Per Poc s’empare de Stravinsky

Mardi 13 septembre 2016
Per Poc s’empare de Stravinsky | Maison de la Radio
À deux reprises, la compagnie de marionnettes Per Poc met en scène une partition de Stravinsky. A l’affiche : Petrouchka (les 1er et 2 octobre à 16h) et l’Histoire du soldat (le 8 octobre à 11h). Anna Fernández, co-directrice de la compagnie, explique le pourquoi du comment.

QUAND LA COMPAGNIE Per Poc a-t-elle été créée ?
Santi Arnal l’a créée en 1989, dans le but de faire connaître toutes les possibilités plastiques du théâtre de marionnettes. Je l’ai rejoint en 1998. La particularité de Per Poc, c’est son approche interdisciplinaire : nous collaborons en permanence avec des danseurs, des musiciens, des peintres ou des cinéastes.
 
Comment est né votre intérêt pour les marionnettes ?
Santi a commencé à se passionner pour les marionnettes à l’Institut du Théâtre de Barcelone, grâce à Harry Vernon Tozer, grand maître des marionnettes. En ce qui me concerne, c’est par hasard, lors d’un voyage au Mexique. J’ai découvert le pouvoir d’une petite marionnette qui me permettait de jouer et de communiquer avec les enfants du Chiapas et du Guatemala.
 
La compagnie a-t-elle évolué depuis sa création ?
Bien sûr ! En premier lieu parce que aimons explorer de nouvelles directions. Chaque projet possède sa singularité. Pour chacun de nos spectacles musicaux par exemple, le type de marionnette est différent. Notre façon d’aborder la mise en scène change également d’un spectacle à l’autre. Mais l’identité de Per Poc repose aussi sur certaines constantes, comme la relation entre le manipulateur et la marionnette : nous ne cachons jamais le manipulateur, dont la présence sur scène est très importante pour nous.
 
Pourquoi ce choix de grandes marionnettes ?
Nous avons travaillé pour la première fois avec des marionnettes de grande dimension pour The Man Who Killed Don Quixote, un film inachevé de Terry Gilliam. Le réalisateur nous avait demandé des marionnettes à fils de 1,80 mètre de hauteur, capables de lutter contre Johnny Depp à cheval. Deuxième expérience décisive : la mise en scène du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev. Quel genre de marionnette pouvait affronter un orchestre aussi important ? Il nous a fallu des mois de recherche pour aboutir à des marionnettes presque entièrement en toile. Le matériau idéal pour créer des personnages capables d’exprimer des sentiments, capables de combattre et de danser. En outre, les marionnettes devaient être facilement transportables en avion, car nous voyageons dans le monde entier. Par la suite, nous avons utilisé le papier pour certains spectacles.
 
Combien de personnes travaillent à la conception des spectacles ?
Cela dépend, mais au minimum cinq, dont Santi et moi pour la création artistique, la mise en scène et la production. Nous sommes entourés d’une artiste plasticienne, d’un scénariste ou dramaturge sauf dans certains cas comme l’Histoire du soldat, puisque le scénario est ici fourni par le livret de Ramuz. Il faut ajouter l’éclairagiste qui métamorphose le théâtre en un lieu magique. Selon le projet, nous faisons aussi appel à une costumière, une coiffeuse, des décorateurs, etc.
 
Depuis quand collaborez-vous avec des musiciens ?
Notre première collaboration avec un orchestre symphonique date de 1996, pour Pierre et le loup de Prokofiev. Un spectacle que nous redonnons régulièrement dans le monde entier, toujours avec le même succès ! Ni Santi ni moi n’avons de formation musicale académique. Ce qui nous fait rêver, c’est d’amener dans une salle de concert un public qui n’y est jamais entré. Lui faire découvrir la musique, l’art qui peut émouvoir le plus profondément l’être humain et le transformer.
 
Comme le projet Stravinsky avec Radio France a-t-il vu le jour ?
Nous avons pris contact avec Cécile Kauffmann, responsable pédagogique de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, pour lui présenter notre compagnie. Et elle nous a proposé de mettre en scène Petrouchka. Un rêve ! Mais aussi un incroyable défi, car l’action comprend de nombreux personnages. Les solos du Maure, de la Ballerine et de Petrouchka sont également un défi pour les manipulateurs. Quant à l’Histoire du soldat, l’œuvre faisait déjà partie de notre répertoire. Nous avons dû la retravailler en français.
 
Quelle différence de traitement avez-vous réservé aux deux partitions de Stravinsky ?
Pour Petrouchka, nous avons essayé de rester fidèles à l’esprit des Ballets russes de Diaghilev, de prolonger le travail d’Alexandre Benois et de Michel Fokine. L’admiration que nous portons à Nijinski a également guidé notre travail scénique. L’une des particularités de ce ballet, c’est que les trois personnages principaux (Petrouchka, la Ballerine et le Maure) sont déjà des marionnettes. Dans notre spectacle, tous les personnages sont des marionnettes. Mais les trois protagonistes sont au départ des marionnettes à fils, remplacées par des marionnettes de grand format lorsque les personnages se comportent comme des humains. L’Histoire du soldat est une œuvre très différente, en premier lieu parce qu’elle naît des cendres de l’horreur, à la fin de la Première Guerre mondiale. Stravinsky l’a conçue pour une petite formation instrumentale, comme s’il s’agissait d’un théâtre ambulant passant de village en village. Nous avons donc cherché à recréer l’esprit de ce théâtre itinérant. Guignol prend en charge de nombreux dialogues entre le diable et le soldat. Afin de dynamiser notre proposition scénique et de rendre plus accessible le texte rimé de Ramuz, nous avons aussi intégré des dialogues entre le narrateur et les marionnettes, du théâtre d’ombres et des marionnettes sur table. Mais dans l’Histoire du soldat comme dans tous nos spectacles musicaux, le mouvement des marionnettes est conditionné par la musique.
 
Propos recueillis par Hélène Cao le 7 septembre 2016
 

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