Koulechov : un « autre explorateur génial des formes hallucinées et des associations libres ». En travaillant sur Dura Lex à l’occasion de sa projection à l’Auditorium du Louvre, Philippe Schœller se rend compte que le cinéma muet est plus que jamais proche de la musique, car ses contraintes ont forcé ses réalisateurs à concevoir « une réelle musique des yeux ».
 
L comme Luciole : Un logiciel imaginé par Philippe Schœller à l’Ircam. Synthèse cellulo-vectorielle – avec une structure de 16 voix juxtaposées en demi-tons. « L’utilisation des haut-parleurs permet d’accentuer la perspective du spectre sonore dans une réalité polymorphe. Après, il suffit de choisir la couleur à diffuser en usant de la projection électronique scénographique spatiale. Les sons qui composent cette électronique sont de véritables télescopes et microscopes. Ils sont d’une précision extrême et infinie due aux machines. »
 
M comme Mutation : le « maître-mot »… Penser le temps en fonction d’engendrements selon des principes de fractales, à toutes les échelles, associés à des processus thématiques plus linéaires. Dès lors, « composer revient à proposer une expérience du sensible où se partage la naissance à l’ici, au maintenant ».
 
N comme Narration : « Je suis un compositeur qui est dans la narration. Je me raconte, je raconte et je fais raconter des histoires à l’énergie sonore que je déploie. Je ne le dis pas, sauf par les titres. Or, quand on choisit de nommer une œuvre de musique pure, qu’on peut écouter les yeux fermés, on introduit déjà un rapport à la scène visuelle ou à l’œil. Je suis un compositeur qui a un imaginaire visuel, synesthésique, articulé. C’est dans ma nature » (« Exercice d’image et de son », L’Étincelle, propos recueillis par Gabriel Leroux, 2012).
 
O comme Oratorio : Vertigo Apocalypsis (1978-1997), pour chœur mixte, orchestre de chambre et électronique. Premier pan du cycle du vent – après les Légendes et Le Cycle du feu. Vertigo Apocalypsis (Vertige du dévoilement) se réfère à la notion de « dévoilement du visage, du regard, selon une approche bien précise du musicien les mains faces ouvertes à son matériau ».
 
P comme Pierre : réalisateur et frère de Philippe. Pour lui, Philippe Schœller écrira plusieurs partitions : en 2008 pour Versailles, en 2011 pour L’Exercice de l’État (nommé pour le César de la meilleure musique en 2012), en 2013 pour Les Anonymes.
 
Q comme Quatuor : ou l’apparition de l’âme puisque Tree to Soul (2006- 2009) est né d’un rêve, et d’une sensation de « changement d’échelle du temps et de l’espace toujours dans le plus, le “encore plus”, comme un arbre qui s’ouvre toujours et toujours vers plus de branches, de lignes gé- nérant des lignes, sans s’arrêter. L’âme ? (…) Et j’ai voulu et écrit toute cette vastitude dans un temps de perception où l’on est très rarement dé- bordé, où l’on a grande facilité à tout percevoir et par conséquent à “creuser le ciel”, comme disait Charles Baudelaire ».
 
R comme Références : « De Roland de Lassus à John Cage ou Karlheinz Stockhausen : tous, sur 40 générations durant 1000 ans » (entretien sur Pianobleu.com, 2007). Ou comme Récompenses : Concours international de composition Antidogma de Turin en 1984, Prix Henri Dutilleux à Tours en 1990, Prix Paul Gilson en 2001, Prix de la meilleure création instrumentale décerné par la Sacem en 2009, Prix de la meilleure musique de film pour L’Exercice de l’État en 2012.
 
S comme Schoeller : là où s’arrêtent les mots, là commence la musique.
 
François-Gildas Tual
 

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